Samedi 12 avril 2008
L’honneur perdu des démocrates belges


Par Luk Vervaet, Le Grand Soir, 12 avril 2008

www.legrandsoir.info

Je me sens toujours mal à l’aise face aux gens qui s’indignent haut et fort sur les camps de concentration de jadis et d’ailleurs, mais qui détournent pudiquement les yeux quand il s’agit de balayer devant leur propre porte. Guantanamo, c’est bien loin de chez nous. Pourtant chez nous aussi s’insinuent des conceptions et des pratiques qui y trouvent leur inspiration.

Le Belge Bilal Soughir (34 ans) sera ainsi emmené, "à la manière de Guantanamo", de la prison à la Cour d’appel de Bruxelles, le 21 avril prochain. La tête recouverte d’une capuche noire, une paire de lunettes de soudeur lui empêchant toute vue, enchaîné à une ceinture à la taille et aux pieds. Des deux années et demi qu’il a déjà passées en prison, il a vécu pas moins de dix-mois sous un régime strict. Bilal Soughir n’a pas détroussé des personnes âgées ou enlevé des enfants. Il n’a pas commis de braquages armés, ni planifié ou commis des attentats. Il comparaît devant des tribunaux qui, tant en première instance qu’en appel, se spécialisent dans l’antiterrorisme.

C’est sur la base de la législation antiterroriste qu’il a été condamné, au début de cette année, à la peine maximale de dix ans. Il aurait recruté quatre personnes, en 2004, pour aller combattre les Américains en Irak. Ce qu’il nie. Parmi ces quatre personnes, figurent son ami Issam Goris et l’épouse de ce dernier, Muriel Degauque, qui seraient morts en tant que "kamikazes". Muriel serait morte lors d’un attentat contre un convoi militaire américain le 9 novembre 2005. Son mari a été abattu par des soldats américains le lendemain. Sur tous ces événements, nous ne connaissons que la version du FBI et de l’armée américaine. Toutes les enquêtes complémentaires demandées par la défense de Bilal ont été rejetées.

Quant à moi, je déconseillerai aux jeunes d’aller se battre en Irak mais ce n’est pas de ce débat qu’il s’agit aujourd’hui. Ce dont il s’agit, c’est du climat politique actuel qu’aucun manifestant de mai 1968 n’aurait pu imaginer. Je m’interroge sur les progressistes de ce pays, et en particulier dans le mouvement pacifiste, qui, sans devoir partager les opinions de Soughir et des autres inculpés, ne lui manifestent pas l’ombre d’un soutien ou de solidarité.

Il en fut jadis autrement.

Dans les années 60, 70 et 80, de jeunes intellectuels belges ont rejoint les rangs de diverses armées de guérilla en Amérique latine. Des médecins comme Michaël De Witte et Rita Vanobberghen, un prêtre comme Roger Ponseele, une germaniste comme Karin Lievens décidèrent, au nom des pauvres et des opprimés, de choisir le camp du FMLN, la résistance armée en El Salvador. La lutte durerait douze ans et coûterait la vie à 70.000 Salvadoriens. Rita Vanobberghen fut gravement blessée et Michaël Dewitte y perdit la vie dans la résistance, le 8 février 1987. Le prêtre ouvrier Frans Wuytack partit en 1973 pour le Vénézuela, illégalement et avec un faux passeport car il avait déjà été expulsé du pays auparavant. Il a rejoint la guérilla de Douglas Bravo. Des films et des livres ont rendu hommage à leur engagement. Comme les documentaires « Roger Ponseele, priester/guerillero » (1990) et "Vlaamse guerrillero’s" (diffusé par la VRT/Canvas en 2002). Comme les livres « Dagboek uit El Salvador » de Michaël De Witte et « Persona non grata » sur Frans Wuytack. Une fondation Michaël De Witte a vu le jour ( www.michaeldewitte.be), et elle commémorait, le 1er mars 2007, le vingtième anniversaire de sa mort, avec des organisations comme Solidarité socialiste, 11.11.11, Oxfam et d’autres.

Tous ces volontaires belges suivaient l’exemple de Che Guevara, le médecin argentin et cubain, qui, après Cuba, mit également sur pied des expéditions de guérilla illégales au Congo et en Bolivie. Il avait l’ambition de créer dans le monde d’autres "Vietnam" pour soutenir la résistance de ce peuple aux Américains. Jusqu’à ce que ceux-ci le fassent exécuter, le 9 octobre 1967.

Les temps ont changé. Le contraste est aveuglant. L’accord relatif, la tolérance ou même l’admiration pour ces jeunes combattants des années 60, 70 et 80 a fait place sur tous les bancs à la méfiance et au silence.

Nous n’aimons pas cette idée, mais la condamnation mondiale de la guerre illégitime contre l’Irak n’a en aucune façon pu mettre fin à cette guerre. Bien plus : après cinq années de guerre, les Américains ont réussi à faire accepter au monde l’occupation de l’Irak, comme un fait accompli, et de présenter cette guerre comme un conflit entre des barbares religieux et la civilisation. Ils ont réussi à nous faire associer toute résistance à la terreur et l’islam à la religion de la terreur. Si bien que nous ne parvenons même plus à imaginer que ceux qui se trouvent aujourd’hui devant la justice pour leur soutien à la résistance irakienne témoigneraient du même idéalisme que ceux qui jadis partaient pour El Salvador.

