Vendredi 25 avril 2008

Encadrer des expulsions rapporte des «miles»

C.J. (lefigaro.fr) avec AFP et RTL
24/04/2008  www.lefigaro.fr
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Comme n'importe quel voyageur, les policiers escortant, par avion, des clandestins expulsés peuvent bénéficier des «miles» de fidélité accordés par les compagnies aériennes. L'Intérieur va revoir le système.

Escorter les immigrés en situation irrégulière lors de leurs vols d'expulsion pouvait se révéler une mission avantageuse. Confirmant une information du Canard enchaîné, le ministère de l'Intérieur a reconnu mercredi que les policiers accompagnant les clandestins lors de leur expulsion bénéficient jusqu'à présent à chacun de leur déplacement aérien, comme n'importe quel voyageur, des «miles» accordés par les compagnies aériennes. Des points de fidélité qui permettent ensuite d'obtenir des billets d'avion gratuits.

A raison de 23.000 éloignements en 2007, selon le ministère de l'Intérieur, et sachant qu'en moyenne trois policiers accompagnent celui qui va être expulsé, voilà de quoi se constituer assez vite un joli stock de voyages gratuits sur le dos des clandestins», dénonce, sans donner de chiffres précis, le Canard enchaîné, qui cite des agents d'escale d'Air France à l'aéroport de Roissy-Charles de Gaulle. «De nombreux flics bénéficient, du coup, du statut Gold (embarquement prioritaire, accès aux salons privés, miles bonus) réservé aux hommes d'affaires qui voyagent régulièrement aux frais de leur entreprise», ajoute l'hebdomadaire satirique.

«Je comprends que l'on soit choqué»

Face à ces révélations embarrassantes, on réplique place Beauvau que «ce système n'est pas illégal». Les cadres de la plupart des entreprises françaises profitent aussi, personnellement, des miles récoltés au gré de leurs déplacements professionnels à l'étranger. En outre explique le ministère de l'Intérieur, le nombre de policiers, qui peuvent être titulaires d'une carte «Flying Blue», grâce à leur travail, sont moins nombreux que ne veut le faire croire le Canard enchaîné. Sur quelque 23.000 expulsions par an, toutes ne se font pas en avion, et seul un tiers de celles réalisées par voie aérienne nécessite une escorte, de un à trois policiers, nuance-t-on.

«Je comprends que l'on soit choqué » a admis une porte-parole de la police nationale, sur les ondes de RTL précisant que «le système existe depuis quelques années. Le voyagiste qui a conclut un marché avec le ministère de l'intérieur prépare ses billets d'avion pour les fonctionnaires de police, quelle que soit leur mission, éloignement ou enquête». «Après c'est une démarche individuelle du policier que de demander ce que propose les compagnies aériennes, comme les cartes qui permettent d'accumuler les «miles» », a-t-elle poursuivi.

Cependant cet accès aux «miles» est sur le point d'être remis en cause. Le ministère indique «avoir envisagé bien avant la parution de l'article de modifier sur ce point précis le prochain contrat» le liant aux transporteurs aérien. A l'intérieur, on souhaiterait que les «miles» collectés par les agents lors de leurs missions d'expulsion reviennent au ministère afin qu'il décide lui-même de l'utilisation de ce bonus.

par Mecchano
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Vendredi 25 avril 2008

L'Europe prête à incarcérer tous les mineurs illégaux


Par Pierre Avril, correspondant à Bruxelles du Figaro
24 avril 2008  www.lefigaro.fr


                                 Au centre de rétention administrative de Paris. Pour favoriser la reconduite aux frontières, les Vingt-Sept entendent harmoniser les conditions de détention des clandestins interceptés.Crédits photo : Le Figaro


La Commission de Bruxelles et le Parlement de Strasbourg sont parvenus à un accord pour soumettre aux Vingt-Sept un système plus répressif à l'encontre des immigrés en situation irrégulière.

L'Union européenne affiche sa détermination à combattre l'immigration illégale. La présidence slovène de l'UE et le Parlement de Strasbourg ont conclu mardi soir un projet de compromis visant à harmoniser, dans un sens «répressif», les conditions d'accueil des immigrés, présents illégalement sur le territoire des 27. Sous couvert d'organiser une politique «d'aide au retour», l'Europe «signifie clairement qu'elle n'accepte pas les immigrés illégaux en provenance des états tiers», s'est félicité le rapporteur parlementaire du projet de directive, le chrétien-démocrate allemand Manfred Weber. C'est à cette seule condition, ajoute l'eurodéputé, que «les citoyens accepteront une politique d'aide à l'immigration légale», que Bruxelles entend également proposer dans les prochains mois.

En 2004, 650 000 décisions d'éloignement avaient été prononcées dans l'UE, aboutissant à 164 000 retours forcés et à 48 000 rapatriements volontaires. Avec cette directive, c'est l'étape policière et judiciaire, qui se déroule entre l'interception du clandestin et ses éventuels derniers pas sur la passerelle de l'avion de retour, que l'UE entend réglementer. Le compromis est d'autant plus difficile que 27 régimes différents cohabitent actuellement en Europe et que deux institutions communautaires sont appelées à colégiférer. Les états membres du Conseil cherchent d'abord à décourager les clandestins tandis que le Parlement, lui, se soucie du respect des «libertés civiles». Cette fois, le balancier a penché dans la première direction. Exemple, la durée de rétention des illégaux pourrait atteindre 6 mois maximum, voire 18 mois lorsque ces détenus se montrent non coopératifs. En France, cette durée ne dépasse pas 32 jours. Les mineurs non accompagnés pourraient également être «détenus», ce qui est exclu dans l'Hexagone. Les familles avec enfants pourront néanmoins bénéficier de cellules particulières, tandis qu'une assistance juridique serait accordée. Dans l'hypothèse où, lors de leur interception, les immigrés illégaux demanderaient à bénéficier d'un retour volontaire dans leur pays, ils n'auraient que 7 à 30 jours pour plier bagages.

 

Une bataille d'amendements pourrait avoir lieu

«L'Europe s'aligne ainsi sur les régimes nationaux les plus répressifs», dénonce l'eurodéputé socialiste, Martine Roure, en citant la Grèce et Malte, où au-delà de 6 mois de détention, assure-t-elle, «les gens, devenus fous, sont parqués dans un couloir spécial». À l'annonce de ce compromis, conclu en marge de la session plénière du Parlement européen, une certaine confusion régnait à Bruxelles. Pour être entériné, le texte doit recevoir l'aval d'une majorité d'États membres ainsi que du Parlement, ce qui n'est pas acquis. Une bataille d'amendements pourrait avoir lieu à Strasbourg, au risque de repousser l'adoption définitive du texte sous la présidence française. Seule la Commission, qui à l'origine avait présenté un texte moins répressif, s'est félicitée.



par Mecchano
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Jeudi 24 avril 2008

Demander plus pour gagner plus: les grèves salariales


Par Chloé Leprince | Rue89 | 24/04/2008 , www.rue89.com

A l'usine Coca-Cola de Bierne près de Dunkerke (Pascal Rossignol/Reuters).

 

Sur le flanc de l'autoroute A6 flottent les couleurs de Coca-Cola. Au ralenti: le site de Grigny, dans l'Essonne, est en grève depuis le 17 avril. Alors que l'usine tourne à plein d'ordinaire, pas un camion n'en est sorti en sept jours. En temps normal, le va-et-vient atteint 150 camions par 24 heures.

Les salariés de Coca réclament une hausse de salaire depuis trois semaines. Le mouvement a fait tâche d'huile, de Marseille à Dunkerque, tandis que s'ouvraient les négociations annuelles. A Grigny, tout à commencé à coups de débrayages de deux heures par équipe. En fin de semaine dernière, des piquets de grève se sont installés aux entrées de l'usine, sous le patronnage d'une intersyndicale FO-CFDT-CFTC-CGT.

Brasero rituel et mauvaises blagues sur Sarkozy

De temps en temps, un gréviste fait pivoter la poubelle qui barre l'accès au site: côté pile, un drapeau blanc de la CFDT. Côté face, le rouge CGT. L'ambiance reste bon enfant, brasero rituel et mauvaises blagues sur Nicolas Sarkozy… Pour laisser passer les voitures, on fait glisser la poubelle sur le côté. D'ailleurs, les grévistes se sont garés à l'intérieur.

La mobilisation ne faiblit pas dans l'usine de 230 salariés: après une semaine, Hamid Benahmed, le délégué syndicat CGT, se félicitait qu'"au moins 60% des ouvriers en CDI" étaient en grève" (40% selon la direction qui inclue l'ensemble des salariés dans son décompte):

"Le personnel administratif ne fait pas grève, les intérimaires non plus. Mais chez les OS, la mobilisation est forte: les cinq équipes. On a réussi à bloquer les trois lignes de production, alors qu'on a découvert que la direction avait fait appel à des intérimaires pour nous remplacer sur la chaîne. Mais aucune bouteille n'est sortie."

