Mardi 22 avril 2008

Ebay fait arrêter un pirate informatique


Par Damien Bancal, Zataz.com, 22 avril 2008

www.zataz.com

Vladuz avait fait courir eBay en septembre dernier. Le site de vente aux enchères a fait arrêter le pirate informatique.

Tout avait débuté en septembre 2007. 1.200 clients d'eBay s'étaient retrouvés avec leurs données privées sur un forum du site de vente aux enchères américain. Les noms des utilisateurs, leurs adresses email, et pour certains leurs numéros de carte bleue avec les 3 chiffres de validation (CVV), avaient été mis en ligne sur le forum "Trust and Safety" d'eBay (lire).

Le 11 septembre, nous vous indiquions (lire) comment les pirates avaient pu agir de la sorte. Ils avaient exploité une faille directement sur le site eBay.

Quelques jours plus tard, un mystérieux internaute du nom de Vladuz (20 ans) apparaissait. Il va  expliquer qu'une faille mettait en danger les utilisateurs d'eBay. De son côté, le site indiquait le contraire. Les pirates n'avaient utilisé qu'une seule méthode pour intercepter les données diffusées, celle du phishing (hameçonnage). Bref, énervé par plusieurs messages d'utilisateurs se moquant de lui, Vladuz va donc "punir" les rieurs en fermant leur compte. Une façon de prouver ses dires. eBay indiquera, à la suite de cette action, que Vladuz avait employé un vieil accès, corrigé depuis (lire).

Huit mois plus tard rebondissement dans cette affaire. Vendredi dernier, la police Roumaine a arrêté Vladuz. Suite a une plainte du site de vente aux enchères, les autorités de Bucarest ont débarqué au domicile du prétendu pirate. Le juge en charge de cette affaire indique que l'internaute aurait piraté, entre 2005 et 2007, de nombreux comptes eBay. L'AFP indique aussi qu'il aurait eu accès à plusieurs messageries électroniques d'employés d'eBay.

Le numéro 1 mondial de la vente aux enchères sur la toile indique (lire) que les attaques de Vladuz auraient coûté 1,27 Millions d'euros.

par Mecchano
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Mardi 22 avril 2008
"Tout comme un mur est qualifié de barrière, les mercenaires sont appelés des sous-traitants.”

 
Par Dan Glazebrook dans Le Grand Soir, 22 avril 2008
www.legrandsoir.info

Robert Fisk a la réputation bien méritée d’être un des correspondants étrangers les plus honnêtes et pugnaces parmi les medias britanniques. Il a travaillé en Irlande du Nord où il révéla la présence des SAS (forces spéciales – NDT) au milieu des années 70, ainsi qu’en Bosnie, Palestine, Irak et Liban. C’est ici, comme témoin au lendemain du massacre de réfugiés palestiniens organisé par Israël à Sabra et Chatila en 2000 que son journalisme prit sa forme actuelle : coléreux, passionné, et comme il le dit lui-même « partial du côté des victimes » - un style de journalisme qui, malheureusement, n’est pas très répandue parmi la profession. Au milieu des flots de mensonges et propagande émis par les médias au sujet de la politique Britannique et Etats-unienne au Moyen Orient, les écrits de Fisk constituent une bouffée d’air frais - même si la réalité sordide qu’il décrit n’en fait pas une lecture agréable.

Lorsque j’ai rencontré Fisk au Christchurch College, entre une conférence à Bristol et une autre au Festival Littéraire d’Oxford – apparemment sans un moment de répit – nous avons commencé à parler du rôle du journalisme en temps de guerre. Je lui ai d’abord demandé si le journalisme, en aseptisant ou en justifiant la guerre, ne jouait pas un rôle dans son déclenchement.

Il y a plusieurs choses. Avant tout, il y a l’incapacité chez de nombreux journalistes aux Etats-Unis à dire la vérité sur la situation Israelo-palestinienne. Ainsi, des territoires occupés sont appelées des territoires disputées, un mur est qualifié de barrière de sécurité, une colonie est appelée un voisinage ou un campement. Ce qui signifie que si vous voyez un Palestinien jeter une pierre, et s’il s’agit d’une occupation, là vous comprenez son geste. Mais s’il s’agit d’une « litige », qui pourrait être réglée autour d’une bonne tasse de thé, alors les Palestiniens apparaissent comme des êtres intrinsèquement violents. Vous rabaissez ainsi une des parties de ce terrible conflit.

Puis il y a ce que la télévision ne veut pas montrer pour des raisons soi-disant de « mauvais goût ». Je me souviens d’un coup de fil, avec un rédacteur de la télévision à Londres, lorsqu’on avait demandé à la chaine Al Jazeera quelques images sur des enfants tués et blessés par des tirs d’obus britanniques à Bassorah. Le type s’est mis à dire « inutile de nous envoyer ces images, nous ne pouvons pas les montrer ». La première excuse fût « les gens seront en train de boire leur thé, alors on ne peut pas montrer ces images ». Puis ensuite l’excuse est devenue « c’est comme pour la pornographie, ce n’est pas montrable ». Puis il a terminé par dire – c’est vraiment incroyable d’entendre de telles choses – «  il faut respecter les morts ». Eh oui, on ne montre aucun respect pour eux lorsqu’ils sont vivants, on les fait d’abord exploser en mille morceaux et ensuite il faut leur montrer du respect. A cause de cela – et tous les généraux à la retraite en train de pontifier bien à l’abri – tout ça devient un jeu. Vous commencez par répandre l’idée que la guerre est d’abord une affaire de victoire ou de défaite - alors qu’en fait c’est une affaire de mort et de douleurs immenses.

J’étais en Irak en 1991, lorsque les Britanniques et les Américains ont bombardé une autoroute. Il y avait des femmes et des enfants morts et déchiquetés, et tous ces chiens ont surgi du désert et ont commencé à les manger. Si vous aviez vu ce que j’ai vu, il ne vous viendrait jamais à l’idée de soutenir une guerre quelle qu’elle soit, contre qui que ce soit.

Evidemment, les politiciens – nos dirigeants – sont très heureux que ces images ne passent pas, parce qu’ainsi ils rendent la guerre plus séduisante, moins pénible.

Est-ce qu’il arrive que le public Britannique voie des images plus réalistes de la guerre ?

Si un soldat irakien a l’extrême obligeance de mourir au bord de la route dans une pose romantique, et que vous pouvez le photographier devant un soleil couchant et sans trop de chair sanguinolente – vous savez, avec un commentaire du genre « le prix de la guerre : un soldat irakien mort », ce genre de commentaire, alors oui, vous pouvez la montrer. Mais ça s’arrête à peu près là.

Les standards journalistiques sont en train de dégénérer dans d’autres domaines aussi. Je regardais les informations il y a quelques semaines, et j’ai été choqué de voir Yassin Nassari et Abdul Patel qualifiés par la BBC de « terroristes » - pas « accusés » ou « soupçonnés », mais carrément de « terroristes », alors que les seules charges retenues contre eux sont en rapport avec la « possession de matériel » (littérature islamiste et vidéos) et qu’ils n’ont même pas été accusés de planifier des attaques terroristes, encore moins de les réaliser. On dirait que le mot « terrorisme » est devenu un attrape-tout.

J’ai vu des cas aux Etats-Unis où la preuve du terrorisme était un exemplaire d’un journal libanais.

J’ai récemment eu un exemple intéressant de ce qui est en train de se passer. Je donnais une conférence à Ottawa devant 600 canadiens musulmans, et je leur ai dit « vous avez absolument raison de profiter de votre liberté d’expression pour critiquer les Etats-Unis et Israël lorsqu’ils assassinent des gens, lorsqu’ils torturent, lorsqu’ils occupent des terres, mais pourquoi est-ce que je ne vous entends jamais critiquer les régimes en Egypte, en Syrie, en Lybie etc ? » Silence total. Je ne comprenais pas.

Vous avez une explication ?

Plus tard, je traversais le Canada en voiture avec deux musulmans et ils m’ont expliqué. Au Canada, s’ils s’exprimaient contre ces régimes, ces derniers ont leurs propres agents au Canada, des agents de la sécurité, qui font ensuite passer le message au pays que certaines personnes critiquent Moubarak ou Assad, ou n’importe qui. Ensuite, dans le cadre des nouvelles relations amicales entre les différents services secrets, le régime syrien ou égyptien appelle les canadiens pour leur signaler un terroriste potentiel – un opposant au régime, n’est-ce pas ? – et la CSIS, qui est la version canadienne du FBI, commence à les surveiller. Ainsi, en exerçant leur liberté d’expression contre des dictatures, ils deviennent des suspects de terrorisme aux yeux de leur pays d’accueil. Le résultat est qu’ils se taisent. A leur place, je ferais la même chose.

Que dire du silence des autres, de tous ceux qui ont moins d’excuses ? Avec un nombre chaque jour plus faible de manifestants contre la guerre, avons-nous oublié ce qui se passe dans ces pays qui souffrent de la « libération » occidentale ?