Et pourtant, si nous sommes prêts à regarder, le lien entre El Salvador et l’Irak saute aux yeux.

L’homme qui faisait office d’ambassadeur en Irak en 2004 s’appelle John Negroponte. De 1981 à 1985, il était ambassadeur au Honduras, pays voisin d’El Salvador. En 1994, la de Commission des Droits de l’Homme du Honduras l’a accusé d’atteinte grave aux droits de l’homme, pour torture et disparition de pas moins de 184 activistes politiques. En 1996, une commision d’enquête sur le rôle des USA au Honduras déclara que les esadrons de la mort honduriens, sous la supervision de Negroponte, « avaient enlevé, torturé et assassiné des milliers de sympathisants probables de la résistance de gauche dans ce pays ». Negroponte a été assisté en Irak par le colonel James Steele qui se trouvait à la tête des militaires américains en 1984-86 en El Salvador. Le 8 janvier 2005, Newsweek cite Donald Rumsfeld, le ministre américain de la Défense de l’époque, qui a évoqué l’usage de la "Salvador Option" en Irak. Newsweek décrit la « Salvador Option » de la période Reagan en ces termes : « A l’époque, le gouvernement américain soutenait ou mettait sur pied des forces "nationalistes", qui disposaient d’escadrons de la mort pour pourchasser et assassiner les chefs rebelles et leurs sympathisants… Beaucoup de conservateurs américains considéraient cette politique comme un succès. » Après l’échec de l’Operation Phantom Fury, nom donné au siège de Fallujah en novembre 2004, les Américains en Irak ont effectivement opté pour la "manière salvadorienne". Des dizaines de dirigeants sunnites de la résistance ont été assassinés par des escadrons de la mort dans les mois qui ont suivi. Force est de constater que les Américains font preuve de plus de continuité que nous quand il s’agit du Salvador et de l’Irak.

L’aspect religieux des volontaires pour l’Irak freine souvent notre solidarité. Mais sondions-nous jadis le niveau de religiosité des combattants de la résistance ? Pourquoi étions-nous capables d’apprécier et de comprendre les volontaires belges qui suivaient, il y a trente ans, le prêtre et sociologue catholique Camillo Torres, dont une résidence étudiante porte encore le nom à Louvain (http://www.camilotorres.be) ? Après ses études à l’Université catholique de Leuven, Torres s’est joint à la guérilla de l’ELN en Colombie et y trouva la mort, le 15 juillet 1966.

Est-ce le mot "kamikaze" qui nous dérange ? Depuis le 11 septembre, ce mot fait inéluctablement penser aux victimes civiles de New York, Bagdad, Londres et Madrid. Mais aucun attentat ou plan d’attentat contre des civils innocents n’est imputé aux accusés du procès Soughir. Que ces volontaires pour l’Irak étaient prêts au sacrifice de leur vie dans une action militaire est autre chose. Mais ils ne diffèrent en cela en rien de la philosophie des guérilleros qui pouvaient jadis compter sur notre soutien. Che Guevara écrivait : "Mourir sous le drapeau du Vietnam, du Vénézuela, du Guatémala, de la Bolivie ou du Brésil, sera aussi glorieux et souhaitable pour un Latino-Américain, un Asiatique, un Africain ou même un Européen." Michaël De Witte notait dans son journal de bord : "Je sais que je suis totalement recruté par la lutte anti-impérialiste et c’est pourquoi je sais que je mourrai jeune car celui qui lutte de cette façon aura la vie courte". Et Roger Ponseele : "Pour vivre avec la guérilla, il faut être prêt à beaucoup de choses. Il faut même être prêt à donner sa vie".

Le procès du "réseau kamikaze" pour l’Irak est pour tous les démocrates, et pour le mouvement de la paix en particulier, l’occasion de tendre la main à ces inculpés. L’occasion de dire aux responsables politiques et aux magistrats : si le monde avait réussi à arrêter cette guerre illégale et injuste, ce procès n’aurait pas lieu.

Luk Vervaet
enseignant dans une prison bruxelloise


par Mecchano
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Samedi 12 avril 2008

Des ondes en suspens dans les bibliothèques parisiennes





Par Maud Noyon   Bakchich, 11 avril 2008, www.bakchich.info

Deux ans après l’installation du Wifi dans les bibliothèques de la capitale, le sans fil est boudé et surtout perçu comme un réel danger. La prestigieuse Bibliothèque nationale de France a déjà annoncé le 3 avril que toutes ses connexions seront désinstallées et la Bibliothèque Sainte Geneviève pourrait bien suivre le même chemin. Ambiance électrique…

La poussière n’est plus la hantise des bibliothécaires. Depuis octobre 2007, ce sont les ondes Wifi qui menacent la santé des employés de la Ville de Paris. Danger réel ou prétexte à des revendications ? Les avis sont partagés entre experts et bibliothécaires.