Les ouvriers qui travaillent en 3/8 d'habitude se relayent devant l'usine, de jour comme de nuit. Mardi après-midi, ils étaient une quarantaine à casser la croûte, au son du moteur des poids-lourds qui traversent la zone industrielle en klaxonnant.

"Coca, c'est pas le petit boulanger du coin"

Le pouvoir d'achat est sur toutes les lèvres. Assis contre une voiture, à quelques mètres de l'entrée du site, le leader cégétiste réclame une revalorisation supérieure à l'inflation:

"L'Insee est aux fraises, avec ses chiffres: pour nous, le passage à l'euro a marqué le début de la flambée des prix. Or on nous propose 3% de hausse cette année, c'est clairement insuffisant. Ce n'est pas comme si Coca, c'était le petit boulanger du coin!"

Pour étayer ses revendications, l'intersyndicale argue que le métier a changé. Si Hamid Benahmed ne nie pas que "le boulot est plus intéressant", il estime que "les gars ont besoin d'une reconnaissance financière en contre-partie":

"Si on travaille comme il y a dix ans, il n'y a plus une bouteille qui sort. Aujourd'hui, un ouvrier sur les lignes de production fait aussi du contrôle qualité, de la maintenance, le réglage des machines… Toutes ces tâches, c'est du personnel qualifié qui s'en chargeait. On a besoin de reconnaissance, car le métier d'ouvrier n'est plus même et le niveau d'exigence a énormément augmenté. D'ailleurs, sur les lignes, on recrute au niveau BEP ou bac Pro et on demande une expérience industrielle. Le salaire doit aller avec."

Prime TGV et majoration Ile-de-France

A Marseille, leurs collègues du site de Pennes-Mirabeau ont arraché, début avril, une hausse de 80 euros par personne et par mois. La direction a appelé ça "la prime TGV", concédant que le coût de la vie avait décollé avec l'arrivée du TGV. En région parisienne, les salaires des ouvriers de l'enseigne sont déjà rehaussés d'un cinquième.

Accoudé à la poubelle à roulettes, on compare les salaires, tandis que le délégué syndical précise que l'entreprise privilégie désormais les augmentations individuelles plutôt qu'une revalorisation globale du pouvoir d'achat. 1800 euros nets pour l'un, 2000 euros, primes comprises pour un autre. Car, si les salaires ne sont pas dérisoires chez Coca-Cola, ils tiennent compte des primes d'équipes, primes de 3/8, et d'une majoration de 40% pour les heures de nuit.

Or, "la prime ne supprime pas l'inconvénient", argue Dominique, qui a derrière lui cinq ans de maison chez Coca-Cola, et qui raconte que son pouvoir d'achat a pris du plomb dans l'aîle ces derniers mois:


Dominique et Nadjib le reconnaissent assez volontiers:

"A côté d'autres boîtes, nous ne sommes sans doute pas les plus malheureux. Mais c'est aussi une question de principe: tout va aux actionnaires à Atlanta, alors que nous faisons des bénéfices énormes. Il parait même que les cadres ont été augmentés de 29% alors qu'on nous refuse d'être au niveau de l'inflation!"

Faux, répond la direction, qui affirme avoir proposé, vendredi dernier, "entre 5 et 6,5% d'augmentation pour tenir compte du pouvoir d'achat" et augmenter au même rythme ouvriers et cadres, hors primes.

Pas les moyens de se payer du Coca, "un produit de luxe"

En ces temps de médiatisation du pouvoir d'achat, les revendications salariales trahissent surtout la rancœur que ressentent ces ouvriers qui touchent un salaire comparable à celui que nous confiait une enseignante agrégée, rencontrée lors d'un reportage à Chelles, fin mars.

A Grigny, le ressentiment va crescendo chez ceux qui sortent plusieurs dizaines de milliers de bouteilles par heure mais n'ont droit d'en prendre que "douze par mois". Nadjib, qui fait désormais ses courses chez les hard-discounters, affirme qu'il n'aurait pas les moyens de se payer du Coca, "un produit de luxe", désormais.

Travailler plus pour gagner plus? Difficile de faire des heures supplémentaires, quand on est en 3/8: une équipe en remplace une autre et les rotations se succèdent au fil des jours. "On n'a pas d'augmentation et même plus de petits cadeaux, comme des T-shirts, par exemple", s'insurge Nadjib, délégué du personnel FO, ouvrier chez Coca-Cola depuis dix ans:


Coca-Cola n'est pas seul confronté à des grèves salariales. D'autres enseignes voient éclore ces conflits, comme Carrefour ou Mondial Assistance, où les salariés ont fait huit jours de grève le mois dernier, pour revendiquer un salaire de 1500 euros, une prime de vacances et un quatorzième mois.

La présidentielle a cristallisé la question… dans les grandes boîtes

Pour le sociologue Thierry Pech, spécialiste des questions sociales, ces conflits couvaient et c'est la décrue du chômage qui les remet depuis peu au cœur du débat social:

"Le retour des conflits salariaux naît de la convergence de plusieurs facteurs. Structurellement, la menace du chômage décroît en France du fait du cycle démographique. En termes conjoncturels, il y a la hausse des prix, mais aussi la campagne présidentielle, qui s'est faite essentiellement autour du pouvoir d'achat. Ce faisant, on a justifié les revendications autour du 'gagner plus'. Or demander plus, c'est un chemin plus court encore vers une hausse de salaire que travailler plus."

Nnotant que cette accélération des revendications sur les salaires va compliquer la réforme du SMIC, Thierry Pech souligne qu'il n'y a rien d'étonnant à ce que les piquets de grève essaiment chez Carrefour ou Coca-Cola. Pas parce que les salaires y sont les plus faibles, loin s'en faut:

"A 1800, 2000 euros net par mois, ils sont juste au-dessus du salaire médian. Mais, dans les entreprises moyennes et grandes, il existe des collectifs structurés et une relation d'emploi relativement stable. Dans les petites structures, dans le secteur des services à la personne, par exemple, il n'y a pas de revendication salariale et les salaires sont souvent inférieurs."

Un effet d'entrainement peut-il avoir lieu sur l'ensemble du marché du travail? Thierry Pech en doute: c'est la revalorisation des minima sociaux qui peut avant tout agir comme un "effet de dominos" sur le niveau global des salaires."

"Chez Coca, les gars sont quand même sacrément payés…"

Cet après-midi-là à Grigny, un chauffeur de camion, salarié d'un sous-traitant qui travaille sur le site, est passé à l'usine. Grève ou pas, il sera payé et il sourit, "solidaire". Tout en précisant, 1800 euros nets par mois, heures supplémentaires, prime accident, ancienneté et week-ends compris:

"Chez Coca, les gars sont quand même sacrément payés… Espérons que ça pourra nous être profitable!"

Or Thierry Pech avance justement que la revalorisation de salaires dans une grande entreprise comme Coca-Cola ou encore Peugeot peut avoir un effet contraire chez ses petits sous-traitants:

"En cédant sur les salaires en interne pour garantir un relatif confort social à ses employés, une grande boîte va chercher à imposer des prix encore plus comprimés à ses sous-traitants, dont les salariés, eux, vont se trouver encore plus précaires. En amont de la chaîne, c'est plus à des dégâts sociaux qu'à un effet de levier qu'on risque d'assister. A terme, c'est justement le sous-traitant qui risque d'être délocalisé."



par Mecchano
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Jeudi 24 avril 2008


24 avril 2008, dans le Grand Soir, www.legrandsoir.info
entretien avec Denis Sieffert (Politis)
 

Fondateur de Médecins sans frontières, essayiste, Rony Brauman* nous invite ici à réfléchir sur les risques d’instrumentalisation des droits de l’homme.


Denis Sieffert : Que vous inspirent les manifestations des jours derniers au moment du passage de la flamme olympique ?

 

Rony Brauman : Une certaine perplexité et une certaine exaspération devant tant d’incohérence à propos des droits de l’homme. Le boycott qui avait été qualifié de honteux et de stérile lorsqu’il s’agissait de la présence d’Israël au Salon du livre, alors qu’Israël venait de tuer cent vingt Palestiniens à Gaza, ce même boycott apparaît comme un acte d’humanité et de solidarité quand c’est la Chine qui tue cent vingt Tibétains à peu près au même moment. Il y a là une incohérence qui torpille la crédibilité des organisations ayant ce regard sélectif. La deuxième réflexion concerne les appels au boycott. Cette forme d’action ne peut être utilisée que dans des circonstances exceptionnelles, et non de façon indistincte. Elle empêche de parler là où il faudrait parler. Elle crispe là où il faudrait détendre. J’étais d’ailleurs contre le boycott du Salon du livre. En se faisant plus Tibétains que les Tibétains, en identifiant la cause tibétaine aux droits de l’homme, certaines organisations, comme Reporters sans frontières (RSF), favorisent plutôt un raidissement nationaliste autour des courants les plus durs au sein de la direction chinoise. Un dosage, une approche réfléchie de ces questions font partie de la défense des droits de l’homme.

