Mercredi 14 mai 2008

Un embryon humain génétiquement modifié a été créé aux Etats-Unis


Après ceux des végétaux et des animaux, les patrimoines héréditaires des organismes humains pourront-ils bientôt être génétiquement modifiés ? Rien, désormais, n'interdit de le penser. Une nouvelle étape en ce sens vient d'être franchie, a révélé le Sunday Times, dimanche 11 mai. Selon le journal britannique, des scientifiques américains sont récemment parvenus à créer un embryon humain génétiquement modifié. Cet embryon transgénique n'a toutefois pas été transplanté dans un utérus et a été détruit après cinq jours de développement in vitro. Des expériences similaires pourraient bientôt être menées au Royaume-Uni.

Le travail américain avait initialement été présenté en février, lors d'une rencontre scientifique, avant de faire l'objet d'une publication dans la revue spécialisée Fertility and Sterility, sans que cela suscite d'émotion particulière au sein de la communauté des biologistes de la reproduction. Dirigés par Nikica Zaninovic, les chercheurs, qui travaillent au sein de l'université Cornell de New York, ont eu recours aux techniques de la thérapie génique. Développées depuis plusieurs décennies, celles-ci visent à corriger certaines anomalies structurelles du génome humain. Il s'agit, schématiquement, de greffer, au sein de certaines cellules cibles d'une personne malade, des fragments d'information génétique afin de corriger les effets pathologiques d'une mutation à l'origine d'une affection.

L'équipe américaine a mis au point sa méthode chez la souris avant de l'appliquer à l'homme, en dehors de tout objectif thérapeutique direct. Cette expérience a été menée sur un embryon humain conçu initialement dans le cadre d'un programme de procréation médicalement assistée. Les chercheurs américains annoncent être parvenus à intégrer au sein du génome de cet embryon humain, au moyen d'un vecteur viral, un gène dirigeant la synthèse d'une protéine aux propriétés fluorescentes.

Le même objectif pourrait être atteint en modifiant artificiellement le génome des cellules sexuelles, masculine ou féminine, avant de procéder à une fécondation in vitro. Ce type d'expérimentation a d'ailleurs été réussi aux Etats-Unis, à plusieurs reprises, en 2007, chez le poulet.

DANGERS POTENTIELS

Les chercheurs américains soutiennent que seuls de tels protocoles expérimentaux sont de nature à faire progresser la biologie humaine fondamentale et la compréhension des affections d'origine génétique. Ils ont notamment d'ores et déjà réussi à obtenir des lignées de cellules souches à partir d'embryons de souris transgéniques.

A l'inverse, certains observateurs soulignent les dangers potentiels qu'il y aurait à autoriser ce type de travaux sur des embryons humains. Ils font valoir, en substance, que les techniques développées permettront bientôt non seulement de corriger des anomalies génétiques mais aussi de modifier, à des fins non thérapeutiques, les performances d'un organisme humain. De fait, rien n'interdit d'imaginer que ces nouveaux outils moléculaires permettent, à terme, d'améliorer certaines caractéristiques physiques ou cognitives des êtres humains.

En Grande-Bretagne, où la création d'embryons chimères "homme-animal" est depuis peu autorisée, la Human Fertilisation and Embryology Authority s'est saisie de cette nouvelle question tout en refusant, pour l'heure, d'autoriser la modification génétique des cellules sexuelles humaines. En France, l'Agence de biomédecine n'a encore pris aucune position sur ces délicates questions éthiques.

Jean-Yves Nau
par Mecchano
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Lundi 12 mai 2008

La Fox accusée d'avoir diffusé une image subliminale de McCain


NOUVELOBS.COM | 12.05.2008 |  www.tempsreel.nouvelobs.com

Dans un générique de la Fox 5 News, une filiale de la chaîne conservatrice, diffusé sur internet, on peut voir apparaître durant quelques dixièmes de seconde et derrière un logo, une photographie du candidat républicain et de sa femme.

Des internautes ont repéré, dans un générique de la chaîne américaine Fox 5 News, une photographie du candidat républicain John McCain et de sa femme Cindy.
Le cliché, quasiment invisible à l'œil nu, n'apparaît que quelques dixièmes de seconde, derrière le logo de la Fox. La vidéo, mise en ligne au début du mois de mai, suscite une vive polémique sur le web, de nombreux internautes accusant la chaîne, réputée très proche des milieux conservateurs, d'avoir volontairement inséré une image subliminale.