« Au départ, nous n’avons pas mis ça sur le compte du Wifi ». « Ça », ce sont les violents maux de tête et les nausées qu’ont éprouvé plusieurs dizaines d’employés des bibliothèques parisiennes. Comme Patrick, du centre « Italie » dans le XIIIème arrondissement de Paris, une trentaine de bibliothécaires, répartis sur quatre sites parisiens (Lancry, Faidherbe, Place des Fêtes et Italie), se sont plaints de divers symptômes. Ces employés ont demandé des congés- maladie à rallonge, voir même leur retraite anticipée pour s’éloigner des ondes. Une véritable psychose semble être née dans les bibliothèques parisiennes, à moins qu’il ne s’agisse d’un réel malaise…

Le Wifi sur le fil

En avril 2006, Bertrand Delanoë lance Paris dans l’aventure de l’Internet sans fil. À l’automne 2007, la majorité des 54 bibliothèques parisiennes sont équipées quand des plaintes se font entendre du personnel. Les problèmes remontent à la Direction des Affaires Culturelles de Paris (DAC), qui décide de débrancher les quatre bibliothèques. Des mesures d’ondes sont effectuées, mais, le 23 janvier dernier, la mairie de Paris préfère suspendre une réunion sanitaire en partie consacrée au décryptage des résultats de ces mesures. Depuis, Paris préfère laisser planer le doute. Une occasion manquée d’apaiser des esprits échauffés depuis plusieurs mois.

Car il semble qu’il n’y ait pas de problème lié au Wifi. Les valeurs obtenues lors des mesures sont 1000 fois inférieures au niveau de référence. De leur côté, les médecins du travail n’ont pu que constater les symptômes des employés, sans pouvoir en déterminer l’origine. Face à ces souffrances, la Mairie de Paris accuse le syndicat Supap-Fsu, qui soutient les employés « anti-Wifi », d’avoir organisé la psychose avec l’aide des associations anti-ondes Priartem [1] et le Criirem [2].

[1] Pour une Réglementation des Implantations d’Antennes Relais de Téléphonie mobile

[2] Centre de Recherche et d’Information Indépendantes sur les Rayonnements ÉlectroMagnétiques

 



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Samedi 12 avril 2008

Les bidonvilles sont de retour à Paris!

 

Par Mehdy Belabbas

Mediapart, 08 avril 2008, www.mediapart.fr

Quand j’étais plus jeune, mes parents me parlaient d’une époque bien avant ma naissance où il existait des bidonvilles autour de Paris. Je me souviens d’avoir été surpris par cette histoire et rassuré de savoir que ce temps était révolu.

Pourtant, il a quelques jours en remontant le boulevard périphérique en direction du nord de la capitale, j’ai eu une vision du passé en scrutant les abords de cette voie qui ceinture Paris : des dizaines de maisons, de cabanes faites de toiles, de tôles et de divers matériaux de récupération ont poussé sur ces plates bandes inhospitalières. En 2008, les bidonvilles sont donc de retour a Paris ! Qui peut bien habiter dans ces conditions? Sans eau courante, sans électricité et dans des conditions d’hygiènes déplorables ?

En voyant des toiles de tentes rouges, j’ai d’abord pensé aux sans-abri du canal St Martin. Mais si les enfants de Don Quichotte soutenaient ce camp, les caméras et les « peoples » s’y bousculeraient déjà !! Puis, je me suis souvenu de ce camp de Roms à Choisy le Roi, qui avait été évacué par la force en juillet 2004. La ressemblance était frappante. En voyant des femmes, des enfants, des familles, j’ai su qui vivait ici et j’ai été heurté par cette froide réalité que je croyais atténué par l’illusoire prospérité de notre pays. Comme beaucoup, je vois des exclus dans mon quotidien : des hommes seuls qui font la manche dans le métro ou qui dorment sur les bouches d’égouts à Paris. Mais ici il ne s’agit pas de cette pauvreté cruellement habituelle, il s’agit d’une communauté entière qui s’installe, s’organise et vit complètement en marge de notre société.

Pendant que roulent les belles voiture sur le périphérique, notre « tiers monde local » s’étale sur la bas coté comme ces panneaux publicitaires qu’on regarde sans plus y faire attention. La violence d’une telle situation ne choque apparemment pas grand monde. J’imagine bien que les associations caritatives ont dû tirer la sonnette d’alarme depuis longtemps. Je suis juste surpris de ne pas avoir vu notre super héros président voler à la rescousse de ces familles qui auraient bien besoin de lui !Mais ici point de camera, point de média, point de célébrités venus passer une nuit dans ce camp par solidarité. Juste des gens simples venus chercher un peu de tranquillité et de prospérité dans notre beau pays et qui finissent dans un bidonville sur les bords d'une autoroute.

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Samedi 12 avril 2008

La France n'est pas pressée de juger les crimes internationaux

 



Par Erich Inciyan

Mediapart, 12 avril 2008, www.mediapart.fr

La « patrie des droits de l'Homme » n'est pas pressée de juger les dossiers internationaux les plus graves - génocides, crimes contre l'humanité, crimes de guerre. Certes, le 9 avril, le gouvernement a fini par inscrire un projet de loi en ce sens à l'ordre du jour du Sénat. Attendu depuis des années, ce texte doit adapter le droit pénal français en permettant la poursuite et la répression, dans l'Hexagone, des crimes relevant de la Cour pénale internationale (CPI). Mais il laisse la France à la traîne par rapport à ses principaux voisins européens.