Le regard sélectif qui est souvent porté sur les droits de l’homme correspond-il à une logique ?

La sélectivité résulte déjà de l’impossibilité de parler de toutes les atteintes aux droits de l’homme. À partir de quand est-on dans l’intolérable ? Quelle économie morale organise la séparation entre ce qu’on peut accepter et ce dont on doit s’indigner ? Jacky Mamou [président du collectif « Urgence Darfour », ndlr] me rétorquait dans un débat récent qu’Israël était une démocratie. Ce qui veut dire que, pour des gens comme Jacky Mamou, la mort, la torture, l’emprisonnement n’ont pas vraiment d’importance quand c’est le fait de démocraties.

Il y aurait un « côté du manche » ?

Il y a « nous » et ce que nous faisons, et qui n’est pas grave parce que nous sommes susceptibles de nous améliorer, et il y a « les autres », qui sont prisonniers de leur sauvagerie. Or, dans ce partage entre « nous » et les « autres », il y a toute sorte de points aveugles. Un exemple : après les jeux de Pékin, la flamme ira à Londres. Il ne semble pourtant venir à l’idée de personne que l’on pose comme condition le retrait des troupes britanniques d’Irak.

Un autre exemple : au moment des Jeux d’Atlanta, a-t-on exigé l’abolition de la peine de mort aux États-Unis ? Non. Si bien que l’index est toujours pointé dans la même direction. Ce partage de la morale est de plus en plus intolérable.

Vous avez été cofondateur de RSF. Comment jugez-vous l’évolution de cette organisation ?

Je crois que cette organisation s’est emballée. Elle connaît certes des succès médiatiques, mais se perd en même temps dans une sorte d’esthétique de la performance, du happening pour le happening. Quelle crédibilité va-t-elle faire valoir pour défendre réellement les journalistes et la liberté de la presse ? Comment pourra-t-elle désormais discuter avec les autorités chinoises ?

Si la façon est critiquable, la cause, en l’occurrence tibétaine, n’est pas pour autant délégitimée...

Mais la cause tibétaine, puisque les Tibétains eux-mêmes ne demandent pas l’indépendance, c’est la cause de tous ceux qui subissent les effets de la politique sociale chinoise. C’est tout aussi bien la cause de ceux qui veulent la constitution de syndicats, ou de ceux qui revendiquent le droit de s’exprimer, par exemple dans le domaine de la santé ­ je pense en particulier à la question du sida. Dans ce contexte-là, le Tibet occupe une place parmi d’autres.

Regardez, du côté des minorités, les Ouighours, qui ont été sévèrement réprimés [voir l’article d’Éric Drouot, page suivante]. Mais on ne leur accorde aucune attention particulière parce qu’ils sont turcophones et musulmans et qu’ils n’ont peut-être pas le charme exotique des Tibétains ou des représentations romantiques que l’on peut en avoir.

Si l’on veut aller un cran plus loin, il faut s’interroger sur les risques d’instrumentalisation des droits de l’homme. Et notamment sur l’usage qui peut en être fait dans la rhétorique de la lutte contre le terrorisme. Les organisations humanitaires ont commencé à réfléchir à ces risques d’instrumentalisation. Les organisations des droits de l’homme ­ en tout cas, certaines d’entre elles ­ devraient entamer cette réflexion et clarifier les enjeux. On a vu que brandir les « droits de l’enfant » peut mener à des actions de type colonial, façon Arche de Zoé. Protéger une population en butte à une tyrannie, cela peut conduire à renouer avec une rhétorique de guerre digne du XIXe siècle impérial. Tout doit donc être pensé, les objectifs et les façons de faire.

* Rony Brauman est notamment l’auteur de Penser l’urgence, Le Seuil, 2006.

article publié par Politis

http://www.politis.fr/Le-partage-de...

et reproduit par le Grand Soir avec leur aimable autorisation.

par Mecchano
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Jeudi 24 avril 2008
La Suisse, discrète terre d'accueil des milliardaires russes

Par Luigino Canal | SwissInfo | 23/04/2008, sur Rue89, www.rue89.com

Après avoir profité de la chute de l'URSS pour faire fortune grâce aux matières premières, les milliardaires russes s'installent discrètement en Suisse. Selon l'Office fédéral de la statistique (OFS), les résidents russes en Suisse ont plus que doublé en onze ans, passant de 4639 en 1995 à 9455 fin 2006. Ils ont élu domicile principalement dans les cantons de Genève et de Zurich.

Le classement des 300 personnes les plus riches révèle la présence en Suisse d'une dizaine de Russes dont le patrimoine dépasse les 60 millions d'euros. Au total, ils pèsent plus de 25 milliards d'euros. Pétrole, aluminium, fertilisants, la plupart ont profité de la chute de l'URSS pour acquérir des participations dans les entreprises privatisées et faire fortune grâce aux matières premières.

Ces nouveaux millionnaires apprécient la Suisse pour sa sécurité. Contrairement à Moscou, ils n'ont pas besoin de vivre sous protection rapprochée sur les bords du Léman. Souvent les hommes d'affaires installent à l'abri en Suisse femme et enfants, pendant qu'eux-mêmes continuent de s'occuper de leurs activités en Russie.

Genève très prisée

Selon les dernières statistiques de la banque centrale russe, la Suisse est devenue la première destination mondiale des fonds transférés par des particuliers russes. Au troisième trimestre 2007, ils ont expédié 1,21 milliard de dollars dans les banques helvétiques, presque quatre fois plus que les trois mois précédents.

Les Russes sont notamment arrivés en force dans la petite commune de Cologny. Avec sa vue imprenable sur le lac Léman et le Jura, sa fiscalité attrayante et son luxueux cadre verdoyant, ce village doré du canton de Genève est très prisé par les grandes fortunes.

A coup de dizaines de millions, ils ont acquis de vastes propriétés. Un promoteur immobilier affirme:

"Ils s'intéressent à la situation et à la taille du terrain, ils payent sans négocier, puis ils cassent tout et rebâtissent à neuf avec un luxe incroyable."

Klaus Schwab vs. Viatcheslav Kantor

Le bras de fer entre Klaus Schwab, le fondateur du Forum économique mondial, et son nouveau voisin le russe Viatcheslav Kantor illustre cette analyse. Cet industriel de 54 ans a fait fortune avec la société Akron. Sous sa direction, l'entreprise est devenue le principal producteur mondial de fertilisants.

Le magazine Forbes estime que Viatcheslav Kantor possède un patrimoine de 1,61 milliard d'euros. En 2002 et 2004 il a acquis à Cologny deux propriétés d'une surface totale de 10 500 m2 pour 17,6 millions. Il désire y bâtir une nouvelle villa avec une galerie d'art privée de 405 m2. Car l'homme est un grand collectionneur de tableaux de maîtres.

Mais le gabarit de l'ouvrage a engendré l'ire de ses voisins, dont Klaus Schwab qui habite à 60 mètres. Il a fait opposition pour bloquer ce projet. Après deux ans de lutte par avocats interposés, et des courriers incendiaires, la Commission cantonale de recours a confirmé l'autorisation de bâtir.

Le chantier s'est ouvert en décembre dernier. La résidence aura des dimensions imposantes: 43 mètres de long, 17 de haut et 30 de large avec une surface brute de plancher de 1610 m2.

Un petit Versailles sur Léman

Surnommé le "milliardaire du potassium", Dmitri Rybolovlev s'est retrouvé confronté à un problème semblable. Il a déboursé 15,5 millions pour une parcelle de 10 000 m2 à Cologny. Il compte y édifier une nouvelle villa avec piscine intérieure et pavillon pour les invités.

Il s'est attiré les foudres de la Société d'Art Public (SAP). Son avocat estime:

"Le bâtiment, qui est une sorte de réplique du palais du Petit Trianon de Versailles, est excessif car la façade côté lac dépasse les 16 mètres de haut, sur trois niveaux."

Mais, le Tribunal administratif a balayé cet argument, si bien que Cologny va bientôt avoir son petit château du XVIIIe siècle.

Après des études en médecine, Dmitri Rybolovlev a été l'un des premiers à détenir des participations dans les entreprises privatisées suite à la chute de l'URSS. En 2000, il prend le contrôle d'Uralkali, une société spécialisée dans les fertilisants à base de potassium.

Cette société, qui a ouvert fin 2004 une filiale de trading à Genève, a fait l'an dernier une entrée fracassante au London Stock Exchange. Le titre a flambé et aujourd'hui, à 41 ans, Dmitri Rybolovlev se retrouve à la tête d'une fortune estimée à 8,1 milliards d'euros.

Il a aussi investi dans le secteur des biotechnologies, notamment via la société genevoise Ribovax Biotechnologies, active dans la fourniture de services et de conseils dans les domaines biologique, chimique et pharmaceutique.

Le pétrole russe à Genève

Dans la rampe de Cologny réside le mystérieux Gennadi Timtchenko. Il est considéré comme l'un des acteurs les plus influents du pétrole russe. Arrivé en Suisse en 2001, cet oligarque est né en Arménie en 1952 et, selon nos informations, il possède les passeports russe, finlandais et grec.

