Les couteaux sont tirés. La Loi de modernisation de l'économie se prépare en vue d'une adoption avant l'été. Deux des quatre points abordés, la «liberté de négociation» et la libéralisation
des autorisations d'ouverture des surfaces de moins de 1000 m2 font grincer les dents de certains députés UMP tels Christian Jacob qui connaît d'autant mieux le problème qu'il a été
ministre délégué aux PME, au Commerce, à l'Artisanat, aux Professions libérales et à la Consommation sous deux gouvernements Raffarin, entre 2002 et 2005.
Mardi 12 mai,
Michel-Edouard
Leclerc revient à la charge dans le Figaro :
«On peut diviser l'inflation par deux», assure le patron des hypermarchés éponymes. Normal : comme
Leclerc n'est pas un élu, ses promesses l'engagent encore moins que celles d'un homme politique. Mais le journaliste qui l'interviewait aurait pu lui faire remarquer que,
comme l'avait noté Christian Jacquiot dans ces colonnes, les prix sont plus élevés en
Francealors que notre pays compte un hypermarché pour 46 000 habitants lorsqu'il y en a un pour 51 000 habitants en Allemagne et un pour 130 000 habitants en Italie !
Autre déclaration qui aurait pu être contredite, Michel Edouard Leclerc prétend que la liberté de négociation est surtout destinée à faire baisser les marges exorbitantes des trusts de
l'agro-alimentaire, tels Coca Cola ou Nestlé, qui représenteraient 70% des ventes dans la grande distribution. Une statistique très discutable puisque à elles seules, les marques de
distributeurs représentent près de 25% de la grande distribution (et souvent 30 à 40% des ventes dans bien des hypermarchés) !
Par ailleurs, que les PME et les coopératives agricoles représentent 10 ou 35% des ventes de la grande distribution ne change rien à l'affaire : le pouvoir de négociation d'une centrale
d'achat est évidemment beaucoup plus fort vis à vis d'une petite entreprise que d'une multinationale. Ce sont donc bien les PME et les coopératives qui ont tout à craindre du projet LME,
comme l'ont d'ailleurs bien compris leurs organisations qui sont en train de monter au créneau. A suivre.
Je suis surpris qu'aucun commentaire sur le projet de loi relatif à la modernisation de l'économie ( rien que ça ! ) ne s'attache à faire le lien avec ses conséquences sur l'environnement, dont paraît il, celui ci figurerait dans les préoccupations gouvernementales.
Sans réaliser un paradoxe bloquant, comment d'un côté vouloir ou prétendre libéraliser la grande distribution ( que le meilleur au plus bas coût gagne ) et préserver l'environnement ?
Les marges dans la grande distribution se feront en achetant de la part des grandes centrales d'achat :
- de produits OGM peu couteux
- des transports par avion démultipliés
- une incitation à une culture extensive très polluante.
On ne parle plus de commerce raisonnable, respectueux de l'environnement, encore une contradiction de plus ?