Le projet du gouvernement ne comporte ainsi « aucune disposition nouvelle permettant de poursuivre, en France, les auteurs de crimes internationaux qui seraient trouvés dans notre pays, regrette Simon Foreman, président de la Coalition française pour la CPI. Nous demandons que, comme d'autres pays européens l'ont fait avant elle, la France prévoit la compétence des juridictions françaises pour juger les génocides, crimes contre l'humanité et crimes de guerre, dès lors que leurs auteurs présumés se trouvent en France. »

La France est montrée du doigt parce que les procédures judiciaires visant des crimes internationaux y sont rarissimes. Le seul exemple connu concerne un officier mauritanien condamné, en 2005, pour des tortures commises en Mauritanie. Le capitaine Ely Ould Dah avait été condamné à dix ans de prison, mais en son absence car il avait été libéré pendant l'instruction et n'était jamais revenu dans l'Hexagone.

La comparaison avec les pays voisins n'est pas des plus flatteuses. En 2004, les Pays-Bas ont condamné un Congolais accusé d'avoir participé à des « escadrons de la mort » à Kinshasa au début des années 1990. Puis, en 2005, deux Afghans (Hesham et Jalalzoy) ont été punis respectivement de douze et neuf ans de prison pour des crimes de guerre dans leur pays.

 

« S'ils étaient venus en France, ils n'auraient pas été poursuivis. La France ne doit pas devenir une terre d'impunité pour les auteurs des crimes les plus graves », relève Me Foreman.

De son côté, la Grande Bretagne a jugé en 2005 un chef de milice afghan, Faryadi Zardad, pour des tortures et des prises d'otages commises en Afghanistan dans les années 1990. L'Espagne instruit aujourd'hui des affaires touchant le Tibet, le Guatemala ou l'Argentine.

 

Le juge Balthazar Garzon a ainsi obtenu l'extradition en Espagne, pour génocide, d'un capitaine argentin se cachant au Mexique. De quoi convaincre finalement l'Argentine de lancer des poursuites contre son ressortissant, Ricardo Miguel Cavallo, impliqué dans les disparitions d'opposants sous la dictature. Il y a quelques jours, l'officier a été extradé de Madrid vers Buenos Aires.

«Casques bleus» français et crimes de guerre

« Tous ces gens ont été poursuivis en Angleterre, en Espagne, aux Pays-Bas. Mais en France, on ne pourrait pas les poursuivre; la règle est que les tribunaux français ne sont compétents que pour les crimes commis en France, ou par des Français, ou dont des Français sont victimes. » Avec un certain nombre d'exceptions : si le suspect se trouve en France, il peut ainsi être jugé pour certains crimes internationaux (torture, terrorisme, corruption) ; l'exception s'applique aussi à ces crimes lorsqu'ils ont été commis lors de deux conflits (Rwanda et Yougoslavie).

Avec son projet de loi, Paris aurait pu combler le retard en prévoyant la compétence des juridictions françaises pour les crimes contre l'humanité, les génocides et les crimes de guerre dont les auteurs présumés se trouvent en France. Le texte aurait ainsi été en harmonie avec l'acte fondateur de la CPI, selon lequel « il est du devoir de chaque Etat de soumettre à sa juridiction criminelle les responsables de crimes internationaux ». Sauf amendements parlementaires en ce sens, l'occasion sera loupée.

Enfin, le projet est critiqué parce qu'il prévoit une prescription (pour l'action publique et pour la peine) de trente ans, s'agissant des crimes de guerre. Or le principe d'imprescriptibilité de l'ensemble des crimes internationaux, sans exception, est posé par la CPI.

 « Ce serait une erreur fondamentale de croire qu'on « éteint » la poursuite au bout de vingt ou trente ans, s'agissant de crimes qui ont vocation à pourvoir être poursuivis n'importe où dans le monde (devant la CPI, mais aussi dans tous les pays qui se conformeront au droit international), commente Simon Foreman. On croit protéger nos casques bleus français avec cette prescription, en réalité on les livre aux tribuaux étrangers ou internationaux ».

 
Hasard du calendrier, le 9 avril a aussi été marqué par une décision de la Cour de cassation qui donne son feu vert pour que la justice française continue d'enquêter sur le dossier des «disparus du Beach» (lire l'onglet Prolonger de cet article). Une décision qui, cette fois, remet du baume au coeur des défenseurs des droits de l'Homme.


par Mecchano
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Samedi 12 avril 2008
Loi OGM : qu'a voté votre député ?


Sur le site des verts, retrouvez une carte de France, cliquez sur le département souhaité et regardez ce qu'a voté votre député lors de la loi OGM du 9 avril 2008.

http://lesverts.fr/article.php3?id_article=3873
par Mecchano
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Samedi 12 avril 2008

Des soldats français auraient torturé au Congo


Par Pascal Riché | Rue89 | 10/04/2008  www.rue89.com


Les forces spéciales suédoises qui on témoigné (DR).