Ami de Vladimir Poutine, passionné de tennis, Gennadi Timtchenko s'est fait construire un terrain de tennis souterrain dans sa luxueuse demeure. Il a fait la connaissance du futur président Poutine dans les années 1990 à Saint-Pétersbourg où il exportait des produits pétroliers.

Après un passage en Finlande, Gennadi Timtchenko transfère ses affaires au bout du lac. En 2004, apparaît à Genève une succursale de la société de trading pétrolier Gunvor International Tortola dont Gennadi Timtchenko est l'un des principaux actionnaires.

Il est très difficile d'évaluer sa fortune. Les estimations varient entre 1,6 et 10 milliards d'euros. Seule certitude: Gunvor réalise des résultats étourdissants. La société commercialise un tiers du pétrole russe exporté. En 2007, elle a enregistré un chiffre d'affaires de 43 milliards de dollars et ses profits se chiffrent en centaine de millions.

Des oligarques à la tête d'empires

Dans le classement des plus grandes fortunes suisses du magazine Bilan, on découvre aussi Vasily Anisimov dont le patrimoine est estimé à plus de 1,5 milliards d'euros. Etabli sur la Goldküste zurichoise, il a fait fortune dans l'aluminium et son empire immobilier Coalco compte 300 employés dispersés entre les bords de la Limmat [une rivière suisse, ndlr], New York et Moscou.

Nettement moins discret que ses compatriotes, Viktor Vekselberg a fait la une des médias suite à ses prises de participations dans Sulzer et OC Oerlikon. Au bénéfice d'un forfait fiscal à Zurich, il pèse 8,7 milliards. A la tête du holding Renova, il investit notamment dans la chimie et l'immobilier. Et c'est Thomas Borer, l'ex-ambassadeur de Suisse à Berlin, qui conseille cet oligarque.

Rishat Safin s'est installé dans une splendide demeure au bord du Léman acquise fin 2004 pour 12,5 millions d'euros. La famille Safin, qui n'a pas de liens de parenté avec celle du joueur de tennis russe, détient diverses participations dans l'industrie sucrière et l'immobilier en Europe de l'Est. Sa fortune est estimée à 250 millions.

Machines à sous et vodka

Dans le canton de Fribourg, Igor Khodorkovsky a investi 4,7 millions pour la construction d'un centre thermal à Charmey, où il réside. Il a fait fortune grâce à un logiciel pour les machines à sous et développe ses affaires aux quatre coins de la planète.

Son compatriote Rustam Aksenenko possède la société genevoise Finartis qui est le principal actionnaire de l'entreprise de luxe allemande Escada. Ce financier de 33 ans, dont la fortune est estimée à 125 millions, est aussi actif dans l'immobilier.

Tsar de la vodka, Juri Shefler a accumulé une fortune de 375 millions d'euros grâce aux spiritueux. Il détient notamment les fameuses marques de vodka Stolichnaya et Moskovskaya, mais il a quitté en janvier la présidence de S.P.I., son groupe genevois.

En partenariat avec SwissInfo.ch


par Mecchano
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Jeudi 24 avril 2008

Israël gêné après l'arrestation d'un espion aux États-Unis

Par Patrick Saint-Paul, correspondant à Jérusalem du Figaro
23/04/2008  www.lefigaro.fr
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Ben-Ami Kadish a été déféré, mardi, devant le tribunal fédéral de Manhattan, pour avoir transmis à Israël des informations relatives à des armements nucléaires, des avions de combat F-15 et des systèmes de missiles antimissile Patriot.
Ben-Ami Kadish a été déféré, mardi, devant le tribunal fédéral de Manhattan, pour avoir transmis à Israël des informations relatives à des armements nucléaires, des avions de combat F-15 et des systèmes de missiles antimissile Patriot.

Quinze jours avant la visite de George W. Bush en Israël, l'affaire jette un froid sur les relations bilatérales.

Une nouvelle affaire d'espionnage perturbe la relation privilégiée entre Israël et les États-Unis. Vingt-deux ans après l'arrestation de Jonathan Pollard, un espion américain travaillant au service de l'État hébreu a de nouveau été pris la main dans le sac par le contre-espionnage américain.

Âgé de 84 ans, Ben-Ami Kadish a été déféré, mardi, devant le tribunal fédéral de Manhattan, pour avoir transmis à Israël des informations relatives à des armements nucléaires, des avions de combat F-15 et des systèmes de missiles antimissile Patriot. Kadish est accusé d'avoir agi au service de l'État hébreu de 1979 à 1985. Il s'est fait pincer par le FBI à cause d'une conversation téléphonique passée il y a deux semaines à son ancien officier traitant, qui serait le même que celui de l'analyste de la marine américaine, Jonathan Pollard.

Condamné en 1986, Pollard, un citoyen américain, purge une peine de prison à perpétuité aux États-Unis pour espionnage au profit de l'État juif. Il a plaidé coupable de trahison et les présidents américains successifs lui ont refusé leur grâce. Son cas est l'une des principales pommes de discorde entre Israël, qui demande régulièrement sa libération, et Washington.

«Pas toute la vérité»

Tous les premiers ministres israéliens depuis le cas Pollard ont assuré que ce dernier avait agi seul. «Ce qui tracasse les Américains, c'est le sentiment qu'Israël ne leur a pas dit toute la vérité en 1985, lorsque l'affaire Pollard a éclaté  », confiait hier Danny Yatom, un ancien chef de l'espionnage israélien (Mossad) à la radio de l'ar­mée israélienne. «Les Américains avaient demandé s'il y avait d'autres gens ayant travaillé ou travaillant pour Israël aux États-Unis. À ma connaissance, la réponse qui leur a été faite a toujours été non», a-t-il ajouté.

À l'annonce de l'arrestation de Ben-Ami Kadish, le bureau du premier ministre, Ehoud Olmert, a affirmé tomber des nues. Olmert a ordonné une enquête. L'officier traitant, qui, au téléphone, a re­commandé à Kadish de mentir au FBI, affirme ne se souvenir de rien. Comme Pollard, Kadish aurait été recruté par le Lakam, le «Bureau des relations scientifiques», une officine israélienne aujourd'hui dissoute. Raphaël Eitan, ministre des Retraités et ancien chef du Lakam, dit n'avoir «aucune idée» de cette affaire. «C'est la première fois que j'en entends parler,» a-t-il affirmé.

L'affaire Pollard avait entamé la confiance dans la relation très étroite qui unit Israël aux États-Unis. Le nouveau cas d'espionnage est d'autant plus embarrassant pour le gouvernement Olmert que le président George W. Bush est attendu à la mi-mai pour célébrer le soixantième anniversaire de l'État hébreu.

Cependant, l'affaire ne devrait pas provoquer de nouvelle crise avec Washington. «Les Américains savent que, depuis que Pollard a été démasqué en 1985, Israël ne recrute plus d'agents et ne collecte plus de documents secrets aux États-Unis», assure Yuval Steinitz, ancien président de la commission des affaires étrangères et de la dé­fense de la Knesset.

par Mecchano
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Mercredi 23 avril 2008

Affaire Betancourt: six ans de non-dits, de manipulations et d'échecs



Par Thomas Cantaloube, Mediapart.fr, 22 avril 2008
www.mediapart.fr

           

L'image la plus fréquemment diffusée aujourd'hui d'Ingrid Betancourt n'est plus celle de cette jeune femme souriante, au regard à la fois digne et frondeur, mais celle d'une femme émaciée dont le corps souffre et les yeux fuient la caméra. Bien que plusieurs présidents se soient penchés sur son cas, bien que les médias français et, de plus en plus, internationaux s'émeuvent de son sort, bien que des comités de soutiens organisent régulièrement manifestations et campagnes de mobilisation, l'ex-candidate à la présidence de la Colombie reste détenue aux mains des Fuerzas Armadas Revolucionarias de Colombia (FARC) depuis maintenant six longues années.

« Si tout avait été essayé pour la libérer, Madame Betancourt serait probablement libre », admet un diplomate du Quai d'Orsay, en toute candeur. Une manière – polie – d'excuser l'impuissance de la France en suggérant qu'il y a encore d'autres choses à tenter, mais aussi une mise en cause voilée de la manière dont cette affaire a été gérée depuis le 23 février 2002, date de son rapt par les FARC. Car si le dossier de la libération d'Ingrid Betancourt a été traité au plus serré par l'Élysée et le ministère des Affaires étrangères, il a aussi été instrumentalisé dans les médias et dans le jeu politique, charriant non-dits et désinformation. À quelques exceptions près, la presse hexagonale a été particulièrement silencieuse sur l'imbrication de conflits d'intérêts et des erreurs d'appréciation qui font qu'Ingrid Betancourt continue de croupir au fond de la jungle amazonienne.

 
Une affaire qui démarre à la conjonction du privé et du public.