Il faut sans cesse leur répéter « mais c’est réel » parce que la plupart des gens en occident n’ont aucune expérience de la guerre. Aucun de nos dirigeants politiques n’a eu une expérience de guerre. Bush l’a esquivé. Cheney l’a esquivé. Powell était au Vietnam, mais il est parti. Leur seule expérience de la guerre, c’est Hollywood. Alors lorsque vous envoyez des gens faire la guerre, et que votre expérience se limite à Hollywood, vous pouvez vous retrouver un tantinet choqué de les voir mourir. Pour eux, la guerre n’a rien de concret.

Mais elle n’est que trop concrète pour les habitants du Moyen Orient, qui subissent depuis des décennies les guerres éclaires et les massacres initiés par l’Occident – depuis l’exode des palestiniens en passant par l’invasion du Liban par Israël en 1982, l’armement de l’Irak par les Etats-Unis pendant la guerre de 8 ans contre l’Iran, la "guerre" du Golfe en 1991, puis les sanctions économiques génocidaires de l’ONU contre l’Irak – sans parler du soutien occidental aux dictatures en Egypte, en Arabie Saoudite, au Koweït. Fisk a été témoin de tous ces événements, et il pense que le monde musulman a fait preuve d’une incroyable retenue devant tant d’oppression.

Ce qui m’étonne c’est que le 11 Septembre n’ai pas eu lieu plus tôt. Peut-être parce que l’opération a demandé beaucoup de préparation, je ne sais pas, mais je suis étonné de voir qu’on peut aller frapper à n’importe quelle porte en Cisjordanie et ne pas recevoir une baffe. Au lieu de ça, ils vous offrent un café ou à manger. Imaginez le contraire, que nous soyons bombardés et occupés par des pays arabes et qu’un journaliste arabe vienne gentiment bavarder avec nous, je ne sais pas si nous ouvririons la porte. Vous le feriez, vous ?

La véritable étendue de l’occupation de l’Irak et de l’Afghanistan est masquée par le recours massif aux mercenaires, qui ne sont pas inclus dans les chiffres sur les troupes. Certaines estimations parlent de 1000 mercenaires tués, rien qu’en Irak. Fisk est l’un des rares journalistes à les appeler par leur nom, au lieu d’utiliser l’euphémisme « sous-traitant ».

De la même manière qu’un mur est qualifié de barrière, une colonie de campement, les mercenaires sont devenus des sous-traitants. Moi je les ai toujours appelé mercenaires. Lorsqu’ils annoncent que deux « sous-traitants » ont été assassinés, la première image qui vous vient à l’esprit n’est pas celle de types circulant dans une Humvee lourdement armée, n’est-ce pas ?

Quelle expérience avez-vous de ces mercenaires ?

Je les ai remarqués en 2003, ils ont commencé à se pointer bardés de ceintures de munitions, dans l’hôtel où je me trouvais. Il était évident qu’ils allaient attirer l’attention et devenir des cibles. Alors je suis allé en voir quelques uns et je leur ai dit « écoutez, vous ne pourriez pas laisser vos armes dans les chambres ? » - à cette époque, on ne se faisait pas d’être attaqué dans la rue – « vous êtes en train de transformer cet endroit en un campement militaire – vous vous mettez en danger et vous nous mettez en danger ». Alors ce type s’est approché de moi, en tenant deux fusils, il avait entendu la conversation, et il me dit « quand tu seras dans le pétrin mon pote, ne viens pas nous appeler à l’aide. » J’ai répondu « je n’en veux pas de votre putain d’aide, je veux que vous partiez. »

Mais ils ne sont pas partis. Et la grande excuse de leur présence aujourd’hui, bien sûr, c’est la menace d’une guerre civile. La « théorie de la guerre civile » joue-t-elle un rôle dans cette occupation ?

La première personne que j’ai entendu parler d’un danger de guerre civile en Irak était Dan Semor, porte-parole de la puissance occupante dans la Zone Verte en août 2003. Personne n’avait entendu parler d’un danger de guerre civile auparavant, aucun irakien n’en avait parlé. Je me souviens d’avoir pensé « qu’est-ce qu’ils essaient de faire ? Effrayer les irakiens pour les rendre dociles ? »

Je ne suis pas en train de suggérer que l’armée américaine tente de créer des conflits sectaires, mais il n’est pas impossible que certaines organisations – composées ou non d’irakiens – tentent de faire en sorte que les milices se battent entre elles plutôt que de se battre contre les américains. Les Français l’ont fait en Algérie, c’est un fait. Je ne sais pas si c’est la même chose en Irak, mais étant donné tout ce qui s’y passe, meurtres, tortures, etc, qui sait ?

Mais vous n’avez pas besoin de piéger des voitures pour obtenir ce résultat. Regardez les cartes publiées par les journalistes, vous savez, les Chiites en bas, les Sunnites au milieu et les Kurdes tout en haut. Les Britanniques ont fait la même chose en Irlande – vert pour les catholiques, orange pour les protestants, une couleur mitigée pour les zones mixtes, là où les gens étaient assez inconscients pour se marier entre différentes religions… Par contre, nous ne publions pas de cartes ethniques pour les villes comme Birmingham, Bradford ou Washington. Je pourrais vous dessiner la carte ethnique de Toronto, avec la banlieue de Mississauga en vert pour les musulmans, mais elle ne serait pas publiée parce que dans nos sociétés supérieures occidentales nous refusons de reconnaitre certains faits. Dans nos sociétés, nous passons notre temps à pointer du doigt les autres. J’étais à New York il y a quelques mois, et en couverture du magazine Time il y avait « comment reconnaitre un Chiite d’un Sunnite. » Incroyable, non ? Et un des moyens présentés était d’examiner la plaque d’immatriculation de la voiture. C’est ainsi que nous alimentons les tensions en répétant sans cesse « regardez ce type du village d’à côté ». Ainsi vous n’avez pas besoin de faire sauter des voitures pour monter les gens les uns contre les autres, vous pouvez le faire assez efficacement en répétant simplement « guerre civile », « Chiites », « Milices », « Sunnites », « pouvoir »… Ainsi, vous créez la narrative. Ensuite, petit à petit, les gens finissent par y adhérer parce que c’est la seule qu’ils entendent.

Un jour j’ai demandé au frère d’un dentiste sunnite qui avait été tué par balles, « Alors, y’aura-t-il une guerre civile ? » Il m’a répondu, « Pourquoi voulez-vous que nous ayons une guerre civile ? Je suis marié à une chiite. Vous voulez que je tue ma femme ? » Il dit « Nous ne sommes pas une société sectaire, nous sommes une société tribale, les Duleimis sont composés de nombreux Sunnites ET Chiites. » C’était là une réaction à une idée qui avait été lancée par Dan Senor, le porte parole officiel de la puissance occupante.

Malheureusement, les clivages sectaires sont en train de devenir de plus en plus nets en Irak, avec l’armée US en train de construire des murs pour séparer les ghettos à Bagdad, et avec les Kurdes dans le nord en train de négocier leurs propres affaires dans le pétrole. La solution imposée par l’Occident à la Bosnie fut le partage ethnique total. Est-ce que ce sera la même chose pour l’Irak ?

La Bosnie était en Europe, alors nous avons fini par mettre fin à la guerre. L’Irak, c’est différent. Nous sommes en Irak pour le pétrole. Si la production principale de l’Irak avait été les asperges, je vous assure que nous n’y aurions pas mis les pieds.

Il y a des similitudes avec la Bosnie, comme par exemple l’indifférence à l’égard du sort des musulmans – nous n’avons rien fait pour eux avant que la guerre n’en ait emporté 250.000 – et nous nous fichons aussi des Irakiens. Mais il y aussi de grandes différences avec la Bosnie. Je pense qu’on trouve plus de similitudes avec la guerre OTAN-Kosovo Serbe, par exemple. C’est là que nous avons habitué les gens à accepter l’idée que nous pouvions bombarder des trains civiles sur un pont, bombarder des hôpitaux, des stations de télévision, que cela n’avait rien de répréhensible. Alors, lorsque nous bombardions un bon paquet de civils irakiens, ça devenait « ben quoi ? C’est bien ce que nous faisions en Serbie, non ? » Ils ont bombardé Al Jazeera à Kaboul, ils ont bombardé Al Jazeera à Bagdad, qui n’était même pas une station irakienne. Je pense que la guerre du Kosovo a été le point de départ de notre acceptation de tels actes.

Quels que soient les plans futurs de l’occupant pour l’Irak, et quels que soient les barbaries qui seront infligés, une chose est certaine, l’avenir de leur pays n’est pas totalement entre leurs mains. Mais même avec l’organisation à grande échelle de violences sectaires dans les années 50 en Algérie, les français ont fini par partir. Le dilemme pour les Etats-Unis en Irak, comme le dit Fisk, est « ils doivent partir, ils vont partir, mais ils ne peuvent pas partir – c’est le genre d’équation qui transforme le sable en sang ». Pour ceux qui voudraient comprendre ce processus et ce qu’il en coûte en termes humains, plutôt que d’avaler leurs mensonges, les reportages de Robert Fisk constituent un bon point de départ.