Selon des Suédois, un Congolais aurait été torturé pendant l'opération Artémis en 2003. L'armée française a ouvert une enquête.


C'est une information qui n'a trouvé presque aucun écho en France, mais qui fait scandale en Suède: des soldats des forces spéciales suédoises affirment avoir été témoins d'un cas de torture, qui aurait été perpétré en juillet 2003 par des soldats Français, lors de l'opération "Artémis" menée sous l'égide de l'Union européenne en République démocratique du Congo. Saisis l'été dernier par leurs homologues suédois, les responsables de l'état-major militaire français confirment avoir ouvert une enquête sur la question.

L'information a été dévoilée par la télévision publique SVT1, la semaine dernière, dans un documentaire diffusé dans l'émission d'investigation Uppdrag Granskning. Elle a depuis été, selon un des riverains de Rue89 vivant en Suède, "relayée par tous les grands médias, à commencer par Dagens Nyheter et Svenska Dagbladet, les deux grands journaux".

Roué de coups et étranglé

Artémis était le nom d'une l'intervention dans la province d'Ituri, la première opération militaire de stabilisation menée par l'Union européenne en dehors de ses frontières. La région était en proie à des massacres entre miliciens de plusieurs groupes rivaux, accompagnés d'exactions sur la population civile. La force européenne avait pour mission de stabiliser la situation, d'améliorer la situation humanitaire, de protéger l’aéroport et les camps de réfugiés de Bunia et, si la situation l’exigeait, d'assurer la sécurité de la population civile et du personnel des Nations unies et des organisations humanitaires dans la ville. Dix-huit nations participaient à Artémis; la France avait pris la direction des opérations.

Le camp de Bunia abritait des troupes françaises et suédoises (DR).

Un camp à Bunia, "chem-chem", abritait des troupes françaises et suédoises. L'incident dénoncé par les soldats suédois y aurait eu lieu le 13 juillet 2003. Un jeune congolais d'une vingtaine d'année, qui s'était introduit dans le camp, aurait été victime de violences injustifiées pendant "six à huit heures", lors d'un interrogatoire mené par les soldats des forces spéciales françaises.

Le documentaire, "Le Destin de Joseph" (lire son résumé en français), réalisé par trois journalistes, présente plusieurs militaires qui dénoncent la passivité de leurs supérieurs face aux violences françaises. Les soldats, anonymes, ne sont pas identifiables à l'écran. L'officier suédois mis en cause a affirmé depuis avoir été prévenu trop tard de ce qui se passait.

Croquis du documentaire 'Le Destin de Joseph' (DR).

L'homme, en tenue civile, aurait été tiré par une corde attachée autour de son cou, et roué de coups de bâton. Selon un soldat suédois "le prisonnier s'étranglait quand il trébuchait". L'usage d'électricité pendant l'interrogatoire, la simulation d'une noyade, ou celle d'une exécution publique, ont également été rapportées. Les soldats suédois entendaient le prisonnier crier. Un des soldats interrogés par l'équipe de Uppdrag Granskning affirme:

"Il arrive encore que je me réveille les nuits en entendant les cris. C´était comme si on étranglait un chat, personne dans le camp pouvait éviter de l´entendre. Celui qui dit qu'il n'a pas entendu parler de ça, il ment."

A minuit, le prisonnier aurait été emmené dans une Jeep, cagoulé. L'équipe de télévision n'a pas pu le retrouver. Ils ont juste un prénom, Joseph.

Joseph, 20 ans à l'époque des faits (DR).

Un soldat suédois craint que les Français ne l'aient relâché dans le camp de ses adversaires.

Témoignages contradictoires

L'état-major français a été informé par les suédois de ces accusations l'an dernier, après une plainte déposée en mai. Depuis, des enquêtes préliminaires ont été conduites tant en France qu'en Suède. Les enquêteurs suédois estiment aujourd'hui qu'il est "hautement probable" que les témoignages accusateurs soient solides, et que des méthodes "assimilables à la torture" aient été utilisées. Le porte-parole du ministère suédois de la Défense, Roger Magneraad, a publiquement accusé les soldats français d'avoir "utilisé des méthodes s'apparentant à la torture". Mais on est beaucoup plus prudent en France.

Les autorités françaises reconnaissent qu'un incident a eu lieu, après qu'un congolais se fut introduit une nuit dans le camp militaire. Mais pour le reste, motus. "Nous avons comparé les résultats des enquêtes ces dernières semaines, et nous avons constaté de nombreux éléments contradictoires", commente-t-on au ministère de la Défense.

Les témoignages recueillis divergent "sur les conditions de détention du prisonnier congolais" et notamment sur l'attitude des militaires français. " Il y a des trucs qui ne collent pas, et le général Jean-Louis Georgelin [chef d'état-major français des armées, ndlr], a donc ordonné l'ouverture d'une enquête approfondie" . Une enquête annoncée par un communiqué le 2 avril, confiée à l'inspection des forces en opérations et de la défense du territoire" et qui, compte tenu des divergences, pourrait durer "assez longtemps".