Lorsque Ingrid Betancourt est kidnappée en 2002, elle n'est pas franco-colombienne mais, aux yeux du monde, colombienne tout court. Séparée de son mari français Fabrice Delloye depuis une dizaine d'années, lequel vit avec leurs enfants en Nouvelle-Zélande, députée puis sénatrice depuis huit ans, dirigeante du parti écolo Oxigeno Verde, elle est candidate à la présidence de son pays, la Colombie. À l'époque, une autre franco-colombienne, Aida Duvaltier, d'origine modeste, est détenue depuis un an par un autre groupe de guérilleros colombiens, l'Ejercito Popular de Liberacion (EPL). Personne n'en parle, et son cadavre sera retrouvé dans l'indifférence, décomposé dans la jungle en février 2006.


A contrario, Ingrid Betancourt n'est pas une inconnue dans l'Hexagone. Elle y a en partie grandi quand son père était ambassadeur à l'Unesco et y a publié un ouvrage autobiographique, La Rage au cœur (écrit par le « nègre » Lionel Duroy), devenu un best-seller grâce aux journaux qui ont fait leurs choux gras de la «Jeanne d'Arc des Andes». Surtout, elle et sa sœur Astrid sont des amies de Dominique de Villepin, directeur de cabinet du président Jacques Chirac puis ministre des Affaires étrangères, qu'elles ont eu comme professeur à Sciences-Po dans les années 80. L'ancien mari d'Ingrid est un attaché commercial du Quai d'Orsay. Enfin, fait longtemps occulté, Astrid est depuis peu l'amante de l'ambassadeur de France en Colombie, Daniel Parfait. Quand celui-ci rentre en France en 2004, il se marie avec Astrid – ce qui fait d'Ingrid sa belle-sœur – et est promu directeur des Amériques au Quai d'Orsay. C'est ainsi que Jacques Thomet, alors directeur du bureau de l'Agence France-Presse à Bogota, devenu depuis l'un des grands pourfendeurs des non-dits de l'affaire Betancourt, voit ses dépêches corrigées : « La Colombienne devient la Franco-Colombienne. »

«Fabrice Delloye est l'idiot utile des FARC»

Si Dominique de Villepin, qui a accepté de répondre aux questions de Mediapart, admet «que le fait de connaître la famille d'Ingrid a joué un rôle facilitateur dans les différents contacts» entre l'État et la famille, il récuse tout conflit d'intérêt. «La diplomatie française a joué son rôle habituel», assure-t-il. Quant à Daniel Parfait, «il n'a jamais pris d'initiative qui signalerait un conflit d'intérêt. C'est absurde ! La négociation [pour libérer Ingrid Betancourt] est gérée par d'autres. L'ensemble des opérations est piloté par l'état-major.»

Il n'empêche, la gestion du dossier Betancourt devient vite émotionnelle, truffée d'effets d'annonces, de «coups» et de retournements.

Une famille qui opte pour la gestion médiatique.

Si tout le monde peut comprendre la douleur de la famille Betancourt, et sa volonté de mobiliser tous les canaux possibles pour obtenir son affranchissement, le problème réside dans le suivisme des politiques et des médias à son égard. «La famille se démène beaucoup pour produire un bruit médiatique continu et le plus important possible», avance Jean-Jacques Kourliandsky, chercheur à l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) et auteur de l'ouvrage Ingrid Betancourt, par-delà les apparences. «Elle possède également un rôle dans la validation de toute la gesticulation médiatique comme on l'a constaté récemment avec l'état de santé d'Ingrid : une semaine, elle était à l'article de la mort, la suivante, elle allait bien. Personne n'a identifié la source des rumeurs, mais tout le monde les a répercutées, la famille en premier.»

 

Ce qui irrite le plus les connaisseurs de la Colombie et/ou du dossier, c'est le fait que les Betancourt brouillent dans l'opinion publique la distinction entre les FARC (responsables de l'enlèvement et de l'emprisonnement) et le gouvernement du président colombien d'Alvaro Uribe (en guerre contre les FARC, certes avec ses propres méthodes et intérêts). «Fabrice Delloye est l'« idiot utile » des FARC», lance un ancien du cabinet de Jacques Chirac à l'Elysée. «Tous ses efforts consistent à demander que l'on accorde aux FARC tout ce qu'elles demandent dans l'espoir que la guérilla libère son ex-femme.» La famille Betancourt a régulièrement pris l'habitude de qualifier Uribe d'«ignoble» ou de clamer, comme Yolanda Pulecio, la mère d'Ingrid « [se sentir] plus en sécurité [au Venezuela] qu'en Colombie», sans même parler des groupes de soutiens à l'otage, qui traitent régulièrement le président colombien de «fasciste».

«La médiatisation a assuré sa survie, mais l'a condamnée à perpétuité»

Les emportements d'une famille rongée par l'angoisse sont une chose, leur sténographie dans les médias en est une autre. Les deux enfants d'Ingrid, Mélanie et Lorenzo, la mère ou l'ex-mari sont constamment invités sur les plateaux des JT, généralement sans personne pour compléter ou infirmer leur discours. «Les membres des familles ont une valeur de témoignage, pas d'analyse», s'irrite Maria Morales, correspondante à Paris du quotidien colombien El Tiempo. «Pourquoi inviter Fabrice Delloye pour commenter la mort de Raul Reyes [dirigeant des FARC tué par l'armée colombienne le 1er mars dernier]? Les débats ne doivent pas être tenus par les familles, sinon c'est du sentimentalisme, pas de l'information.»

 

Les otages sont l'affaire du président de la République.

« Les affaires d'otages deviennent les affaires du Président. C'est Chirac qui a lancé cela», clame l'ancien de l'Elysée. Jean-Jacques Kourliandsky pense la même chose, faisant remonter cette approche à la conjonction particulière des otages du Liban, de la privatisation de TF1 en 1987, et de l'élection présidentielle de 1988 (avec Chirac accueillant Jean-Paul Kaufman, Marcel Carton et Marcel Fontaine sur le tarmac de Villacoublay à l'entre-deux tours de la présidentielle). Nicolas Sarkozy a repris le flambeau en promettant d'aller lui-même chercher Ingrid en Colombie et en déclarant que la libération d'Ingrid Betancourt est « une cause nationale » pour la France.

Le président de la République a d'ailleurs centralisé autour de lui la gestion du dossier, piloté directement par son conseiller diplomatique Jean-David Levitte, et un jeune diplomate, Damien Loras, «court-circuitant» la cellule des affaires étrangères autour de Daniel Parfait. Un choix qui se justifie, selon Dominique de Villepin, «dès lors qu'il faut répondre à des demandes opérationnelles rapides». L'équipe de l'Élysée a également fait le choix d'une forte médiatisation. Nicolas Sarkozy a lancé deux appels directs au leader historique des FARC, Manuel Marulanda ; il a demandé et obtenu de son homologue Uribe la libération d'un responsable des FARC, Rodrigo Granda ; son épouse Carla Bruni-Sarkozy a participé à une marche de soutien en faveur de l'otage ; enfin il a récemment envoyé un avion sanitaire en Guyane avec force tintamarre médiatique.

 

Toute cette publicité fait dire à un haut fonctionnaire français qui connaît bien le dossier : «Cela a assuré sa survie, mais l'a condamnée à perpétuité.» Selon le mot de Jacques Thomet : «Ingrid est devenue la poule aux œufs d'or de la guérilla. Pourquoi la libérer alors qu'elle représente désormais un formidable levier de négociation ?»

Dominique de Villepin, qui pilotait les efforts français pour sa libération jusqu'en 2007, rappelle qu'il menait «une diplomatie secrète et discrète. Nous avons envoyé une vingtaine de missions dans la jungle, entourées d'un secret que nous jugions nécessaire». Seule exception, et encore, involontaire : l'opération dite «du 14 juillet» 2003, au cours de laquelle un Hercules C-130, un avion de transport militaire français garni d'agents de la DGSE, accompagnés d'un adjoint de Villepin, Pierre-Henri Guignard, se pose au Brésil dans l'espoir de récupérer Betancourt. Toute l'opération est éventée et provoque un clash diplomatique entre la France, le Brésil et la Colombie. «C'est une opération qui n'était pas destinée à être visible et qui s'est donc mal terminée», conclut aujourd'hui un diplomate français. «Désormais, toute l'affaire est publique et médiatisée», poursuit Villepin. «Nous sommes dans un temps très différent. Dans le temps qui était le nôtre, notre choix était cohérent et responsable. »

Méconnaissance de la Colombie

En même temps, certains spécialistes de ces affaires d'otages politiques défendent le choix de la médiatisation poussée, par opposition aux enlèvements criminels visant à obtenir une rançon. «Les FARC sont une organisation terroriste et criminelle qui essaie de manipuler l'opinion publique grâce à la prise d'otages», analyse l'Américain Christopher Voss, ancien négociateur du FBI pour les kidnappings internationaux et président de Black Swan Group, une agence de conseil en négociations. «Les gouvernements ont le devoir de les contrecarrer dans la sphère publique et de faire en sorte que leur responsabilité soit exposée.» Voss est d'ailleurs critique à l'égard de la Maison-Blanche, qui maintient une chape de plomb sur les trois otages américains aux mains des FARC : «En demeurant silencieux, le gouvernement américain laisse filer ses chances de les libérer en autorisant les FARC à dicter leurs conditions.»