Dan Glazebrook écrit pour le journal Morning Star et est l’un des coordinateurs de la branche britannique de l’Union Internationale des Parlementaires pour la Palestine. danglazebrook2000@yahoo.co.uk

Traduction VD pour le Grand Soir

par Mecchano
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Mardi 22 avril 2008

Banlieues : OPA américaine sur les beurs et les blacks


Par Pauline Delassus, Marianne2.fr, mardi 22 avril 2008

www.marianne2.fr

Le Parisien révèle comment les Etats-Unis s'impliquent dans les banlieues françaises par un lobbying bien de chez eux.



André Gérin, maire de Vénissieux
André Gérin, maire de Vénissieux

Les Américains sont les pros du lobbying, chez eux comme à l'étranger. C'est ce qu'explique le Parisien lundi 21 avril dans une enquête intitulée «Pourquoi les Etats-Unis s'intéressent à nos banlieues». le 11 septembre 2001, les Américains investissent temps et argent dans les banlieues françaises, en région parisienne principalement. Dans le cadre d'une réhabilitation urbaine et par le biais de l'ambassade des Etats-Unis, ils importent des projets socio-culturels ayant fonctionné dans leurs banlieues.

Par souci sécuritaire certes mais aussi pour «un travail d'influence», souligne le Parisien. Si les Américains s'intéressent à nos banlieues, c'est surtout avec la communauté musulmane qu'ils tentent d'instaurer de bons rapports. Des séjours aux USA sont organisés au frais de l'ambassadeur pour des responsables d'associations qui reviennent conquis par le rêve américain. «Amirouche Laïdi, président du club Averroës, le jeune chef d'entreprise Aziz Senni (…) Tous ont serré la main de grands décideurs américains et ont fini par nuancer leurs propos sur les Etats-Unis» racontent nos confrères. Une stratégie efficace donc qui vise également les jeunes, éléments clés de la vie dans les cités. Des lycéens et collégiens du 93 ont en effet été invités à dîner par l'ambassadeur Craig Robert Stapleton et son épouse dans les luxueux locaux de la rue du Faubourg-Saint-Honoré.

André Gérin, maire communiste de Vénissieux dans la banlieue sud de Lyon, n'a pas encore expérimenté ces techniques de lobbying peu courantes en France. Il se dit choqué mais pas surpris : «De telles pratiques sont logiques aux Etats-Unis. La France sous-estime la menace terroriste, à l'inverse des Américains qui l'amplifient. Leur implication dans les banlieues en découle. J'ai été étonné d'apprendre ça à la une d'un journal et je serais curieux de connaître la posture du gouvernement français et du président de la République sur ces actions. Un problème se pose d'un point de vue de l'autorité de nos institutions et de l'indépendance de la France vis-à-vis des Etats-Unis.»

Claude Grunitzky, fondateur du groupe Trace ©A.C Gambet
Claude Grunitzky, fondateur du groupe Trace ©A.C Gambet

Entretenir le mythe

En mars, un colloque a été organisé en partenariat avec l'ambassade américaine et le groupe de média américain Trace, le thème : «Médias et nouvelles générations urbaines : exclusion ou intégration ?» Y participaient, entre autres, Jean-Louis Missika (vice président de Free), Robert Namias (président de l'information de TF1) et Philippe Tassi (directeur général de Médiamétrie). Claude Grunitzky, fondateur de la chaîne de culture urbaine Trace TV et auteur du livre Transculturalismes, est un Français d'origine togolaise habitant à New York qui a bâti toute sa carrière autour du thème des métissages urbains.

Selon lui, «les Etats-Unis sont vraiment investis dans le problème des banlieues et celui des jeunesses urbaines qui y résident. Ils savent que le rêve américain est bien présent dans les consciences collectives et veulent l'entretenir. Le nouvel ambassadeur s'intéresse à l'intégration dans la société française des Français issus de l'immigration. Les évènements à l'ambassade rue du Faubourg-Saint-Honoré, où sont invitées des personnalités culturelles, souvent Africaines, issues de l'immigration, qui s'expriment sur les Etats-Unis, sont fréquents. Il ajoute i[«en tant que média porté sur les cultures urbaines, le groupe Trace est constamment sollicité. Les populations américaines, elles, sont peu au courant des problèmes qui existent dans les banlieues françaises. Mais les journalistes américains qui résident en France écrivent souvent sur ce thème, d'autant plus que l'axe de la culture hip hop est un point d'accroche facile.»

Volonté de redorer un blason terni par une politique étrangère qui ne séduit plus ni sur son sol, ni à l'étranger. Volonté également de mieux cerner une population dont certains éléments sont apparentés aux réseaux terroristes. Les Etats-Unis remplaceraient donc le gouvernement français dans sa mission d'intégration de l'immigration, soit. Mais dîners de gala, voyages et subventions pourront-ils faire oublier aux habitants des quartiers, flattés mais pas dupes, les images de Guantanamo et des Irakiens bombardés ?


Pauline Delassus
par Mecchano
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Lundi 21 avril 2008

L'Esa recrute : devenez astronaute !


Par Jean-Luc Goudet, Futura-Sciences
Lundi 21 avril 2008


L'agence spatiale européenne vient de lancer sa plus grande opération de recrutement d'astronautes. Pour la première fois, les candidats peuvent remplir le dossier directement sur Internet. Devant des candidats potentiels et un parterre de journalistes, quatre astronautes sont venus témoigner de leur métier et de ce qui attend les impétrants.

 

L'Europe a besoin d'astronautes. Entre le travail sur la Station spatiale internationale (ISS), habitée en permanence, et les voyages vers la Lune, les missions humaines, se succèderont régulièrement au cours de prochaines décennies. Les tâches de l'Esa (European Space Agency), après les succès de l'installation du laboratoire européen Columbus et du cargo automatique ATV, vont devenir plus nombreuses. L'équipe actuelle ne suffira pas, d'autant que pour des raisons diverses, l'âge notamment, ce métier ne s'exerce pas à vie. « Nous en perdons un par an », résume Michel Tognini, astronaute lui-même et actuellement chef du Centre Européen des Astronautes, à Cologne.

Les robots remplaceront-ils les hommes, comme l'affirment certains ? « La concurrence entre les deux n'existe pas, répond Jean-Jacques Favier, ex-astronaute français et aujourd’hui directeur-adjoint chargé de la prospective et de la stratégie au Cnes (Centre National d'Etudes spatiales). Les deux sont indispensables aux missions à venir. Dans un premier temps, il s'agit d'utiliser au mieux l'ISS. Pour la suite, la clé du programme européen est l'exploration, pour les missions vers la Lune et vers Mars. »

Pour renouveler les effectifs, l'Esa lance une campagne de recrutement. Les candidats pourront se présenter entre le 19 mai et le 15 juin prochains. Pour la première fois, les dossiers de candidature sont diffusés sur Internet, au format PDF. Il suffit de remplir... Bien sûr, il y aura beaucoup d'appelés (l'Esa attend entre 20.000 et 50.000 candidatures) et peu d'élus : quatre astronautes incorporés à l'Esa, et quatre, dits de réserve. Les premiers commenceront la formation tandis que les seconds continueront à mener leur vie normalement mais pourront être appelés à tout moment en cas de besoin.

Quels critères doivent remplir les candidats ? La fourchette d'âge est située entre 27 ans et 37 ans, « avec des aménagements possibles » précise Michel Tognini. Les candidats doivent être nés dans l'un des 17 pays collaborant à l'Esa, un ensemble qui ne coïncide pas avec l'Union européenne (qui compte 27 Etats). La Suisse, par exemple, fait partie de l'Agence spatiale européenne, ce qui a donné à Claude Nicollier l'occasion de montrer ses talents. Au sein de ces pays, tous ont les mêmes chances. L'Esa jure qu'il n'y aura aucune pression politique pour donner la priorité à des candidats en fonction de leur nationalité.


Michel Tognini, chef du Centre Européen des Astronautes, est général de l'Armée de l'air. Il a travaillé sur le projet de navette européenne Hermès, s'est  entraîné sur le simulateur de la navette russe Bourane et a volé sur Colombia : c'est probablement  l'astronaute le plus expérimenté du monde pour le pilotage de navettes... © Futura-Sciences

Mens sana in corpore sano

Pour le reste, les critères requis placent la barre assez haut. Sur le plan physique, toutefois, il ne faut pas être un surhomme. Au contraire, il vaut mieux être dans la norme, ni trop petit ni trop grand. Jean-Jacques Favier, par exemple, a volé dans la navette Colombia et travaillé dans la station Mir en 1996 mais il dépasse d'une bonne tête tous ses collègues astronautes et ne pourrait pas s'installer dans l'exiguë capsule Soyouz. Aujourd'hui, il serait déclaré inapte. Toute caractéristique physique exceptionnelle est même déconseillée. Jean-Pierre Haigneré rappelle le cas d'un candidat écarté à cause d'une forme curieuse de sa valve mitrale, qui ne le gênait pas du tout et n'affectait en rien ses capacités physiques. Mais on ne peut prendre aucun risque lorsque l'on envoie un homme dans l'espace... Il faut surtout être en bonne santé, ignorer les caries, faire du sport et passer avec succès une visite médicale réservée aux pilotes d'avion amateurs (Jar-FCL 3 Class 2 en jargon européen). Le corps doit être sain et la tête pleine. Les candidats doivent parler l'anglais. Ce critère-là est impératif. D'autres pré-requis sont fortement appréciés : maîtriser la langue russe, jouer de la musique, faire de la plongée sous-marine ou de l'alpinisme, disposer d'un brevet de pilote d'avion... Il faut aussi avoir suivi des études supérieures et bien connaître l'astronautique, une preuve que l'on s'y intéresse vraiment. Si l'âge minimum est de 27 ans, c'est que les candidats doivent déjà avoir une expérience professionnelle, surtout pour démontrer ce qu'ils sont capables de faire en situation opérationnelle.