Croquis du documentaire 'Le Destin de Joseph' (DR).

Photos et illustrations tirées du documentaire "Le Destin de Joseph".



par Mecchano
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Samedi 12 avril 2008

Des assistants accusent des députés d'entorses multiples au droit du travail


Par AFP, 11 avril 2008


Des assistants parlementaires affiliés à l'UNSA ont estimé vendredi que "des députés ne respectent toujours pas le droit du travail" avec leurs collaborateurs, dénonçant des "comportements voyous" et "un catalogue de mauvaises pratiques sociales".
"A l'Assemblée nationale, les 2.100 collaborateurs parlementaires subissent plus qu'ailleurs les résultats des comportements-voyous", a déploré dans un communiqué leur Union syndicale (USCP-UNSA).
Le syndicat rappelle que l'ex candidate socialiste à la présidentielle Ségolène Royal (PS) a été condamnée jeudi à verser des salaires à deux ex-attachées parlementaires. Il mentionne aussi l'audition de Manuel Aeschlimann (UMP) "par la brigade de la répression financière".
Fin mars, M. Aeschlimann avait été entendu par la Brigade de répression de la délinquance économique dans trois affaires, dont l'une sur "l'utilisation inappropriée de fonds parlementaires à des fins privées".
"C'est tout le catalogue des mauvaises pratiques sociales qui s'applique dans cette maison!", a souligné l'USCP-UNSA qui en a dressé l'inventaire: "contrats précaires", "rémunérations insuffisantes", "discrimination salariale homme-femme", "menace contre les femmes enceintes", "harcèlement moral et sexuel conduisant à des tentatives de suicide", "heures supplémentaires non rémunérées", "licenciement-minute ou sans motif", "crédit collaborateur détourné de sa finalité", "droit syndical méprisé".
"Par leur inaction chronique, les autorités politiques et administratives de l'Assemblée nationale sont des complices objectifs de ces affaires", a accusé le syndicat, qui affirme regrouper "une centaine" d'assitants de députés de toutes étiquettes.
Le syndicat demande "un véritable statut du collaborateur politique", et "qu'une convention collective soit mise en place, qu'un bilan social annuel de l'Assemblée soit publié".
Le syndicat et les "organisations de collaborateurs" doivent être reçus mercredi par la questure (trois députés responsables de la gestion de l'Assemblée).
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Samedi 12 avril 2008
Barack Obama et l'amertume de la classe ouvrière américaine


Par Julien Landfried, I love politics, 12 avril 2008, www.ilovepolitics.info


La classe ouvrière américaine est-elle rongée par l'amertume et le ressentiment ? Pour avoir suggéré que son sentiment d'abandon par les élites expliquait son repli vers les questions morales (religion, armes, etc.), Obama est la cible des feux croisés d'Hillary Clinton et de John McCain. Obama "méprise" les habitants de Pennsylvanie pour la sénatrice de New York, tandis qu'un membre de l'équipe de campagne du candidat républicain a déclaré que les propos d'Obama "témoignent d'un élitisme et d'une condescendance envers les Américains qui travaillent dur, et cela est rien moins qu'époustouflant".

Extrait des propos d'Obama : "You go into some of these small towns in Pennsylvania, and like a lot of small towns in the Midwest, the jobs have been gone now for 25 years and nothing's replaced them. And they fell through the Clinton administration, and the Bush administration, and each successive administration has said that somehow these communities are gonna regenerate and they have not. And it's not surprising then they get bitter, they cling to guns or religion or antipathy to people who aren't like them or anti-immigrant sentiment or anti-trade sentiment as a way to explain their frustrations."

La réponse d'Hillary Clinton ci-dessous : "well, that's not my experience. As I travel around Pennsylvania, I meet people who are resilient, who are optimistic, who are positive, who are rolling up their sleeves. They're working hard every day for a better future for themseves and their children."

Obama n'a pas tardé à répondre lui-même à Hillary Clinton et au camp de John McCain :

“When I go around and I talk to people there is frustration and there is anger and there is bitterness. And what's worse is when people are expressing their anger then politicians try to say what are you angry about? This just happened – I want to make a point here today.

“I was in San Francisco talking to a group at a fundraiser and somebody asked how're you going to get votes in Pennsylvania? What's going on there? We hear that's its hard for some working class people to get behind you're campaign. I said, “Well look, they're frustrated and for good reason. Because for the last 25 years they've seen jobs shipped overseas. They've seen their economies collapse. They have lost their jobs. They have lost their pensions. They have lost their healthcare.

“And for 25, 30 years Democrats and Republicans have come before them and said we're going to make your community better. We're going to make it right and nothing ever happens. And of course they're bitter. Of course they're frustrated. You would be too. In fact many of you are. Because the same thing has happened here in Indiana. The same thing happened across the border in Decatur. The same thing has happened all across the country. Nobody is looking out for you. Nobody is thinking about you. And so people end up- they don't vote on economic issues because they don't expect anybody's going to help them. So people end up, you know, voting on issues like guns, and are they going to have the right to bear arms. They vote on issues like gay marriage. And they take refuge in their faith and their community and their families and things they can count on. But they don't believe they can count on Washington. So I made this statement-- so, here's what rich. Senator Clinton says ‘No, I don't think that people are bitter in Pennsylvania. You know, I think Barack's being condescending.' John McCain says, ‘Oh, how could he say that? How could he say people are bitter? You know, he's obviously out of touch with people.'