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par Mecchano
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Lundi 12 mai 2008

Masdar City, la ville à zéro émission, sort de terre


Par Jean-Luc Goudet, Futura-Sciences
9 mai 2008


En plein désert, à Abou Dhabi, dans les Emirats arabes unis, une ville ultra-moderne est construite de toutes pièces. Dédiée aux technologies du développement durable, sans voiture, sans aucune émission de gaz carbonique, elle accueillera 50.000 personnes et 1.500 entreprises.

 

Energie solaire pour tout le monde, bâtiments soigneusement étudiés pour réduire le besoin en climatisation, recyclage de l'eau, aucune voiture mais des transports en commun : Masdar City sera une ville à « zéro émission », de gaz carbonique s'entend (du moins si l'on exclut la respiration des habitants...). Ce projet ambitieux a été lancé en 2006 par l'émirat d'Abou Dhabi, le plus riche des Emirats arabes unis. Depuis longtemps, le prince héritier, le cheikh Khalifa bin Zayid Al Nahyan (qui est également président de la fédération des émirats), pense à l'après-pétrole. La diversification de l'économie est au programme avec une priorité pour le développement des énergies renouvelables. L'émirat lui a consacré 15 milliards de dollars dans l'emblématique projet Masdar Initiative (masdar signifiant source).


Des rues ombragées pour minimiser les apports de chaleur... comme dans les villes traditionnelles. Cette image de synthèse (comme les autres de cet article) a été réalisée par le cabinet d'étude britannique chargé de l'architecture de la ville. © Foster+Partners/Masdar Initiative

La construction de la cité, qui s'étendra sur 6 kilomètres carrés, tout près de la ville d'Abou Dhabi, a officiellement été inaugurée le 9 février 2008 mais les véritables travaux viennent seulement de commencer. Le budget annoncé atteint 22 milliards de dollars pour cette infrastructure aux technologies sophistiquées. L'énergie solaire sera récupérée par des capteurs intégrés aux bâtiments eux-mêmes. Masdar City utilisera aussi l'énergie éolienne et les détritus organiques serviront à fournir un supplément d'énergie.

Trois quarts d'énergie en moins, promet-on

Les habitants n'auront pas à renoncer à la climatisation mais elle ne sera pas assurée par les habituels compresseurs. La ville elle-même sera conçue pour minimiser la dépense énergétique : orientation des bâtiments, zones ombragées, espaces de verdure et forçage de la circulation d'air naturelle. Les conditionneurs d'air eux-mêmes fonctionneront directement à l'énergie solaire.


Dans cette ville où l'automobile sera bannie, les habitants se déplaceront dans des mini-tramways, qui restent à inventer. © Foster+Partners/Masdar Initiative

Les transports seront assurés par un système de véhicules électriques autonomes, sur rails ou glissant par sustentation électromagnétique, dont on promet qu'ils permettront le voyage quasiment porte à porte. C'est du moins la demande du cahier des charges, pour lequel des candidats se sont déjà fait connaître.

La consommation sera, assurent les promoteurs du projet, inférieure de 75% à celle d'une ville moderne du même type. Pour l'instant, ces chiffres et les techniques à utiliser restent du domaine de la prévision ou du vœu pieux. Mais le projet a bel et bien démarré et la ville pourra accueillir 50.000 personnes et 1.500 entreprises en 2015.


En plein désert, la ville se rafraîchira à l'énergie solaire. © Foster+Partners/<em>Masdar Initiative</em>
En plein désert, la ville se rafraîchira à l'énergie solaire. © Foster+Partners/Masdar Initiative
par Mecchano
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Lundi 12 mai 2008
De la contestation mondiale bobo-docile et du souverainisme de libération

Par BLANRUE Paul-Eric, dans Le Grand Soir, lundi 12 mai 2008, www.legrandsoir.info

                                                                         photo : bikini "Che Guevara"...