Les professions les plus appréciées sont celles des carrières scientifiques, d'ingénieurs et de médecine mais aussi de pilote. Les pilotes d'essais, en particulier, sont clairement privilégiés. Mais on ne peut pas tout demander à la fois. La formation sera personnalisée. L'océanographe, plongeur et biologiste, passera sans doute du temps dans un cockpit d'avion tandis que le pilote d'essai apprendra la médecine et la vie des cellules.


Comme tous les astronautes savent le faire, Jean-Pierre Haignéré se prête au jeu des interviews et témoigne de l'extraordinaire privilège d'exercer ce métier. © Futura-Sciences

Une passion autant qu'un métier

Les critères du recrutement actuel diffèrent-ils de ceux des précédentes campagnes, qui ont eu lieu en 1992, 1983 et 1978 ? « Les conditions restent à peu près les mêmes mais on s'attachera davantage au profil psychologique, rapporte à Futura-Sciences Jean Coisne (responsable de la communication des astronautes Centre des astronautes européens). Car les futures missions, surtout après l'arrêt des navettes spatiales américaines, seront pour la plupart de longues durées. »

Au final, avec quatre élus sur plusieurs dizaines de milliers de candidatures, il est certain que de bons éléments seront écartés, peut-être de manière injuste. « Parmi celles et ceux qui ont été sélectionnés avec moi et qui n'ont pas été retenus, se souvient Jean-Pierre Haigneré, beaucoup ont montré ensuite qu'ils étaient de grande valeur. Mais avec un tel nombre de candidatures, il est clair que la sélection sera dure et qu'il ne faut pas compter monter un dossier de dérogation si l'on a échoué...»

Les candidats doivent aussi se préparer à chambouler leur vie privée, se déplacer souvent, travailler beaucoup et apprendre à longueur de journée. « Il y a eu quelques divorces... » confie Jean Coisne. Le voyage dans l'espace représente une faible part des activités, essentiellement consacrées à l'entraînement. Même une mission d'une semaine est précédée d'un an à un an et demi de préparation...

Aux candidats potentiels, les astronautes actuels tiennent manifestement à parler aussi du bonheur qu'ils éprouvent à exercer ce métier, du privilège qu'ils détiennent mais aussi de l'engagement et de la passion qu'il implique. « Pour moi, c'est un rêve de gosse, témoigne Jean-Jacques Favier. Youri Gagarine a volé dans l'espace le 12 avril 1961. Le lendemain, c'était mon douzième anniversaire et ma mère m'a offert Le tour du monde en 80 jours avec cette dédicace : "tu fais partie de la génération qui fera le tour du monde en 80 minutes". Cette phrase a dû longuement trotter dans ma tête ». Jean-François Clervoy parle, lui, avec émotion, du moment où il a déposé son dossier de candidature, matérialisant des espoirs jusque-là très vagues... avant de se cogner violemment dans la porte en verre qu'il n'avait pas vue, pour avoir déjà la tête dans les étoiles...

par Mecchano
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Lundi 21 avril 2008
Rares voix en Egypte pour dénoncer l'emprisonnement de séropositifs

Par AFP, 18 avril 2008

Rare voix dans le désert, l'acteur Amr Waked crie au scandale que des séropositifs aient été jetés en Egypte en prison comme homosexuels "débauchés".

"Insensé qu'on puisse faire cela dans notre pays !", affirme à l'AFP ce jeune comédien à la carrière internationale qui s'était attiré les foudres des "politiquement corrects" pour avoir osé tourner en compagnie d'Israéliens.

Avec un autre jeune acteur, Khaled Aboul Naga, récemment nommé Ambassadeur de bonne volonté de l'UNICEF, il s'est engagé pour que l'Egypte regarde en face le fléau du sida.
"Il faut que cesse un amalgame absurde, stigmatisant et contraire à la lutte contre le sida", dit-il, conscient d'incarner une nouvelle génération désireuse d'en finir avec tous les tabous, du sexe à la politique.

La semaine dernière, ce sont cinq homosexuels, dont quatre séropositifs, qui ont été condamnés par un tribunal du Caire à des peines de trois ans de prison pour "débauche".

"Trois ont éclaté en larmes, et les deux autres étaient tétanisés", raconte à l'AFP Hossam Bahgat, directeur de l'ONG, Egyptian Initiative for Personal Rights (EIPR), l'une des rares à se mobiliser dans ce domaine.

Selon un article de la Loi n°10 de 1961, sont visés par le terme de "débauche" des prostitués homosexuels, ce que les condamnés n'ont pas admis. L'homosexualité n'est officiellement pas considérée comme un délit.

Sitôt arrêtés, la police les a forcés à subir des tests du sida, révélant pour certains une séropositivité. Ils avaient alors été enchaînés à des lits d'hopitaux avant de passer en jugement.

"Ils ont fait appel, mais restent en prison. Nous ignorons s'ils peuvent recevoir des soins", dit à l'AFP Wessam al-Beih, directrice Egypte du programme des Nations unies pour le sida (ONUSIDA).

Depuis octobre, sept autres homosexuels avaient été arrêtés, subissant ces tests VIH et des insultes, et avaient été menottés à des lits, indique Hossam Baghat. Trois ont été relâchés, et quatre condamnés à un an de prison.

Si la presse et la plupart des ONG locales ne s'en sont guère émues, 117 ONG de 41 pays, dont Amnesty International et Human Rights Watch, ont dénoncé les rafles et ces tests illégaux avec la complicité de médecins.

"A la différence d'autres affaires dans le passé, il ne semble pas qu'il s'agisse surtout d'une nouvelle attaque homophobe, mais plus d'une offensive anti-sida par des moyens sécuritaires", estime Bahgat.

En 2001, une rafle dans une discothèque arrimée à une corniche du Caire, le "Queen Boat", avait abouti à un procès contre 52 homosexuels. La moitié avaient été condamnés pour débauche et atteinte à l'islam.

Pour Amr Waked, "l'ignorance du sida reste abyssale avec le poids des préjugés religieux". "Ces condamnations auront pour effet de renforcer les préjugés tout en rendant plus difficile la prévention anti-sida", estime-t-il.

"Ces condamnations sont très préoccupantes, accréditant l'idée fausse que le sida n'est pas une maladie à traiter mais un crime à punir. Les gens auront peur de faire des tests volontaires" commente aussi Khaled Aboul Naga.

Interrogé par l'AFP sur le sida, Mohamed Saleh, un cheikh d'al-Azhar, la plus haute autorité islamique, n'hésite pas une seconde: "C'est une maladie envoyée par Allah pour punir les déviants sexuels !".

Pendant des années, les autorités ont nié, ou minoré à l'extrême, l'existence du sida en Egypte. Aujourd'hui encore, les estimations officielles n'ont pas fiabilité.

"La fourchette va de 2000 à 17.000 personnes vivant avec le virus, mais l'Egypte est un des pays à plus forte croissance du sida", estime Wessam el-Beih, indiquant que "80 % des femmes ont été contaminées par leur époux".

Pour Amr Waked, qui a joué dans le film "Aquarium" dans lequel la séropositivité hétérosexuelle est évoqué: "l'Egypte commence à bouger, toute une génération n'attend que cela".

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par Mecchano
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Lundi 21 avril 2008
"Chirac crevait de trouille chaque fois qu'il y avait trois étudiants dans la rue"

Entretien d'Elodie REGERAT avec Luc Ferry, 21 avril 2008, Le Petit Journal édition Barcelone
www.lepetitjournal.com

A l’occasion de la parution de la traduction en espagnol -Familia y amor , chez Taurus) de son ouvrage Familles, je vous aime (Xo Éditions, 2007), nous avons rencontré à l’Institut Français de Barcelone l’auteur, philosophe, professeur et ex-ministre, Luc Ferry


(Photo LPJ)

Lepetitjournal.com : Familles, je vous aime – politique et vie privée à l’âge de la mondialisation  parle de quoi en quelques mots?
Luc Ferry :
En trois mots c’est un livre dont le cœur est l’histoire de la naissance du mariage d’amour. L’idée est la suivante : au Moyen Âge, on ne se mariait jamais par amour.  Paradoxalement, le mariage d’amour a était inventé par le capitalisme moderne. Peu à peu, les individus qui vont monter travailler à la ville vont s’arracher à l’emprise de la communauté villageoise et acquérir une double autonomie : échapper au contrôle social de la famille et du village et une petite autonomie financière. Du coup, les jeunes filles vont refuser d’être mariées de force et décider de se marier avec l’homme qu’elles aiment. Donc mon livre traite de la famille moderne.