“Out of touch? Out of touch? I mean, John McCain-it took him three tries to finally figure out that the home foreclosure crisis was a problem and to come up with a plan for it, and he's saying I'm out of touch? Senator Clinton voted for a credit card-sponsored bankruptcy bill that made it harder for people to get out of debt after taking money from the financial services companies, and she says I'm out of touch? No, I'm in touch. I know exactly what's going on. I know what's going on in Pennsylvania. I know what's going on in Indiana. I know what's going on in Illinois. People are fed-up. They're angry and they're frustrated and they're bitter. And they want to see a change in Washington and that's why I'm running for President of the United States of America.”

En 2004, des Etats autrefois considérés comme des bastions démocrates avaient massivement voté pour George W. Bush. C'est le point de départ de l'essai Pourquoi les pauvres votent à droite de Thomas Frank (Agone, 2008). Ilovepolitics aura l'occasion d'y revenir :-)


par Mecchano
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Mercredi 2 avril 2008

Lettre ouverte aux âmes choquées par les banderoles des stades







Football / mercredi 2 avril par Jacques-Marie Bourget

www.bakchich.info


Dans les tribunes d’un stade de foot il y a des banderoles. Au PSG sur les gens du Nord : « Pédophiles, chômeurs, consanguins : bienvenue chez les Chtis », une autre en Corse, dans le stade de Bastia : « Tu vois qu’on est pas racistes : on t’encule ! ».

Et si ces banderoles n’étaient pas plus choquantes que ces cochonneries qui se déroulent au pied des tribunes, le long des lignes de touches et qui vous brouillent les yeux pour vous vanter de boire « La boisson qui vous rend fort » ou de rouler avec « L’auto qui vous rend beau ». C’est parce que les stades sont devenus un outil de propagande commerciale que des cons, frustrés dans leur moyen de dire, inventent leur propre espace pour nous montrer ce qu’ils ont dans la tête. Et qui sent pas bon. Dans le passé, depuis les tribunes, on entendait rien d’autre qu’un type, gueuler à un goal « crucifier », un truc dans ce genre : « Eh ! Viens donc avec nous. D’ici tu les verras mieux passer ! »

Mais qui, choqué par ce « On t’encule » affiché face à un joueur noir à Bastia, sait qu’il y a dans cette île (qu’on aime) plusieurs dizaines d’attaques racistes par an contre des maghrébins. Qu’en vingt ans, une vingtaine de « bougnouls » y ont été assassinés. Crimes sans auteurs. Qu’un paysan breton a été contraint de quitter sa ferme, corse, parce que breton. Ce sont ces mains-là, ces cerveaux de la minorité hurlante qui écrivent le « On t’encule ». Et ces cons de la banderole risquent bien d’être les seuls citoyens jamais condamnés, en Corse, pour un acte raciste.

« Ces gens-là »

Et la bannière du PSG, qui a injurié les gens du Nord, a été écrite à la télé et dans les journaux. Par l’encre débile propagée lors de l’affaire d’Outreau. Ça ne sert à rien de montrer le foot comme générateur de l’horreur puisque ses tribunes sont un miroir qui nous montre ce que nous sommes. Parfois horribles. Oui, il y a des gens qui ont des idées noires et le foot est l’écran qui nous permet de les lire. La rondeur du ballon et son pacte des onze, ne produit rien qu’un score, un commentaire et des émotions. Il ne porte pas dans ses gènes, tel le pédophile vu par Sarko, son lendemain qui déchante. Le foot est aussi un moyen de compter les têtes au sein du clan intellectuel.

Puisqu’un vrai penseur ne devient penseur que le jour où il exprime, comme Robert Redeker le Rushdi français, sa détestation du foot. Mais c’est vrai qu’il faut avoir des certitudes sur son « rang » social pour affirmer de l’intérêt pour le jeu des prolos. Chez le petit bourgeois, le grand-père, ouvrier maçon et amateur de Kopa et Yachine, n’est parfois pas très loin dans la lignée. Des photos de lui sont encore cachées dans un tiroir de la commode du salon. Alors, pour indiquer que l’on n’a rien à voir avec « ces gens-là », comme le disait Brel, on dit « préférer le rugby », un sport de collégiens anglais.

À part Platini, qui aime vraiment le foot, c’est-à-dire l’humanité, ce ne sont ni Laporte, ni Thiriez, ni Aulas, ni Darmon, ni Afflelou, ni Tapie, ni Pape Diouf, ni Seydoux, ni Pinault, ni Canal + ou TF1 qui vont remettre le foot sur ses crampons. Eux, comme c’est le cas en Grande-Bretagne, vont vider des stades les mal élevés en rendant le prix des places inaccessibles aux gens ordinaires. Les banderoles sauvages écriront alors : « Le Pape est un Dieu et Sarkozy son prophète », « Vive le Cac 40 », « Vive nous ». Des choses bonnes à lire.

par Mecchano
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Mercredi 2 avril 2008

Eux aussi veulent consommer !