 

"Si le mouvement national contemporain ne veut pas se contenter de rééditer les anciennes tragédies amères de notre histoire passée, il doit se montrer capable de s’élever au niveau des exigences de l’heure présente".
James Connolly (1868-1916), fondateur de l’Irish Republican Socialist Party

"Donnez-moi un point d’appui et un levier et je soulèverai la Terre."
Archimède

"Pensez-vous tous ce que vous êtes supposés penser ?"
Tyler Durden

"Ce que nous devons conquérir, la souveraineté du pays, nous devons l’enlever à quelqu’un qui s’appelle le monopole. Le pouvoir révolutionnaire, ou la souveraineté politique, est l’instrument de la conquête économique pour que la souveraineté nationale soit pleinement réalisée".
Ernesto Guevara.

À chaque époque, ses contradictions. L’une des contradictions majeures de notre temps, se déroulant dans la pratique sociale et politique, se présente sous la forme d’une lutte à mort entre les puissances convergeant vers l’homogénéisation planétaire et les mouvements résistant à ce processus. Largement utilisés depuis les années 1980, les termes de mondialisation et de globalisation traduisent l’action des puissances homogénéisantes.

Qu’est-ce que la mondialisation ? L’intégration croissante des économies dans le monde, au moyen des courants d’échanges et des flux financiers. Elle se définit par les transferts internationaux de main-d’oeuvre et de connaissances, et les phénomènes culturels et politiques que ceux-ci engendrent. Les principales caractéristiques en sont : la concentration de la production et du capital sous forme de monopoles ; la fusion du capital bancaire et industriel ; l’exportation massive des capitaux ; la formation d’unions transnationales monopolistes se partageant le monde ; la fin du partage territorial du monde entre les puissances capitalistes.

La mondialisation actuellement en oeuvre est une forme avancée de l’impérialisme capitaliste apparu au début du XXe siècle. Étant donné ses conséquences constatables et prévisibles (mort des cultures, disparition des particularismes, avènement du positivisme néo-kantien bêtifiant, anéantissement de la pensée critique, massification, dressage cognitif, crises économiques et guerres récurrentes, désintégration des religions occidentales et moralisme morbide subséquent, etc.), la mondialisation apparaît, à sa limite, comme un "holocauste mondial", ainsi que l’a définie Jean Baudrillard.

Du côté de la résistance organisée et spectaculaire - les mouvements altermondialistes et antiglobalisation qui défilent dans les médias - règne la confusion la plus grande. L’ambiguïté de la critique qu’ils adressent à la mondialisation et la limite des solutions qu’ils proposent se révèlent patentes si on les passe au tamis d’une critique impartiale. Pétris de bonnes intentions (remarquons à leur actif un notable appel à voter non au référendum sur le Traité européen), les altermondialistes sont aussi, au fond, les meilleurs alliés de la mondialisation capitaliste.

La diversion altermondialiste

D’abord, les altermondialistes sont des gestionnaires, et non des critiques radicaux. José Bové s’en vante : "A Seattle, dit-il, personne ne brandit le drapeau rouge de la révolution chinoise, ni le portrait du Che, ni la victoire révolutionnaire dans un pays devant bouleverser les autres ; c’est bien fini et c’est porteur d’espoir".

Les altermondialistes vitupèrent en effet le capitalisme, mais n’ont en fait nulle intention de le renverser. Ils désirent seulement l’amender. La taxe Tobin, le prélèvement qu’ils veulent instaurer sur les transactions spéculatives, ne s’attaque en réalité qu’à une infime partie de la spéculation et cache le fait que la crise du capitalisme ne porte pas uniquement sur la spéculation mais sur l’ensemble du capitalisme. La crise générale du capitalisme a pour trait distinctif l’accentuation extrême de toutes les contradictions de la société capitaliste. Et ces contradictions sont aujourd’hui portées à un point d’incandescence jamais atteint.

La campagne pour la suppression des paradis fiscaux, autre thème de campagne des altermondialistes, vise quant à elle à moraliser le capitalisme. Mais, à nouveau, la spéculation et les trafics financiers ne sont nullement la cause de la crise. Ils sont seulement la conséquence directe de l’impasse où est acculé le mode de production actuel. Aucune mesure de ce type n’empêchera jamais la crise de se poursuivre ni d’étendre ses ravages.