Vous écrivez  que le 20ème siècle est le siècle de la déconstruction ; pourquoi ?
C’est d’abord vrai dans les faits. Puisqu’au 20ème siècle, on a déconstruit la tonalité en musique, la figuration en peinture,  les principes traditionnels du roman….mais aussi les figures du sur-moi, la morale religieuse, la morale bourgeoise...C’est le siècle de la déconstruction des valeurs traditionnelles.
Et ce qui est intéressant, c’est que le capitalisme moderne s’est servi des bohèmes, les ancêtres des Dada, des situationnistes, des soixante-huitards, pour les déconstruire. Très simplement : si nous avions encore la mentalité qu’avait mon arrière grand-mère, nous ne serions pas de bons consommateurs. Si mon arrière grand-mère avait vu un centre commercial, elle aurait trouvé ça dégoulinant de bêtises et d’obscénités …

D'où le besoin de détruire ces  valeurs traditionnelles?
Tout à fait et au fond, mai 68 a servi à ça. Je ne voudrais pas être méchant mais, en gros, les mao de 1968, aujourd’hui, ils votent pour Sarko. Et ce n’est pas parce qu’ils ont abandonné leurs idées mais parce qu’au fond, leurs idées étaient hédonistes, appelaient à la société du plaisir, donc à une société purement consumériste.

Je vous cite, dans l’avant propos de votre livre, vous écrivez… "il faut être populaire pour conquérir le pouvoir, il faudrait pouvoir être impopulaire pour bien l'exercer"
C’est la croix de la démocratie.  La conquête du pouvoir, ne requiert pas les mêmes qualités que son exercice. Il faut être populaire pour être élu, par conséquent démagogue. En revanche, une fois qu’on est arrivé au pouvoir, il faudrait pouvoir être impopulaire pour bien gouverner. Parce qu’il faudrait faire des réformes qui ne sont pas du tout agréables.

Vous avez été ministre de l’éducation nationale entre 2002 et 2004. Que pensez-vous de la politique mise en œuvre par le gouvernement actuel ?
Je trouve que la réforme des programmes du primaire qui est en cours est vraiment très mauvaise. Cela me consterne et je serais fou de joie s’ils pouvaient la retirer. Je pense vraiment que c’est LE plus mauvais programme de toute l’histoire de l’éducation en France.
Les suppressions de postes dans l’enseignement sont beaucoup moins graves à mes yeux. Le problème, c’est qu’on n’a pas fait ce qu’il fallait faire dans l’ordre. Moi je serais tout à fait favorable à ce qu’on réduise considérablement le nombre d’heures de cours au lycée et cela permettrait d’économiser beaucoup de postes sans douleur.

Quel souvenir gardez-vous de votre passage dans le gouvernement de Jean Pierre Raffarin?
Si c’était à refaire, je le referais. Je n’ai aucun regret sinon de n’avoir jamais eu le soutien du président de la République. Ce qui est très gênant quand vous être ministre de l’Education. D’un côté vous avez les syndicats, les étudiants, les lycéens et les profs qui manifestent, et de l’autre côté, si le président de la République ne tient pas la route, vous vous faites écraser entre le marteau et l’enclume. Et comme le président Chirac crevait de trouille chaque fois qu’il y avait trois étudiants dans la rue, nous n’avons jamais pu maintenir une réforme, même quand elle était bonne.

Quels sont vos projets pour cette année ?
95% de mon temps est consacré à l’écriture. C’est un vrai bonheur. Je n’ai pas de chef, pas de patron, c’est vraiment le plus beau métier du monde.

La politique c’est fini ?
Oui. C’est un métier passionnant et, si on réussit à lui redonner un sens, ce sera génial. Mais dans l’état actuel des choses, être à nouveau ministre, c'est-à-dire "sous-fifre", ça ne m’intéresse pas. Vous savez, en latin, "ministre" cela veut dire "petit serviteur" ; les ministres n’ont pas de pouvoir, le seul qui ait vraiment du pouvoir en France, c’est le président de la République.

Propos recueillis par Elodie REGERAT. (www.lepetitjournal.com - Barcelone) lundi 21 avril 2008


par Mecchano
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Lundi 21 avril 2008
J'ai pu braver le "secret défense" …
ou presque !

Par Marc ALBERT, le 15-04-2008, Le Petit Journal édition Cambodge
www.lepetitjournal.com

Monter à bord d'un bâtiment de recherches électromagnétiques mis à la disposition de la DRM, Direction du Renseignement Militaire, est une chose rare. A l'occasion de son escale de 4 jours à Sihanoukville, le capitaine de Frégate Henri de Pradier d'Agrain, commandant du Dupuy de Lôme, a permis à quelques très rares privilégiés de visiter son navire

Le Dupuy de Lôme, un navire espion doté des meilleurs technologies (Marine Nationale)

La montée à bord de ce bateau espion est très réglementée, car, comme nous l'indiquait son Pacha, le Dupuy de Lôme est un bâtiment "d' expérimentation et de mesures" qui a pour mission de collecter les informations d'origines électromagnétiques. Le cœur du système, au cœur du navire, est non seulement une cage de Faraday qui le protège des interférences extérieures, mais aussi un no man's land ou seuls les quelques 60 spécialistes traitant et analysant l'ensemble des données recueillies peuvent pénétrer.

Un peu d'histoire sur les bateaux espions français
Dans les années 70, la France se dote de son premier bateau espion, le Berry, transformé à cette époque pour l’écoute. En 1999, après la fermeture du Centre d’essais de Mururoa, le Bougainville fut transformé lui aussi pour accueillir les équipements électroniques du Berry jusqu’à la mise en service du Dupuy de Lôme en avril 2006.

Parcourir le pont du Dupuy de Lôme, une visite réservé à quelques privilégiés (Marc Albert)

Equipements électroniques
Ce qui caractérise le Dupuy de Lôme dès qu'on l'aperçoit, en dehors de sa couleur blanche, ce sont les deux radômes, dont l'un est en forme de ballon de football, qui abritent chacun des antennes d'interception satellitaire. En outre, son mât avant abrite un détecteur de radar, un intercepteur goniomètre et une antenne d'écoute et de goniométrie. "Le renseignement électromagnétique, c'est la capacité d'intercepter un signal qui va donner des indications sans que la personne à l'origine de l'indiscrétion ne soit au courant. C'est tout simplement l'interception d'une onde radio", nous explique le commandant d'Agrain.

En matière de communication, le bateau est doté des systèmes de transmission par satellite Inmarsat et Syracuse 3, issus de l'Armée de Terre, de la Marine et de l'Armée de l'Air, permettant toutes les sortes de communications modernes HF, V/UHF et SHF, ainsi que des communications relayées depuis l'espace.
De plus, des systèmes de stabilisation performants garantissent le bon fonctionnement des moyens d’écoute sur des mers très formées. En bref, ce bâtiment truffé d'électronique de pointe fait la fierté de son commandant et de la DRM.

Une passerelle intégrée ultramoderne
La visite s'est poursuivie dans les cabines du commandant et de l'équipage, gâté par un confort certain se rapprochant beaucoup plus des cabines des navires civils que des anciens postes où l'on entassait 30 personnes pour dormir. En dehors de la salle des télécommunications, des larges coursives presque aseptisées, de l'infirmerie, et de la salle de sport, l'essentiel de la visite guidée a été consacrée à la description de l'ensemble des instrumentations de la passerelle.

La conduite et la maintenance du bâtiment par une équipe réduite à 30 personnes sont rendues possible par l'application de principes novateurs dans la marine nationale :
- un système intégré permet de réduire l'équipe de conduite à un chef de quart et son adjoint
- un système de gestion de la maintenance par ordinateur (GMAO) permet d'alléger les tâches administratives.

Un petit coup d'œil "espion" : une solution originale a été prévue à l'arrière du bateau pour recevoir dans le futur des drones … seuls les points d'ancrage de ceux-ci et la "mini tour de contrôle" sont visibles.