 

Refus de voir la réalité colombienne.

Le problème de cette stratégie de la médiatisation est qu'elle plonge dans une grande marmite les ingrédients de l'émotion, de la douleur des familles, de la diplomatie publique, de l'indignation facile et des raccourcis politiques qui conduisent à une ignorance de la situation colombienne à l'origine du rapt d'Ingrid Betancourt. Quelques petits mots prononcés récemment par les dirigeants français ont ulcéré les Colombiens. Le fait que Nicolas Sarkozy s'adresse au chef historique des FARC en lui donnant du «Monsieur Marulanda», en décembre dernier puis à nouveau en mars, est resté en travers de la gorge d'une immense majorité de Colombiens et de démocrates français, s'agissant d'un homme à la tête d'un mouvement classifié comme terroriste par les Etats-Unis, le Canada et l'Union européenne, responsable de milliers d'enlèvements et de morts, et d'un trafic de drogue florissant.

 

Quant au Premier ministre François Fillon, il a récemment parlé de «prisonniers politiques» à propos des guérilleros des FARC emprisonnés en Colombie. Le ministre de l'Intérieur colombien lui a répondu, fort sobrement : «Il n'y a pas de prisonniers politiques, il y a des prisonniers qui ont commis des délits qui contreviennent au code pénal, dont certains, comme la rébellion et la sédition, sont reconnus internationalement comme des délits politiques.» Il aurait pu être plus méchant en rappelant que certains de ces prisonniers ont été jugés coupables de crimes de guerre, voire, selon Bogota, de «crimes contre l'humanité».

 

Par ces déclarations imprécises ou à l'emporte-pièce, et par ses pressions sur le gouvernement de Colombie, les responsables politiques français entretiennent la confusion entre la responsabilité des FARC et celle d'Alvaro Uribe. «La France a une méconnaissance totale de la situation en Colombie et d'un confit qui dure depuis plus de cinquante ans. En plus, elle intervient en dictant ses conditions», commente la journaliste Maria Morales. «Pour la première fois de ma vie, je sens du mépris en Colombie à l'égard de la France.» Paris est accusé de se focaliser exclusivement sur le cas d'Ingrid Betancourt au mépris des milliers d'otages passés entre les mains des FARC (dont vingt-deux élus) et des centaines restants. Et surtout d'ignorer les évolutions récentes dans les Andes :

– le fait que la Colombie est une démocratie parlementaire fonctionnant bien («L'élection présidentielle [de 2006] s'est tenue dans une atmosphère de liberté, de transparence et de normalité qui a permis aux citoyens de renouveler leur engagement en faveur de la démocratie», a jugé l'Organisation des États d'Amérique) ;

– le soutien relativement massif de la population à Alvaro Uribe et à sa politique «dure» à l'égard des FARC (élu avec 53% des voix au premier tour en 2002, puis réélu avec 62% en 2006) ;

– l'amélioration considérable des conditions de sécurité en Colombie depuis huit ans (d'un pic de 28.000 meurtres et 3.500 enlèvements annuels, on est passé respectivement à 18.000 et 300) ;

– la démobilisation des forces paramilitaires et les investigations sur leur compte, certes difficiles et limitées, qui produisent leurs fruits après des années d'exactions ;

– l'évolution notable d'Uribe qui est passé d'une position d'intransigeance à l'offre d'une libération massive des prisonniers des FARC en échange de leur renoncement à la violence ;

 

– la reconnaissance que les quelque 140.000 habitants des localités de Florida et Pradera, ainsi que leurs élus, refusent de voir leur région transformée en Zone démilitarisée, comme le réclament les FARC et les associations pour la libération de Betancourt.

«Ingrid Betancourt est devenue une variable d'ajustement humanitaire»

En même temps que la France omet les évolutions politiques et sociales de la Colombie, un pays qui se vit comme étant en guerre, l'Elysée continue de pousser la chimère des négociations avec les FARC. «Tout le monde fait mine d'ignorer que les FARC n'ont jamais rien eu à demander à la France. Leurs revendications se sont toujours adressées au gouvernement colombien», souligne Jean-Jacques Kourliandsky, de l'IRIS. «Aujourd'hui, la guérilla perd du terrain et se trouve en position de faiblesse. Elle n'a donc aucun intérêt à négocier en situation d'infériorité.»

 

Gesticulations et manipulations. En refusant de regarder la réalité colombienne en face et en traitant le dossier «à l'affectif», le pouvoir français en est réduit à gérer l'inefficacité. Les deux initiatives les plus mémorables sont aussi les plus pitoyables. Aujourd'hui, Dominique de Villepin se plaint que «l'opération [du 14 juillet 2003] a été complètement travestie» et qu'il ne s'agissait de rien d'autre que d'une «opération humanitaire sur la foi de renseignements précis fournis par le gouvernement Uribe à la famille Betancourt». Qu'il dise la vérité ou qu'il la dissimule, il n'en reste pas moins que cette tentative d'extraction montée en solo par l'ex-ministre aura été un fiasco retentissant qui n'a rien fait pour Betancourt et qui a refroidi les relations entre la France et la Colombie (et le Brésil, à un moment où le «front» contre la guerre d'Irak avait bien besoin d'être solidifié).

 

Cette affaire aurait au moins pu faire réfléchir le gouvernement sur la question des «sources» qui alimentent politiques, médias, famille et associations sur le sort d'Ingrid Betancourt. Il n'en a rien été, comme le démontre le récent aller-retour du Falcon 50, là encore qualifié d'«humanitaire» par le gouvernement français. L'avion s'envole le 2 avril pour l'Amérique du Sud sur la foi d'informations relatant l'aggravation de l'état de santé de l'otage. En dépit du fait que la France n'a plus de relation avec les FARC depuis l'assassinat de Raul Reyes, elle envoie son principal «négociateur», Noël Saez, par ailleurs accusé (sans preuve) par la guérilla d'être à l'origine de la mort de Reyes. Elle inclut également dans l'avion un négociateur espagnol alors que les FARC ont déjà averti qu'elles ne discutent plus avec le gouvernement ibérique. Elle évacue également une déclaration datant du 19 mars de Rodrigo Granda, porte-parole des FARC, spécifiant qu'il n'y aura plus de «libération unilatérale d'otages».

Résultat prévisible : les FARC jugent la mission «irrecevable» et traitent le président Sarkozy de «naïf». Le Falcon rentre en France et le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, vient expliquer à la télévision qu'Ingrid Betancourt «se porte mieux qu'on ne l'avait dit», admettant ainsi que, soit les sources du gouvernement n'étaient pas fiables, soit qu'il s'est agi d'une mascarade.

 

Jean-Jacques Kourliandsky défend cette dernière hypothèse : «Le président français est tout sauf naïf. Il ne s'adresse pas aux FARC, mais à l'opinion française. L'envoi du Falcon et le dernier appel à Manuel Marulanda sont intervenus à des moments de difficultés internes à la majorité et lors du débat sur l'Afghanistan au Parlement. Ingrid Betancourt est devenue une variable d'ajustement humanitaire. » Autrement dit – la charge est forte –, les opérations médiatisées autour de son sort ou des efforts pour la libérer ne seraient que des distractions orchestrées par l'exécutif.


par Mecchano
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Mercredi 23 avril 2008

Loi sur les archives: l'administration encore plus opaque



Par Luc Hermann et Paul Moreira  Rue89, 22 avril 2008
www.rue89.com


Les Archives Nationales, rue vieille du Temple (P. Tourneboeuf).


Liberté d’Informer dénonce le projet de loi adopté par le Sénat et visant à considérablement limiter l’accès aux archives. Le 29 avril, les députés examineront à leur tour ce projet.

Encore une fois, un effet d’annonce suivi du contraire absolu de ce qui avait été promis: un Etat plus moderne, plus transparent, plus accessible au citoyen. Voilà ce que semblait afficher Nicolas Sarkozy.

Lors du Grenelle de l’Environnement, une mission d’experts a même été confiée dans ce sens à Corinne Lepage. Un responsable de Liberté d’Informer y a participé. Sa mission était claire: amener les relations entre le citoyen et l’administration vers plus de transparence. En effet, l’administration française, du fait d’une profonde culture d’opacité et de protection excessive du secret, refuse de transmettre des données vitales pour la santé publique.

Une étude de Monsanto tenue secrète en France, accessible en Allemagne

Ainsi, une étude de Monsanto sur les OGM, tenue secrète par le ministère de l’Agriculture et démontrant des problèmes sur des cellules du foie chez les rats, n’a pu être obtenue qu’à travers l’Allemagne, grâce à sa loi plus souple sur l’accès aux documents. Savez-vous qu’il faut attendre plusieurs dizaines d’années pour que l’administration transmette des données aussi simples que le débit des fleuves?