Au lieu de proposer une alternative efficace, les altermondialistes militent pour un système de redistribution à l’intérieur du capitalisme : les pays riches doivent partager leur richesse avec les pays pauvres, les patrons avec ceux qu’ils exploitent, etc. Ils espèrent ainsi qu’un capitalisme revu et corrigé sera porteur de justice, perpétuant l’utopie d’un capitalisme viable, à orienter dans un sens favorable. Pourtant, il n’y a pas de société "juste" dans le cadre du capitalisme dont l’essence conflictuelle nourrit des antagonismes en cascade. La seule réponse historique valable est de le dépasser, d’abolir le salariat en développant les luttes contre l’exploitation de la force de travail et les rapports capitalistes de production.

Les altermondialistes croient au soft-capitalisme, au capitalisme à visage humain, comme s’ils avaient lu l’oeuvre de Karl Marx avec les lunettes de plage d’Alain Minc. À l’instar de José Bové, avatar actuel de Proudhon, la plupart d’entre eux voudraient retourner au capitalisme de papa, celui des petits producteurs. Leur rêve est de freiner la concentration monopolistique par des institutions internationales qui superviseraient l’économie mondiale. Mais ils oublient que c’est la libre concurrence, constitutive du capitalisme, qui a depuis plus d’un siècle donné naissance aux monopoles mondiaux. C’est la libre concurrence qui a produit le monopole. C’est la libre concurrence du XIXe siècle qui a accouché de la dictature de deux cents multinationales du XXe siècle. Combattre la dictature des multinationales sans combattre en même temps la libre concurrence et le libre marché capitaliste qui les engendrent est un non-sens.

Comme le monopole, la mondialisation est contenue en germe dans le capitalisme : le capitalisme la porte en lui, c’est son produit inéluctable, sa déduction. Les multinationales, les délocalisations, comme les inégalités sociales et la flexibilité, sont les effets naturels de sa logique, le déroulement d’un processus autodynamique irréversible tant que l’on ne se décide pas à le subsumer.

Poussés par le besoin incessant de trouver des débouchés toujours nouveaux, les marchands ont envahi le monde entier. L’exploitation du marché mondial a du coup donné un caractère cosmopolite à la production et à la consommation de tous les pays. Déplorer le cour sur la main "l’horreur économique" comme Viviane Forrester, scander "no logo" comme Noami Klein , hurler "le monde n’est pas une marchandise" ou manifester sous les murailles des forteresses de Big Brother pour que le monde capitaliste reparte du bon pied, ce n’est pas prendre le problème à la racine : c’est le décentrer. Couper les mauvaises herbes sans désherber, c’est leur permettre de repousser.

Le capitalisme est, par nature, une économie poussant à la mondialisation et à la marchandisation. Or tout est marchandisation en puissance, et puisque Dieu est provisoirement mort, il n’y a plus aucune limite humaine connue à l’expansion universelle de la marchandisation si on la laisse suivre son cours. Les marchands ont tout le temps devant eux, et ce ne sont pas les comités d’éthique officiels qui les empêcheront d’agir. Comme ces institutions spectaculaires nourrissent une pensée théologique coupée du terreau social, les marchands ont raison de prendre patience, car la théologie s’écroule toujours un moment donné de l’histoire, lorsque l’infrastructure la rend caduque.

Pour s’opposer concrètement à la marchandisation du monde, il ne suffit donc pas de minauder sur quelques-unes des conséquences annexes du Système, il faut dénoncer celui-ci dans son ensemble et en son fondement. Il importe en premier lieu de commencer par lui donner un nom, car "ce qui est censé être atteint, combattu, contesté et réfuté", comme disait Carl Schmitt, doit être nommé afin de viser la cible en son coeur : ici, il s’agit du mode de production capitaliste. Et il faut également proposer une alternative radicale, car nuancer, c’est considérer que la mécanique mérite de fonctionner, qu’il suffit de l’adapter et d’y incorporer de menus arrangements régulateurs : c’est au fond rester keynésien et marcher main dans la main avec MM. Attali et Fukuyama. "La compréhension de ce monde ne peut se fonder que sur la contestation, et cette contestation n’a de vérité qu’en tant que contestation de la totalité", écrivait Guy Debord.