En conclusion
Ce bâtiment, déployé dans le cadre d'une mission de lutte contre le terrorisme arrive à point nommé dans un contexte international très troublé, marqué par l'émergence de réseaux tentaculaires, organisés en petites cellules autonomes. Le navire doit donc permettre d'obtenir un maximum d'informations qui, une fois traitées, peut permettre d'anticiper la menace et d'essayer de l'éliminer à la base. Le Dupuy de Lôme sera donc toujours au plus près des foyers cruciaux comme dans l'Océan Indien ou le Pacifique … Mais ne demandez pas à son commandant quelle sera sa prochaine escale, cela ressort encore du "secret défense".
Marc ALBERT. (www.lepetitjournal.com - Cambodge) mardi 15 avril 2008


par Mecchano
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Lundi 21 avril 2008

Un mort et 14 blessés suite à la répression de protestations paysannes en Colombie
 


Au moins une personne morte et 14 blessés, tel est le bilan ce dimanche de la répression de paysans par la police dans le département colombien d’Antioquia, où les populations exigent que l’éradication des cultures de coca se fasse en échange d’autres alternatives.

Entre 800 et mille paysans arrivés de villages proches de Tarazá (à environ 550 kilomètres au nord-ouest de Bogota) ont bloqué la voie d’accès à cette localité avec deux véhicules brûlés et en levant des barricades pour empêcher le passage des véhicules.

Un porte-parole d’un hôpital local a déclaré à des radios locales que parmi les blessés il y avait quatre personnes blessées par balle, mais aucune n’est gravement touchée.

Ce n’est pas la première fois que des populations sont réprimées par la Police pour avoir manifesté contre l’éradication de cultures de coca, qui permettent à ces familles de subsister. La protestation la plus récente s’est produite en février dernier et s’est soldée par quelques coups distribués.

Depuis des années, le gouvernement colombien avance dans cette partie du pays un programme d’éradication manuelle de cultures de coca, mais les paysans assurent qu’il n’y a pas de sources de travail qui leur permette de cesser cette activité considérée comme illicite.

TeleSUR - Efe/sb - SB

 Un muerto y 14 heridos en represión de protesta de campesinos colombianos
par Mecchano
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Lundi 21 avril 2008
www.legrandsoir.info
 
Après la réaction des médias chinois aux manipulations par leurs homologues occidentaux de l’information sur les évènements du Tibet, Bruno Philip, correspondant du Monde à Pékin s’est exclamé : "Il est piquant de voir les médias officiels chinois, grands orfèvres en désinformation, se faire les chantres de la déontologie journalistique" [1]. Si, au cours de la Crise Andine du début Mars, il avait pris la peine de lire les articles de sa consoeur Marie Delcas correspondante du Monde à Bogota, il aurait pu s’écrier avec nous : il est piquant de voir Le Monde, grand orfèvre en désinformation, se faire le chantre de la déontologie journalistique en critiquant les médias chinois.

Dans son article ; "En Colombie, tous derrière Alvaro Uribe !" [2], publié sur Internet sous la rubrique "Les faits" et non sous la rubrique "Opinions", Marie Delcas nous brosse un portrait idyllique de la Colombie en guerre civile depuis plus de 60 ans, et de son président Alvaro Uribe qui, en guise de politique, désigne tout opposant comme terroriste des FARC, en faisant une cible privilégiée de l’armée, de la police et des paramilitaires.

Dès les premiers mots, le décor est planté et les "faits" indiscutablement établis. Dès les premiers mots, on apprend que l’on n’apprendra rien. Uribe, "Pour l’immense majorité de ses compatriotes, il est le meilleur président que la Colombie ait jamais eu." On ne saura pas que la majorité des Colombiens ne vote pas (taux de participation d’environ 45% aux élections de 2002 et 2006), ni que les candidats progressistes aux élections présidentielles sont rares, quatre ont été assassinés entre 1987 et 1990, ainsi que plus de 4.000 opposants syndicalistes ou activistes sociaux. On ne saura pas que près de 250.000 personnes sont réfugiées dans les pays voisins, Equateur et Venezuela principalement, et que près de 10% de la population est en exil forcé dans son propre pays (Haut Commissariat aux Réfugiées, ONU).

Une telle pratique journalistique permet plus facilement d’accuser le Venezuela et l’Equateur de laxisme dans la gestion de leurs frontières, et de collusion avec les "terroristes". Il serait moins vertueux sinon d’exiger de ces pays qu’ils contrôlent l’identité et les occupations de centaines de milliers de réfugiés fuyant la terreur politique. C’est grâce à ce genre d’équivoques que la double morale s’installe ; si quelques opposants se trouvent parmi les paysans pauvres qui fuient un pays ami des politiques étasuniennes où les Droits de l’Homme sont bafoués depuis des décennies, ils sont classés comme terroristes et les pays d’accueil soutiennent le terrorisme. Si, à cause des restrictions imposées par un blocus qui dure depuis 46 ans, les réfugiés fuient un pays ennemi de ces politiques où les Droits de l’Homme sont plutôt mieux respectés qu’ailleurs, ils sont, malgré les activités terroristes et anticonstitutionnelles avérées des plus notoires d’entre eux, des héros des droits de l’Homme et des résistants à la dictature. Ils sont accueillis comme il se doit dans le pays voisin qui s’attribue le statut de défenseur de la démocratie. [3]

Il faut cependant reconnaître une certaine perspicacité à Marie Delcas puisqu’elle a en effet noté qu’Uribe "dirige son pays comme il gérait son latifundium". Sauf à se croire dans une saga sentimentale du genre "Autant en emporte le vent", le sens commun acceptera que le latifundiste n’est pas spécialement porté vers l’altruisme et que sa gestion vise avant tout à augmenter son profit et celui de ceux qui sauront lui rendre la monnaie. Dans ces conditions, ceux qui ne font pas partie de la propriété et voudraient vivre autrement, dans des communautés rurales par exemple, n’ont qu’à bien se tenir. Car bien sûr, pour les aider dans cette ingrate tâche de gestionnaire, Uribe et les siens ont mis sur pied une police et une armée, épaulées par quelques dizaines de milliers de paramilitaires des Autodéfenses Unies de Colombie (AUC), des Aigles Noirs ou autres "pajaros" qui garantissent à leur manière la "sécurité démocratique" contre d’éventuels contestataires de l’ordre latifundiste établi [4].

En guise de conclusion à cette introduction approfondie de la situation Colombienne, Marie Delcas nous livre simplement :"et la méthode plaît. Pour l’immense majorité de ses compatriotes, il est "le meilleur président que la Colombie ait jamais eu". L’immense majorité des Colombiens représente très certainement l’immense majorité de ceux que la correspondante du Monde approche au quotidien en tant qu’invitée du latifundium d’Uribe ou des représentants de sa classe. Ils ont dû faire ensemble le tour de la propriété où elle a pu se rendre compte que "la route à goudronner, l’égout à réparer, le centre de santé à construire" sont des problèmes résolus. Au cours de ces micro-trottoirs tant appréciés de nos médias puisqu’on en sort ce que l’on veut apprendre, elle a aussi, évidemment, ciblé des "petites gens", certainement des employés de l’entreprise qui soit parce qu’ils se satisfont de leurs privilèges individuels, soit par "crainte" de déplaire aux maîtres, n’ont pu que confirmer ces "faits".

Qu’aurait bien pu s’écrier Bruno Philip si le gouvernement Chinois avait "arrangé" une visite de son pays pour que les correspondants de presse étrangers, outrés par les atteintes aux droits de l’homme au Tibet, puissent se rendre compte de la situation ? Pourquoi ne pas interroger les quelques syndicats et organisations sociales qui existent encore, pourquoi ne pas parler des manifestations massives contre les paramilitaires, et des assassinats et brutalités qui ont suivi ? [5]. Cela peut être dangereux de vouloir connaître les positions des opposants, désignés comme terroristes par l’administration Uribe. Quatre étudiants Mexicains qui ne le savaient pas ont été tués ou blessés par l’armée Colombienne en même temps que les négociateurs des FARC menés par Raul Reyes.

Oh, bien sûr il y a une opposition, mais si petite en Colombie. A l’étranger principalement ; "A Quito et à Caracas, le son de cloche est différent". Suit, proférés (Marie Delcas aurait dit vociférés) par ces opposants au bon président Uribe, une série de termes ("pion de l’empire", "danger pour la région", "mafioso", "allié des paramilitaires") qui, "guillemetés" comme les mots non reconnus par l’Académie, sont explicitement catalogués. Ce sont des insultes sans fondements, ils ne valent rien. Et le discrédit est à son comble puisque cela vient du Venezuela, donc d’Hugo Chavez, le gorille Bolivarien, antisémite et populiste, comme nos médias nous le décrivent, sans précautions littéraires et sans provoquer l’ironie d’une Marie Delcas ou d’un de ses confrères [6]. On ne mentionnera donc pas les "faits" qui sous-tendent ces accusations et n’émanent pas de Chavez mais d’un large éventail de sources indépendantes ; l’aide militaire massive et les milliards de dollars injectés par les Etats-Unis dans le cadre du Plan Colombie, pour soi-disant soutenir la lutte contre le narcotrafic, mais en réalité pour asseoir l’emprise des entreprises transnationales sur les richesses du pays [7]. Vouloir mettre l’économie au service de politiques sociales est incompatible avec la soif inextinguible de profits des amis du gérant latifundiste Colombien. C’est une atteinte à la liberté d’entreprises, donc du terrorisme. On passera sous silence les violations incessantes des frontières de l’Equateur, du Panama ou du Venezuela [8]. Enfin, les arguments qui suggèrent fortement les liens d’Uribe avec les narcotrafiquants et les paramilitaires ne seront pas évoqués. Ou seulement à travers l’unique prisme du témoignage de Virginia Vallejo, "une femme publique un peu légère" (elle a été présentatrice télé et maîtresse de Pablo Escobar), plutôt que d’autres sources ordinairement mieux reconnues [9]. L’opinion de Marie Delcas suffira ; le vrai danger de déstabilisation de la région est Chavez, bientôt rejoint par son homologue Equatorien Rafael Correa, plus difficile à attaquer puisque moins "typé" que Chavez et ayant fait des études supérieures en Belgique et aux Etats-Unis.