Alors que la mission d’experts Lepage propose un alignement du droit français sur celui des autres grandes démocraties occidentales, les parlementaires de l’UMP rendent de plus en plus difficile l’accès aux archives.

Lancée en 2004, la campagne Liberté d’Informer réclame l’adoption en France d’une loi "Freedom of Information Act"; comme aux Etats-Unis, en Angleterre et dans les pays scandinaves où la transparence fait loi et le secret exception.

En Suède, on obtient en une journée l'itinéraire des convois de matières nucléaires

Ainsi, aux Etats-Unis, des journalistes ont utilisé les possibilités de la loi pour obtenir du Pentagone la déclassification de l'identité de centaines de détenus de Guantanamo et les premières images des cercueils des soldats américains morts en Irak et en Afghanistan, que l'administration Bush cherchait à cacher par crainte d'une réaction négative de l'opinion publique.

En Angleterre, la nouvelle loi a contraint le ministère de la Défense d'exhumer de ses archives des documents qui révèlent que Londres avait organisé et installé un programme de torture secret dans l'Allemagne occupée par les Alliés à l'été 1945.

En Suède, cette transparence permet aux citoyens de contrôler les décisions du gouvernement. On peut obtenir en une journée l’itinéraire précis du transport des matières nucléaires dans le pays ou encore la carte des champs où sont plantées des semences OGM.

En France, secret défense et brimades pour ceux qui dénoncent des crimes d'Etat

Chez nous, en France, ces informations sont classées secret défense. Ce mécanisme d’autoprotection de l’administration française est parfois un mécanisme de protection des crimes d’Etat. Faut-il rappeler le sort kafkaïen subi par deux archivistes de la ville de Paris, Brigitte Lainé et Philippe Grand? Pour avoir osé aller attester devant un tribunal qu’ils avaient vu des documents intransmissibles faisant la preuve du meurtre de dizaines d’algériens le 17 octobre 1961 à Paris, ils furent dégradés, privés d’ordinateurs, d’accès à la salle des archives, de tous moyens de travail pendant sept longues années.

Malgré les diverses plaintes déposées devant le tribunal administratif et toutes gagnées par eux, ils subirent cet ostracisme sans recevoir d’aide d’un quelconque parti politique. Il fallut attendre l’exposition médiatique de leur cas à la télévision pour que les élus socialistes du conseil de Paris (c’est la mairie de Paris qui contrôle le service des archives) interviennent en leur faveur.

Un droit fait pour couvrir les fonctionnaires compromis sous Pétain ou en Algérie

Que disait la vérité officielle? Il n’y avait eu qu’un mort ce jour-là. Que disaient les documents détenus loin du regard du public? Sous les ordres du préfet Maurice Papon, la répression avait été telle qu’on recensait au moins 89 morts. Et ce n’est pas un hasard que ce soit Maurice Papon qui ait été protégé dans cette histoire. Le droit des archives français est usiné pour couvrir les fonctionnaires qui se sont compromis pendant l’occupation nazie et pendant la guerre d’Algérie.

Lors du 25ème anniversaire de la Commission d’accès aux documents administratifs (CADA) en 2004, Antoine Prost, l’un de ses membres, professeur à l’université de Paris-I, le disait très clairement:

"L’avis (de la CADA) est généralement négatif quand les dossiers demandés mettent en cause des tiers encore vivants. Le cas n’est pas rare pour les dossiers relatifs à l’Occupation ou à la guerre d’Algérie: permettre d’identifier l’auteur d’une dénonciation qui a envoyé quelqu’un en camp de concentration, ou le chef d’un commando qui a commis plusieurs assassinats n’est pas envisageable si le demandeur est la victime ou l’un de ses descendants, sauf si l’on peut anonymer toutes les indications relatives aux tiers en sorte qu’ils ne puissent être identifiés, ce qui retire à la communication beaucoup de son intérêt."

Quelle part de responsabilité de l'Etat dans la mort de Guy Môquet?

Si au lieu de jouer sur la corde de l’émotion en célébrant Guy Môquet, on s’intéressait à la vérité pour tenter de savoir la part de responsabilité de l’Etat français dans sa mort? Et pour cela, il n’y a qu’une solution: ouvrir les archives. Comme aux Etats-unis ou en Angleterre.

Liberté d’Informer soutient les historiens de l’Association des usagers du service public des Archives nationales (Auspan) et le Comité de vigilance face aux usages publics de l'histoire (CVUH) qui dénoncent également ce projet de loi.



par Mecchano
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Mardi 22 avril 2008

Nice. Entre 600 et 800 lycéens manifestaient mardi contre les suppressions de postes d’enseignants annoncées par le gouvernement.

 

Mouvements de lycéens :

ce n’est que le début…

 

manif lycéens 030.jpg




« Sarkozy, serre les fesses, les lycéens manifestent !!! ». Au retour des vacances, les lycéens de la cité azuréenne sont particulièrement en forme. Peut être grâce au beau temps, qui lui aussi est revenu. Plus sûrement l’envie de montrer à leurs camarades parisiens - et au gouvernement - que le début des vacances scolaires dans la capitale ne signifie en rien l’essoufflement du mouvement de protestation des lycéens, entamé à Paris il y a déjà quelques semaines. Aux villes de province de prendre la relève…

Ce mardi, ils étaient entre 600 et 800 à défiler dans les rues de Nice, pour protester contre la suppression de postes d’enseignants dans l’académie et, plus généralement, contre la réforme du lycée qui se profile.

Le mouvement a débuté dans la matinée, sans qu’il y ait de concertation entre les différents lycées, ni de véritable organisation. Ainsi, un premier cortège constitué d’une petite centaine de jeunes est parti du Parc Impérial pour rejoindre Estienne d’Orves, alors que dans le même temps les lycéens d’Apollinaire partaient eux aussi pour mobiliser leurs camarades de Masséna et de Calmette. Résultat : deux cortèges maigrichons ont défilé en parallèle dans la matinée. « En effet, il y a eu quelques cafouillages au niveau de l’organisation, mais c’était pas évident de contacter les autres lycées et de s’entendre entre toutes les organisations », reconnait Fabien, militant MJS et étudiant à la fac de droit, qui « encadre » le cortège du lycée Apollinaire.

Estrosi ne se montre pas

Une situation « normale » pour Julie Baggé, prof de philo à Apollinaire et membre du SNES-FSU (syndicat majoritaire), qui accompagne les jeunes. « C’est un mouvement plus ou moins spontané. De toute façon, quand c’est organisé, on dit qu’ils sont manipulés, et quand c’est désorganisé, on dit que c’est le bordel ! »

Les deux cortèges se rejoignent finalement sur les coups de 13H place Masséna et se dirigent vers la mairie pour y rencontrer Christian Estrosi, que les lycéens attendront quelques minutes mais ne verront pas (M. le Maire, indisponible, était « en train de déjeuner » selon un des policiers postés devant les grilles de l’Hôtel de Ville). Eux aussi commencent à avoir l’estomac dans les talons et tout le monde se disperse. Ordre de revenir à 14h Place Masséna pour le grand défilé.

« Il ne faut rien lâcher »

A l’heure du rendez-vous, le cortège reprend forme. De nombreux lycéens absents le matin sont venus en grossir les rangs. Plusieurs enseignants sont également là, « pour encadrer un peu les jeunes, ne pas les laisser tous seuls dans la rue, mais aussi parce qu’on partage les mêmes revendications », explique Alain Giovanazzi, prof d’histoire-géo à Estienne d’Orves.

Le cortège – désormais composé de plusieurs centaines de personnes (entre 600 et 800 environ) - remonte l’avenue Jean-Médecin puis part vers Cimiez pour rejoindre le rectorat, destination finale du défilé. Audrey, 19 ans, élève de terminale au Parc Impérial, fait partie des trois ou quatre lycéens en tête du cortège pour canaliser et « diriger les troupes ». Même si les réformes à venir ne la concerne pas, elle se dit prête à se battre jusqu’au bout. « C’est l’avenir de nos petits frères et sœurs, de nos futurs enfants qui sont en jeu. Il ne faut rien lâcher », hurle-t-elle d’une voix éraillée pour couvrir les chants de la foule.

A côté d’elle, Guillaume 18 ans, est le coordinateur du mouvement des lycéens cannois. « On est une soixantaine du lycée Bristol. On a eu des problèmes d’organisation car on était pris de court et tout le monde n’a pas pu venir, mais pour la prochaine manifestation, on aura le temps de se préparer. J’espère qu’on sera au moins 200 Cannois à venir défiler à Nice ».

 
« Ca démarre juste »

Pour Alain Galan, secrétaire départemental du SNES-FSU, ce défilé n’est qu’un début. « C’est le premier rendez-vous, ça démarre juste. Le mouvement est en train de grandir. On a pris le relais de Paris, ce n’était pas évident après deux semaines de vacances ». « Ce qu’on a vu aujourd’hui laisse présager un mouvement très fort dans les semaines à venir », renchérit un de ses collègues, enseignant au Parc Impérial.