Au temps où on évoquait (déjà) les États-Unis d’Europe, un révolutionnaire célèbre avait (déjà) remarqué que les gauchistes - ancêtres des altermondialistes - étaient les meilleurs alliés des opportunistes. Les gauchistes partagent en effet la vision de ceux qui veulent perpétuer le Système à la solde duquel ils vivent. Si l’ex-animateur du Mouvement du 22-Mars, Daniel Cohn-Bendit est devenu le meilleur allié de l’ancien cofondateur du mouvement atlantiste Occident, Alain Madelin, formant ainsi le noyau du libéral-libertarisme, ce n’est pas à cause d’une conjonction astrale fortuite : c’est parce que leurs destins convergents étaient inscrits dès l’origine dans leurs gènes idéologiques. Nous revivons cycliquement cette situation, aujourd’hui avec les altermondialistes, qui ne sont en somme que des antimondialistes de papier.

Les altermondialistes au service de l’oppression

Face la mondialisation du capital, on assiste à une mondialisation des résistances et des luttes. Seulement il ne s’agit pas de courants authentiquement antimondialistes - telle était leur dénomination première, et le changement de terminologie, opéré à leur instigation, est lumineux -, car ils militent de facto pour une "autre mondialisation", comme l’assure et l’assume François Houtart, directeur la revue Alternatives Sud. Susan George, présidente de l’Observatoire de la mondialisation se détermine, elle, en faveur d’une "mondialisation coopérative". Les chefs de file de l’altermondialisme médiatique se veulent ainsi des mondialistes. L’un des livres de Bové s’intitule Paysan du monde. Les altermondialistes revendiquent simplement l’avènement d’un mondialisme plus humain.

Du coup, et ce n’est pas un hasard, les voici réclamant l’avènement de la mondialisation des Droits de l’homme. Lorsque José Bové se rend Cuba, la première pensée qui lui traverse l’esprit, c’est qu’il y a "beaucoup de policiers dans les rues" et "des queues devant les magasins". Ce distrait vient d’oublier les quarante années d’embargo américain. Il aurait pu dire : "La mortalité due à la maternité est dix-sept fois plus basse à Cuba que la moyenne mondiale". Mais il est passé à côté, car il raisonne en métaphysicien, articulant des catégories fixes d’usage obligatoire dans un Système que de telles notions ont pour unique mission de soutenir. Il n’a pas compris que les Droits de l’homme sont devenus l’idéologie par laquelle les pays riches s’ingèrent dans les affaires des pays pauvres (hochet kouchnerien à vocation exterministe, depuis le Vietnam jusqu’à l’Irak, en attendant mieux). Et qu’au final, les Droits de l’homme sont devenus le cheval de Troie des oppresseurs d’aujourd’hui.

Comme l’a démontré Noam Chomsky, c’est en se fondant sur ces principes universels datant de la révolution bourgeoise que les États-Unis ont déclaré toutes leurs guerres depuis cinquante ans. Preuve éclatante de leur manque de logique, MM. Bové et ses amis ne se sont pas demandé qui ferait régner ces Droits précieux sur le monde, ni quelle puissance idéalement autonome parviendrait à lutter contre les diverses influences économiques et politiques pour les appliquer avec impartialité. Ni par qui serait élue cette autorité mondiale suprême. Ni comment elle gouvernerait. Ni quel parti ou quelle tendance de parti la dirigerait. Ni avec quelles forces armées elle se ferait respecter.

La tendance despotique de ce Léviathan serait, de plus, consubstantielle à son existence, puisque l’expérience a prouvé que plus un organisme est éloigné des individus qu’il encadre, plus son déficit démocratique est levé. On peut donc s’étonner que des anarchistes et des gauchistes soutiennent l’édification d’un tel monument d’oppression.

L’utopie des altermondialistes est donc totale. Ils croient en la vertu opératoire de la parole magique : "Monde, ouvre-toi !" , et le trésor des 40 voleurs nous sera acquis. Or le monde est un rapport de forces entre puissances économiques, et il ne suffit pas de vouloir avec détermination, ni de crier à tue-tête que les États-Unis, fer de lance de l’impérialisme, réduisent leur puissance pour que celle-ci décline dans les faits. Croire le contraire relève de la naïveté. Être naïf, c’est se payer le luxe d’être inopérant. Et tout mouvement inopérant encourage nolens volens la persistance du système qu’il prétend combattre.