Suivant la logique de son "Messianique" président Colombien, Marie Delcas assène aux lecteurs du Monde (ce n’est pas encore le coup de grâce) : "Quito et Caracas se retrouvent sur la sellette, soupçonnés de complicité avec une organisation terroriste". Ils en subissent donc, comme les opposants de l’intérieur, les conséquences appropriées ; une attaque armée la plus brutale qu’il soit. Ce qu’il ne faut pas savoir, c’est que dans cette crise Quito et Caracas sont soutenus à l’unanimité par les 34 pays d’Amérique Latine de l’Organisation des Etats d’Amérique. Mais que vaut la position de ces pays du Tiers Monde et de leurs chefs Indiens face aux cow-boys de Washington qui seuls les accuse de terrorisme et défendent Uribe [10]. Ici encore les termes employés pour décrire des positions critiques sont connotés ; les pays et les commentateurs qui s’opposent aux actes d’Uribe ou s’interrogent sur leur opportunité, sont "susceptibles", "exaspérés". Bref, ils ont des réactions épidermiques, à la limite du rationnel, certainement pas mûrement réfléchies après avoir soupesé les "faits", tous les faits, comme le fait la correspondante du Monde.

Mais revenons en Colombie. Uribe avait le soutien international de tous les Etats-Unis et cela renforce sa confiance en lui et celle de la majorité des Colombiens. C’est-à-dire celle "d’un camionneur qui se dit furibiste" (Ah ah ! mettons les rieurs de notre côté). Il suffit d’un travailleur. Les syndicats et autres organes représentatifs ne comptent pas. Alors pensez-vous ; "Même le scandale dit de la ‘parapolitique’ a épargné jusqu’à présent Alvaro Uribe". On rappelle donc brièvement, sans grandes précisions, que "Plus de 40 parlementaires de la majorité présidentielle ont été mis en examen". Que valent pour l’essor de nos entreprises quelques milliers de morts Colombiens, centaines de milliers d’exilés, et millions de déplacés, face à la vie de la franco-colombienne Ingrid Betancourt ? Que valent les vies des centaines ou milliers d’otages retenus sans aucune forme de procès par la démocratie occidentale dans les bagnes de Guantanamo, Abou Ghraib, Bagram et autres prisons secrètes face aux dizaine de morts Tibétains (ou Chinois ?) qui bouleversent nos convictions et la Une de nos médias ? [11].

Ce n’est pas à une politique d’intransigeance et de terreur, établie et développée par l’administration Uribe avec l’appui des gouvernements Américains que sont confrontés les travailleurs, les paysans et syndicalistes Colombiens. Même si le candidat aux présidentielles Etasuniennes Barak Obama le reconnaît et dénonce les accords de commerce avec la Colombie [12]. Même si Marie Delcas admet qu’en 1995 ; "Uribe promeut avec enthousiasme la création de coopératives privées de sécurité" (quel joli terme pour désigner de telles horreurs) et que les membres de sa famille, au sens propre ou politique, soient impliqués, cela ne concerne pas Uribe. Quand les frères et cousins d’Hugo Chavez, ou d’autres "tyrans", occupent des positions de pouvoir, il est accusés de népotisme. Par contre, quand il s’agit de la Colombie, état dévoué aux politiques libérales occidentales ; "Personne n’est responsable de sa famille". Qu’un homme d’affaire Vénézuélien "réputé" (par qui ?) proche de l’administration se trouve impliqué dans une affaire de drogue, et c’est Chavez lui-même qui est désigné coupable par Paulo A. Paranagua, le correspondant du Monde à Caracas qui lui non plus ne s’encombre pas d’éthique journalistique [13]. Cela doit être une des qualités qu’acquièrent facilement les correspondants du Monde puisque ni Marie Delcas, ni Paranagua n’en sont à leur premier essai [14]. N’oublions pas non plus Bruno Philip en Chine.

Les grands responsables de cette terreur restent les FARC. Exit donc l’histoire récente de la Colombie et les tueries de paysans et d’opposants qui la jalonnent depuis 150 ans. Exit les tentatives des FARC au milieu des années 1980 de démilitariser et de participer au processus démocratique en formant un parti politique, l’Union Patriotique. Succès électoral qui fut suivi du massacre de milliers de ses membres, de dirigeants, de représentants au congrès et de trois candidats aux présidentielles. Dix ans après, les FARC acceptent de négocier dans une zone sécurisée. Mais, "Echaudés par le long et stérile processus de paix engagé par le président Andres Pastrana, les Colombiens ont élu en 2002 un président musclé pour en finir avec la guérilla". Marie Delcas ne signalera pas ici non plus que Pastrana, déjà appuyé par Bill Clinton puis plus tard Bush, rompit les négociations et envoya l’armée. Enfin on éludera l’ultime ignominie d’Uribe qui profita des efforts unilatéraux déployés par les FARC en vue de libérer certains de leurs prisonniers politiques, pour s’assurer, en "légitime défense", d’un "succès" militaire contre le campement endormi du négociateur Raul Reyes [15]. Les seules paroles qui valent à être rapportées sont celles du haut-commissaire Colombien pour la paix (si, si cela existe) ; "Les guérilleros, eux, poursuivent leurs activités criminelles. Dès qu’ils accepteront un cessez-le-feu, nous leur ouvrirons les portes de la négociation" (voix-off : et les massacrerons). La loi d’amnistie "Justice et paix" proclamée en 2005 par Uribe, cet homme à "Poigne de fer et grand coeur", qui accorde l’immunité et une paisible retraite aux paramilitaires et à leurs commanditaires est un "généreux pardon", et seuls les "mauvais esprits" la contestent. Ici encore, les morts et les violences n’ont pas la même valeur selon qu’ils sont dus aux FARC ou à la politique de l’administration Uribe.

Vient alors tout naturellement la grande légitimation de cette entreprise guerrière et de ces différences de traitement dans la politique éditoriale du Monde ;"La politique sociale a été reléguée à un second plan. Priorité a été donnée à la protection des investissements privés et au budget militaire". Et d’ajouter ; "Alvaro Uribe ne gouverne pas, … et se garde bien de toute réforme structurelle". Un bon gestionnaire latifundiste se doit de faire respecter certaines règles, même si ses employés ne sont pas comme le président "convaincu que le conflit armé n’est pas la conséquence de la pauvreté, il en est la cause". Pour le leur faire comprendre, le président a besoin de l’appui de la presse et c’est donc naturellement qu’il "ménage tout particulièrement les grands groupes économiques liés aux médias". Les résultats ne sont pas encore aux rendez-vous. Même si la pauvreté et les massacres de paysans, de travailleurs, de syndicalistes, d’activistes sociaux persistent, "la sécurité démocratique a fait ses preuves : une paix précaire est revenue dans les campagnes, les axes routiers ont été sécurisés". Et le commerce au bénéfice des grands groupes privés qui se partagent le territoire et ses richesses peut continuer. C’est bien à cela qu’est dédiée la politique Colombienne de ces dernières décennies, militairement et financièrement appuyée par le Plan Colombie. Pas à lutter contre la drogue. Ou alors nous serions amenés à douter de l’efficacité et de la toute puissance Etasunienne puisque comme le conclût l’article ;"Le pays reste le premier producteur mondial de cocaïne du monde" (notez bien le mondial du monde, il n’y a pas plus grand) et "la question du poids de l’économie de la drogue dans le taux de croissance a, elle aussi, été éludée depuis longtemps". Il est piquant de constater, n’est-ce pas ?, que la Colombie et l’Afghanistan, les deux principaux exportateurs de la drogue, sont justement ceux où l’engagement militaire des Etats-Unis est des plus importants. Est-ce que l’argent de la drogue pourrait servir à financer ces guerres comme en son temps la contra au Nicaragua selon les dires du sénateur John Kerry ?

Dans l’ombre d’Uribe, c’est bien la politique de l’oligarchie Colombienne des 60 dernières années qui est en cause. Au-delà, c’est toute la politique Etasunienne en Amérique du Sud, établie en 1823 par la doctrine Monroe, "l’Amérique aux Américains", et servie depuis par tous les présidents Républicains et Démocrates et leurs affidés locaux au service de la déréglementation internationale, maintenant appelée mondialisation. Les Américains étant évidemment confondus avec les Etasuniens, comme l’avait compris El Libertador Simon Bolivar Palacios qui dès cette époque prophétisait "les Etats-Unis semblent destinés par la providence à remplir de misère l’Amérique au nom de la liberté". La lecture du livre du Colombien Hernando Calvo Ospina "Colombie. Derrière le rideau de fumée, histoire du terrorisme d’état" vous l’apprendra [16]. Pas celle du Monde.