Contrairement aux idées reçues, l’implantation de multinationales en Europe de l’Est ou en Asie n’a plus pour objectif principal de produire à moindre coût, mais d’accéder à de nouveaux marchés – dans des pays dont le niveau de vie ne cesse d’augmenter. Les revendications salariales des ouvriers de Dacia en Roumanie, de Ford en Russie ou encore de Nike au Vietnam en sont une parfaite illustration.

 

Le salarié Français a peur. Peur de la mondialisation, peur des délocalisations, de se voir « voler » son travail par un petit Chinois analphabète payé quelques centimes d’euro par mois. Qu’il se rassure. Pourquoi la totalité des emplois français n’a pas déjà été transférée au Burkina Faso, où les salariés pourraient être payés une bouchée de pain ? Parce que le coût de la main d’œuvre n’est qu’une variable secondaire dans la stratégie d’implantation des entreprises.

Il est vrai que les pays industrialisés ont connu ces vingt dernières années une forte vague de délocalisations, principalement dans les secteurs nécessitant une main d’œuvre peu ou pas qualifiée, mais l’essentiel de ces « déménagements » est déjà derrière nous. Fournir le marché local - dans un pays dont le cadre juridique, la stabilité et la fiabilité de l’approvisionnement sont assurés - est désormais le premier motif de « localisation » à l’étranger.

Si la direction de Renault a décidé d’implanter un site de production en Roumanie via sa filiale Dacia, en y investissant plus d’un milliard d’euros, c’est avec l’ambition affichée de prendre pied dans le marché naissant – et prometteur- de l’automobile en Europe de l’Est. Les salariés roumains de Dacia l’ont bien compris et se retrouvent en position de force dans le conflit social qui les opposent à la direction du groupe. Cette dernière a beau menacer de « délocaliser » la production en Inde ou en Russie, la menace n’est pas vraiment prise au sérieux. « Ils jouent de cet argument pour négocier, mais je ne pense pas que ce soit dans leur intérêt. Il n’y a pas que les salaires à mettre en balance s’ils veulent vraiment délocaliser. De plus, où qu’ils aillent, ils n’ont aucune assurance que ces revendications ne soient pas reprises », analyse Guillaume Gaulier, chercheur au CEPII(1).

Un phénomène qui se généralise

Car les ouvriers roumains de Renault ne sont pas les seuls à réclamer des augmentations de salaire. A l’usine Ford de Vsevolozhsk, dans la région de St Pétersbourg (Russie), les salariés se sont violemment opposés à la direction en novembre dernier pour les mêmes motifs. Une situation inédite au pays des Tsars depuis l’arrivée au pouvoir de Poutine en 2000.

L’année dernière, des conflits similaires sont apparus en Egypte, en Corée du Sud, à Dubaï, en Algérie, à l’Ile Maurice, en Chine. Depuis ce mardi, ce sont au moins 15 000 Vietnamiens de l’usine de chaussures Vietnam Ching Luh Shoes (sud du pays), sous-traitant de Nike, qui manifestent pour une hausse des salaires de 15%. Le fait que la plupart de ces conflits sociaux aient lieu dans des pays où le droit du travail est quasiment inexistant - et où il ne fait pas bon protester contre le pouvoir en place - est significatif de l’ampleur du phénomène.

Emeutes en Chine

Quand les structures syndicales sont faibles, voire interdites, les salariés déclenchent des mouvements spontanés qui ont d’autant plus de force qu’ils partent d’un fort ressentiment partagé par l’ensemble des travailleurs. « En Chine, des émeutes impressionnantes se sont déroulées l’année dernière. Le gouvernement chinois a donc adopté début janvier une nouvelle législation sur les contrats de travail, plus favorable aux ouvriers mais qui augmente sensiblement le coût du travail. Pékin s’est rendu compte qu’il fallait lâcher du lest », explique Guillaume Gaulier.

Selon le rapport 2008 du Bureau International du Travail (2), l’Asie et l’Europe de l’Est sont les deux régions du monde où la productivité a le plus augmenté ces dix dernières années. Par effet mécanique, le niveau de vie de ces pays est en hausse et les populations souhaitent se voir reverser une partie des bénéfices. Leurs gouvernements, désireux à la fois de conserver une (relative) paix sociale et de franchir un palier supplémentaire, concèdent quelques avancées et mettent désormais l’accent sur la formation et l’innovation. Il leur reste encore un long chemin à parcourir pour rejoindre le club des « pays industrialisés », mais l’évolution est irréversible.

 Reste à savoir quels Etats sous-développés, disposant d’un réservoir de main d’œuvre bon marché et d’infrastructures suffisantes, prendront leur place « d’ateliers du monde » dans les décennies à venir.

 

(1)     1  CEPII : Centre d’études prospectives et d’informations internationales

(2)    2  Tendances mondiales de l’emploi, janvier 2008

par Mecchano
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