La nation, comme foyer de guérilla

De glissement en compromis, d’accommodement en complicité objective, les altermondialistes reprennent ainsi dans leurs discours les arguments qui soutiennent le plus puissamment les intérêts des capitalistes. C’est-à-dire qu’ils s’inoculent à haute dose - et inoculent à ceux qui les écoutent - le virus qui justifie l’oppression, en retour.

Le mépris qu’ils affichent pour le fait national, auquel ils substituent un antiracisme formel, sentimental et terroriste, est à ce titre révélateur. Si les peuples désorientés par l’évolution actuelle et le dynamitage des frontières se jettent parfois dans les bras de partis qui semblent ici et là leur proposer un barrage provisoire au mondialisme, ce n’est pas, comme le prétendent les belles âmes de l’altermondialisme, parce qu’ils sombrent dans le fascisme, notion datée et dépassée. C’est d’abord parce que ces populations vivent au quotidien des situations dramatiques et déchirantes, et que nul ne leur propose un avenir digne d’être vécu, les altermondialistes moins que les autres, avec leur programme gauchiste de tabula rasa. C’est sur cette base qu’il faut édifier une réflexion.

A contrario, il est bien sûr parfaitement ridicule de prôner le raidissement identitaire comme solution-miracle. "Le repli sur la tradition, frelaté d’humilité et de présomption, n’est capable de rien par lui-même, sinon de fuite et d’aveuglement devant l’instant historial" écrivait Martin Heidegger. Le désir de rejouer le passé est vain, car "l’histoire ne repasse pas les plats", ainsi que le disait plaisamment Céline. Tout autre est l’affirmation d’une communauté nationale populaire vivante, une communauté de culture et de destin qui entend conserver son indépendance, sa volonté de puissance, sa capacité d’agir sur son avenir en puisant dans un héritage partagé, et qui offrirait la possibilité d’un contrôle populaire réel et conscient sur le pouvoir et l’expression libre des aspirations et des besoins.

La nation, catégorie historique du capitalisme ascendant, demeure en effet, contre de nombreuses prévisions, une réalité à l’époque du capitalisme déclinant. Elle devient même, selon la conception de Fidel Castro, un "bastion", un pôle de résistance révolutionnaire. La défense d’une communauté attaquée dans sa substance s’avère d’autant plus révolutionnaire que l’agression provient d’un système coupeur de têtes et aliénant. Le world-capitalisme a en effet intérêt à trouver devant lui des peuples désagrégés, des traditions mortes, des hommes fébriles et sans attache, disposés à engloutir son évangile standardisé. Ce qui freine la consommation de ses produits mondiaux, ce qui est susceptible de ralentir l’expansion de ses chansons mondiales formatées, de ses films mondiaux compactés, de sa littérature mondiale normalisée, doit disparaître, ou finir digéré dans ses circuits, ce qui revient au même. Le capitalisme est uniformisateur et l’arasement préalable des esprits encourage son entreprise uniformisatrice. Il ravage l’original, les particularismes, sauf ceux qui vont momentanément dans le sens qui lui profite.

Or la communauté, aspiration profonde des hommes, voit dans la forme nationale son actualité la plus aboutie. Passant pour les altermondialistes comme un résidu passéiste, une province pourrissante, un paradoxe historique au temps du cosmopolitisme triomphant, la nation conserve sa justification historique, a minima par le "plébiscite de tous les jours" qu’évoque Ernest Renan. Le patriotisme est un des sentiments les plus profonds, consacré par des siècles et des millénaires. Aujourd’hui, la nation conserve donc un contenu réel, qui, même s’il est épars et dilapidé, est à retrouver et à se réapproprier : "Délivré du fétichisme et des rites formels, le sentiment national n’est-il pas l’amour d’un sol imprégné de présence humaine, l’amour d’une unité spirituelle lentement élaborée par les travaux et les loisirs, les coutumes et la vie quotidienne d’un peuple entier ? ", disait Henri Lefebvre. L’étude du contenu national doit être au cour du programme d’un projet de renaissance.