Laurent EMOR
pour Le Grand Soir

NOTES

[1]. Le Monde du 29/03/08 : "Tibet : la guerre de l’information"
http://www.lemonde.fr/asie-pacifiqu...

[2]. Le Monde du 16/03/08 ; "En Colombie, tous derrière Alvaro Uribe !"
http://www.lemonde.fr/ameriques/art...

[3] "Double Morale. Cuba, l’Union européenne et les droits de l’homme", Salim Lamrani, Ed. Estrella (2008) :

Rapport 2006 d’Amnesty International
http://www.amnesty.org/fr

"Washington contre Cuba. Un demi-siècle de terrorisme", Ricardo Alarcón, William Blum, Noam Chomsky, Piero Gleijeses, Nadine Gordimer, Saul Landau, Gianni Miná, Michael Parenti, James Petras, Michael Steven Smith, Ignacio Ramonet, Jitendra Sharma, Wayne S. Smith, Leonard Weinglass, Amy Carter Howard Zinn, sous la direction de Salim Lamrani, Ed. le Temps des Cerises (Août, 2005).

[4] Pajaros : "oiseaux" en espagnol ; terme qui désigne des bandes de pillards et d’assassins que les élites libérales et conservatrices qui se disputent le pouvoir vont mettre à leur solde dès les années soixante pour faire appliquer par la terreur la loi des grands propriétaires terriens. C’est l’origine des paramilitaires qui sévissent aujourd’hui.

Voir :
Le Figaro 28/03/08 ; "Massacres en Colombie ; des militaires accusés".
http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2...

Le Figaro, 14/10/07 : "Un ancien chef paramilitaire plonge l’administration Uribe dans l’embarras"
http://www.lefigaro.fr/internationa...

Congrès du Travail du Canada, 19/12/07 ; "Une lettre envoyée à l’honorable David Emerson, Ministre du Commerce international"
http://congresdutravail.ca/index.ph...

[5]. Centre des médias alternatifs du Québec, 17/03/08 ; "Colombie : 300 000 manifestants contre les paramilitaires !" http://www.cmaq.net/fr/node/29469

Le Grand Soir, 17/03/08 ; "Colombie : vague d’assassinats après la manifestation du 6 mars [et toujours le silence total des médias]"
http://www.legrandsoir.info/spip.ph...

[6]. On ne peut ici que renvoyer aux excellents articles d’Acrimed pour une revue sur la désinformation sur le Venezuela d’Hugo Chavez.

Acrimed, 5/12/07 ; "Cinq minutes de procès contre Hugo Chávez sur Canal +, cinq minutes de désinformation"
http://www.acrimed.org/article2778....

Acrimed, 26/09/05 ; "Venezuela : Une enquête express de L’Express"
http://www.acrimed.org/article2146....

Acrimed, 14/11/04 ; "Les facéties d’Alexandre Adler : Hugo Chavez, « gorille populiste » et « antisémite »"
http://www.acrimed.org/article1745....

[7]. RISAL Janvier 2001 ; "Plan Colombie et pétrole : l’hégémonie des quatre sœurs"
http://risal.collectifs.net/spip.ph...

[8]. Le Grand Soir, 10/03/08 ; "Plan Colombie : la véritable force de déstabilisation de l’Amérique du Sud"
http://www.legrandsoir.info/spip.ph...

Le Monde Diplomatique, février 2005 ; "Aux frontières du plan Colombie"
http://www.monde-diplomatique.fr/20...

Inter Press service ; "COLOMBIA-ECUADOR : There Are No Plants or Animals Left"
http://ipsnews.net/news.asp?idnews=38067

[9]. The George Washington University ; documents déclassifiés de la CIA : "U.S. intelligence listed colombian president Uribe among ‘important colombian narco-traffickers’ in 1991"
http://www.gwu.edu/~nsarchiv/NSAEBB...

Nesweek, 9/08/04 ; "A harsh light on associate 82 : a declassified pentagon report claims Uribe once worked for Pablo Escobar"
http://www.newsweek.com/id/54770

Le Grand Soir, 20/01/08 ; "Colombie - Quelques vérités sur Alvaro Uribe"
http://www.legrandsoir.info/spip.ph...

[10]. Venezuelanalysis.com, 18/03/08 ; "OAS Rejects Colombia’s Military Incursion into Ecuador"
http://www.venezuelanalysis.com/new...

Traduit dans Le Grand Soir du 22/03/08
http://www.legrandsoir.info/spip.ph...

[11]. La Fabrique de l’Opinion publique - La Politique économique des médias américains. Noam Chomsky et Edward S. Herman, Ed. Le Serpent à Plumes (2003).

Le Grand Soir, 2/04/08 ; "Les Camerounais massacrés, Chomsky et l’Himalaya".
http://www.legrandsoir.info/spip.ph...

Extrait ; "Dans Manufacturing Consent Chomsky et Herman proposent ce qu’ils appellent un Propaganda Model … Le Propaganda Model se caractérise par une série de filtres, lesquels se trouvent disposés entre les faits et le public qui pourrait, et voudrait, être informé. Les deux compères proposent par ailleurs les termes de worthy victims (victimes de valeur, utiles au discours du dispositif culturel dominant) et unworthy victims (victimes sans valeur, sans intérêt pour le dispositif culturel dominant, voire fort dérangeantes). Les worthy victims passeront tous les filtres allégrement ; les unworthy victims ne passeront pas le premier filtre".

[12]. Le Bulletin de Philadelphie, 04/04/08 ; "Déclaration de Barak Obama devant la convention de la Fédération Américaine du Travail-Congrès des Organisations Industrielles"
http://www.thebulletin.us/site/inde...

[13]. Risal , 31/10/07 ; "Uribe contre Coronell"
http://risal.collectifs.net/spip.ph...

Risal 05/04/07 ; "Les relents narco-paramilitaire du président Uribe" http://risal.collectifs.net/spip.ph...
Coordination Populaire Colombienne de Paris, janvier 2006 ; "NON Au Paramilitarisme en Colombie"
http://franceameriquelatine.free.fr...

Le Monde, 28/01/08 ; "Un homme d’affaires proche du pouvoir vénézuélien impliqué dans le trafic de drogue en Sicile"
http://www.lemonde.fr/ameriques/art...

Bolivario, 31/01/08 ; "Quand Le Monde fait du gouvernement vénézuélien un complice du trafic de drogue"
http://bolivario.ledroideenchaine.c...

Voir aussi les documents du renvoi [8]

[14]. Le Monde Citoyen, 23/11/06 ; "Le Monde Et Chavez : Un très (Très) bel exemple d’extrême rigueur journalistique"
http://lemondecitoyen.com/2006/11/2...

Acrimed, 1/06/07 ; "Fin de la concession attribuée à RCTV : Concert de désinformation à la française"
www.acrimed.org/article2639.html

[15]. James Petras, 20/03/08 ; "Les Forces Armées Révolutionnaires de Colombie-Armée du Peuple (FARC-AP) : le coût des initiatives humanitaires unilatérales"
http://petras.lahaine.org/articulo....

Article traduit dans Le Grand Soir ;
http://www.legrandsoir.info/spip.ph...

[16]. "Colombie Derrière le rideau de fumée", Hernando Calvo Ospina, Ed. le Temps des Cerises (Mars, 2008).

par Mecchano
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Lundi 21 avril 2008

Les ascensoristes ont gagné six milliards par la peur


Par David Servenay | Rue89 | 21/04/2008  www.rue89.com



Hôtesse d'accueil en entreprise (Olivier Culmann).

C'est l'arnaque de la décennie. Dans le rôle du pigeon, les dizaines de milliers de copropriétés obligées de moderniser leur ascenseur. Dans le rôle du cartel, quatre multinationales condamnées l'an dernier pour entente illicite en Europe. Le tout grâce à une loi votée dans l'urgence en 2003, par des parlementaires soumis au rouleau compresseur des faits divers. Bilan des opérations: six milliards d'euros.


Entretien: en trente ans, les cadences ont doublé

Mai 2002: tout le monde se souvient de l'histoire du petit Bilal, 4 ans, mort après une chute de dix-huit mètres dans la cage d'ascenseur de son HLM du quartier de la Meinau, à Strasbourg. Trois ans plus tard, le procès du technicien d'AMS (Ascenseurs multi-services) mettra en évidence les "manquements graves" de l'entretien, ainsi que les actes de dégradation commis par les habitants. Ce qui n'empêche pas la société de toujours arguer sur son site internet:

"Réactivité et compétences techniques sont nos atouts ainsi que la satisfaction de nos clients à travers une prestation centrée sur la qualité et la sécurité de nos ascenseurs."