Pour coordonner ce mouvement, une réunion est prévue aujourd’hui mercredi à 15H au siège de la CGT, place St François. Syndicats d’enseignants et lycéens vont y préparer la grande manifestation unitaire prévue mardi prochain. Le mois de mai s’annonce chaud…

par Mecchano
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Mardi 22 avril 2008
Les groupes pétroliers américains, soutiens indéfectibles de Kadhafi... et de leurs investissements !

Alors que les compagnies pétrolières américaines ont toutes signé des accords d'exploitation avec la Libye du colonel Kadhafi, leurs lobbyistes s'activent pour faire modifier une loi passée en janvier dernier au Parlement américain. Loi qui autorise la saisie de biens ou le gel des avoirs d'entreprises étrangères commerçant avec des pays accusés de terrorisme d'Etat, afin de compenser les victimes d'attentats.  Plusieurs grands procès sont actuellement en cours aux Etats-Unis contre la Libye...

Article du New York Times, par ERIC LIPTON   22 avril 2008 :


WASHINGTON — One by one, top executives of American oil companies met privately over the last year with Libya’s leader, Col. Muammar el-Qaddafi, often in his signature Bedouin tent, as they lined up contracts allowing them to tap into the country’s oil reserves.

But now, the new allies are working Capitol Hill, trying to weaken a law that threatens those deals. The Libyan government, once a pariah, and the American oil industry have hired high-profile lobbyists, buttonholed lawmakers and enlisted help from the Bush administration, all in an effort to win an exemption from a law that Congress passed in January that is intended to ensure that victims of terrorist attacks are compensated.

The law allows victims of state-sponsored terrorism to collect court judgments by seizing foreign assets in the United States or money from those governments held by American companies doing business with them. If Libya loses a half-dozen court cases still pending, $3 billion to $6 billion could be at stake, according to lawyers’ estimates.

“Libya is the first country in history to come out and denounce weapons of mass destruction,” said Ali S. Aujali, Libya’s ambassador to the United States. “We have worked very closely with the United States in recent years to fight terrorism. And now to be treated in this way, I feel like we are back to Square One.”

But attorneys for victims of the attacks are eager to put pressure on Libya, which they argue has balked at fully paying some settlements and is still fighting over compensation in other cases.

“This really is a test of wills, a test to see if the United States is willing to stand up for American soldiers and others killed and wounded in attacks or for the oil companies and their profits,” said Thomas Fortune Fay, who represents 37 American military service members injured in the bombing of a Berlin disco in 1986. He has used the new law to file liens against 13 corporations in the United States, including ExxonMobil and Occidental Petroleum, whose chief executives visited Colonel Qaddafi in the last year.

The Libyan leader, whom Ronald Reagan once called the “Mad Dog of the Middle East,” denounced terrorism and agreed to dismantle his nuclear weapons programs in 2003 — steps that led the Bush administration to lift sanctions against the country and later remove it from a list of states that sponsor terrorism. Two decades ago, though, Libya was linked to a half-dozen attacks in which Americans were killed, including the Pan Am 103 bombing over Lockerbie, Scotland, and the Berlin explosion.

Last month, the Libyan government went on the offensive against the new law (Congress would have to authorize the president to issue the waiver Libya is seeking.) It signed a $2.4 million contract with the prominent Washington lobbying firm led by Robert L. Livingston, a former Republican congressman from Louisiana.

Escorted by lobbyists from the firm, Ambassador Aujali has had a series of meetings with Congressional leaders. Separately, David Goldwyn, head of an oil industry group, and the Libyan government said they had approached the White House, State Department, Energy Department and the Pentagon.

A battalion of top oil industry executives — from companies including ConocoPhillips, Hess, Occidental and Marathon Oil —have been making the rounds on Capitol Hill, focusing on members from refinery-rich Texas, according to two lobbyists who attended the gatherings. ExxonMobil, Chevron and Dow Chemical also support the effort, participants said.

Representatives of the oil companies say that victims of terrorism are entitled to appropriate compensation but that the law threatens to disrupt commerce that the United States is trying to encourage.

“The world is energy inter-dependent, and stronger commercial relationships between the U.S. and Libya would help the U.S. achieve greater energy security,” said Margaret Cooper, a Chevron spokeswoman, in a written statement.

The lobbying effort has already produced one important result: four Bush administration cabinet members wrote Congress last month urging lawmakers to agree to the waiver. Likening the asset-seizure provision to “a new form of economic sanctions,” the letter said it would have “a chilling effect on potentially billions of dollars in investments by U.S. companies in Libya’s oil sector.”

The law also puts the American oil companies at a disadvantage in competing for access to Libya’s 40 billion barrels of proven oil reserves, said the letter, which was signed by Robert M. Gates, the defense secretary; Condoleezza Rice, secretary of state; Samuel W. Bodman, the energy secretary; and Carlos M. Gutierrez, the commerce secretary.

The assets provision was added to a Defense Department authorization bill at the request of Senator Frank R. Lautenberg, Democrat of New Jersey, who has made it clear that he has no intention of backing down.

“My law is critical to providing justice for American victims of terrorism,” said Mr. Lautenberg, who has been an advocate for Pan Am 103 victims, many of whom came from New Jersey. “Some of these victims have waited decades for closure and for state sponsors of terrorism to be held accountable.” The Bush administration has once before sought an exemption from the law, successfully insisting in January that Iraq be excluded since compliance could result in the seizure of money intended for reconstruction. In addition to Libya, the measure applies to Iran, Syria, North Korea, Cuba and Sudan.

The dispute has dampened a moment of long-awaited celebration by the American oil giants, which have been blocked for two decades from the much coveted Libyan oil fields. The country’s proven reserves are the largest in North Africa, and its light, sweet crude is less expensive to turn into gasoline than that of some Middle East producers.

In the 1960s and 1970s, American oil companies, particularly Occidental, led by Armand Hammer, earned enormous profits pumping Libyan oil. But that all came to an end in the mid 1980s after the United States imposed sanctions on Libya.

Companies including Occidental, ConocoPhillips, Marathon and Hess returned starting in 2005 to re-establish control over their facilities and to win new, bigger contracts, like a deal completed in February by ExxonMobil that included a $72 million signing bonus for the Libyan government. The industry has promised to invest billions in Libya to help it become a major oil supplier to the United States.

But the anger of the terrorism victims —whose lawsuits have been pending for years — has posed a serious threat. While Libyan officials said they were committed to resolving the victims’ claims, they dispute some and say others are unreasonable, including a recent $1.7 billion court judgment in the case of a 1989 attack on a French jet over Niger that killed seven Americans.

Mr. Lautenberg and others in Congress who have taken up the victims’ cause have blocked the appointment of an ambassador to Libya and money to build a new American Embassy there, saying that the terrorism cases should be settled first.

The provision adopted in January, fashioned with the assistance of lawyers and lobbyists working for attack victims, is forcing the Libyan government to make amends.

Libya has hired White & Case, the New York-based law firm that has successfully defended a long list of international clients in often touchy cases. Its goal is to try to negotiate a settlement to all the outstanding cases at once, which might reduce the payouts to a total of about $1 billion or less.

The State Department, which is participating in those negotiations, has argued that Congress should agree to the waiver, which could help officials prod the Libyans to settle the cases quickly.

“Libya has gone from a country that supports terrorism to one that now actively works with us against terror targets,” said Assistant Secretary of State C. David Welch, who is leading the settlement talks. “But there is this history. And the history is difficult for both sides to overcome.”

For now, the oil industry lobbyists said the strategy was to focus on Representative John P. Murtha, a Pennsylvania Democrat, and Representative Ike Skelton, a Missouri Democrat, who lead the appropriations and armed services panels.

Mr. Murtha and Mr. Skelton, through spokesmen, declined to comment Monday. Separately, the Libyan ambassador and a State Department official have approached Senator Carl Levin, Democrat of Michigan, who is the chairman of the Armed Services Committee. Mr. Levin said he would be open to considering the waiver, but only after Libya settled claims related to the disco attack and the Pan Am 103 bombing.

“I would condition any support on that,” Senator Levin said.

One oil industry lobbyist, speaking privately, conceded that getting Congress to change the law would be a hard sell.

“As an oil company we can never win,” said the lobbyist, who asked not to be identified because the companies had agreed not to discuss the lobbying campaign publicly. “It is always going to seem that we care more about oil than the blood of victims of terrorism, even if that is not the case.”

For that reason, backers of the provision say the outcome has been just as they hoped.

“It is working perfectly,” said Stuart H. Newberger, a partner at the Washington office of Crowell & Moring, the law firm that is handling several cases filed by victims against Libya. “And that means it is now clear to Libya that state-sponsored terrorism is expensive. You don’t take such acts and get off cheap.”

 


par Mecchano
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