Évidemment, la démocratie formelle n’a réalisé jusqu’ici qu’une pseudo-communauté abstraite qui frustre la plus grande partie du peuple, à commencer par les couches populaires (classe ouvrière et classes moyennes) sur qui pèse le fardeau le plus lourd. Car le Parlement, fût-il le plus démocratique, là où la propriété des capitalistes et leur pouvoir sont maintenus, reste une machine à réprimer la majorité par une minorité ; la liberté y est d’abord celle de soudoyer l’opinion publique, de faire pression sur elle avec toute la force de la money. La nation telle qu’elle doit être envisagée dans le cadre d’une pensée radicale ne peut qu’aller de pair avec le progrès social et l’alliance internationale avec les forces qui partagent cette ambition subversive totale. L’identité nationale doit être conçue comme une réorganisation sociale sur la base d’une forme élaborée de propriété commune, sous peine de nous ramener à un passé désuet, qui nous conduirait immanquablement au point où nous en sommes.

La nation doit être le cadre de l’émancipation, de l’épanouissement, et non une entité oppressive. C’est seulement comme instrument du progrès qu’elle conserve sa mission historique. Conception qui faisait dire à Lénine : "Nous sommes partisans de la défense de la patrie depuis le 25 octobre 1917 (prise du pouvoir par les bolcheviks en Russie). C’est précisément pour renforcer la liaison avec le socialisme international, qu’il est de notre devoir de défendre la patrie socialiste."

La souveraineté nationale - non pas le souverainisme libéral ou le national-libéralisme, des oxymores dont il faut apprendre à se dépolluer - constitue ainsi, dans le meilleur des cas (exemple frappant du Venezuela bolivarien de Hugo Chávez), un pôle vivant de résistance à l’homogénéisation, une structure servant d’appui à la contestation globale, un foyer possible de guérilla au sens guévarien du terme. Si elle s’intègre dans une lutte émancipatrice au plan national (engagement dans un processus anticapitaliste) et international (retournement des alliances, nouvelle forme d’internationalisme rationnel, et non abstrait ou mystique, c’est-à-dire avec des allés objectifs et partisans), elle ne peut plus être considérée comme un vulgaire sédatif aux luttes sociales, comme elle le fut un temps (le nationalisme bourgeois désunissant les ouvriers pour les placer sous la houlette de la bourgeoisie). Elle devient au contraire l’avant-garde de la radicalité. Sans l’autonomie et l’unité rendues à chaque nation, l’union internationale des résistants au Système (une fraternité, une collaboration et des alliances nouvelles qui ne sont pas à confondre avec la mélasse mondialiste) ne saurait d’ailleurs s’accomplir. C’est lorsqu’un peuple est bien national qu’il peut être le mieux international.

La nation ainsi comprise est tout l’inverse des duperies formalistes à fuir à tout prix : niaiserie sentimentale, chauvinisme étriqué version Coupe du monde, cocardisme sarkozyste à choix multiple, roublardise mystificatrice d’un Déroulède germanopratin digéreant mal l’oeuvre de Charles Péguy, crispation irraisonnée sur les mythes fondateurs, etc. Elle devient l’une des pièces agissantes du renversement du Système. Dans des conditions historiques différentes, Sultan Galiev pour les musulmans, Li Da-zhao pour les Chinois ont en leur temps théorisé une notion approchante, considérant que le peuple musulman, d’un côté, chinois de l’autre, pouvaient, par déplacement dialectique provisoire, être dans leur ensemble considérés comme une classe opprimée en prise avec le Système à renverser. Chaque nation entrant en résistance frontale, pour autant qu’elle s’identifie avec l’émancipation générale, devient ainsi de nouveau historiquement justifiée. On a peut-être une chance de voir alors se produire l’encerclement des villes de l’Empire par les campagnes, les bases arrières et les focos.

Pour un nouveau différentialisme et un souverainisme de libération

Les particularités culturelles, les richesses nationales, individuelles et naturelles sont des armes que le mot d’ordre de world-culture, claironné par les altermondialistes-mondialistes, lors de leurs rassemblements champêtres, désamorce. Plus que quiconque, les artistes - parlons-en - devraient se préoccuper de marquer leurs différences, d’imposer des styles nouveaux et des concepts baroques, d’instiller des idées réactives, de dynamiter les formes étroites dans lesquelles on veut les faire entrer. Eux les premiers devraient se méfier d’instinct de la gadoue musicale qu’on leur propose comme horizon indépassable. Eux les premiers devraient imposer de nouvelles formes poétiques et un style adapté à la lutte contre l’homogénéisation totalitaire qui tend à les émasculer. Leur ouvre est écrasée sous les impératifs de production. La créativité a disparu devant la productivité. Qu’ils se donnent enfin les moyens d’être eux-mêmes : "Que chacun découvre pour la prendre en charge, en usant de ses moyens (la langue, les ouvres, le style) sa différence, écrivait encore Henri Lefebvre, au temps de son Manifeste différentialiste, ajoutant : "Qu’il la situe et l’accentue". Car exister, c’est agir. Et créer.

Dans d’autres domaines, il s’agirait également de repenser la modélisation de la dialectique, le renversement des tabous historiques et idéologiques, la défétichisation des concepts usés jusqu’à la corne par des philosophes ordonnés au Système (ou, pour certains l’ordonnant), de remettre en chantier une théorie de la subjectivité qui ne soit pas subjectiviste, etc. Un laboratoire d’élaboration conceptuelle serait le bienvenu (appelons-le Projet Archimède, du nom du grand scientifique grec de Sicile qui cherchait un point d’appui et un levier pour soulever le monde), sorte de fight-club de la théorie qui se donnerait comme objectif la critique impitoyable de l’existant dans sa totalité. Il faut retrouver l’idée de mouvement, en lui incluant bien sûr une logique de la stabilité qui sied à toute défense identitaire.

Face aux hyperpuissances d’homogénéisation, il est grand temps que l’antimondialisation réelle et efficace présente un front uni et international des différences, un bloc historique constitué par une armada pirate se lançant à l’abordage des vaisseaux de l’Empire.

Avant de réclamer une autre forme de mondialisation, une mondialisation toujours plus ouverte, c’est-à-dire de poursuivre, sur un mode de contestation bobo-docile, la mondialisation capitaliste par d’autres moyens en bradant dès aujourd’hui le monde aux multinationales comme si elles étaient au service de l’Internationale prolétarienne, les mouvements d’altermondialisation-mondialistes-contre-le-capitalisme-sauf-s’il-est-humain doivent prendre conscience que chaque peuple, chaque langue, chaque ethnie, chaque individu, chaque particularité est un reflet de l’universel, un éclat d’humanité. Pour l’avoir oublié, nous sommes entrés dans la norme de la société du "on", où se déploie le Règne de la Quantité annoncé par René Guénon, un monde de grisaille suant la "nullité politique" décrite par Hegel, qui n’est plus régulé que par la seule loi de la valeur capitaliste, l’habitude, l’hébétude et la résignation. Il est temps d’y remettre de la couleur et du mouvement, et, ce faisant, trouver les formes possibles du dépassement de la contradiction actuelle et aider à la prise de conscience de la dialectique de l’histoire présente.

Cette invitation aux particularités ne doit pas se faire de manière parodique ni mimétique, comme nous y invite le Système, mais en Vérité, comme parle l’Évangile, la vérité "révolutionnaire" de Gramsci et celle qui "rend libre" de saint Jean. C’est-à-dire comme un moment essentiel d’un projet de révolution maximale, ayant pour objectif d’inventer un nouveau style de vie. "Tout simplement, je veux une nouvelle civilisation", disait Ezra Pound. C’est bien le moins auquel nous puissions prétendre.

Ce n’est qu’en procédant par étapes que l’on pourra intensifier infiniment la différenciation de l’humanité dans le sens de l’enrichissement et de la diversification de la vie spirituelle, des courants, des aspirations et des nuances idéologiques. Dès à présent, l’internationalisme véritable, au lieu d’être l’idiot utile du capitalisme, doit s’opposer à toutes les tentatives d’homogénéisation mondiale et tendre à défendre sur le mode symphonique les particularismes nationaux, en tant qu’ils peuvent se constituer en fractions d’un souverainisme de libération, mais aussi les particularismes régionaux et individuels. Tel doit être le véritable projet des adversaires du mondialisme. Le reste n’est que bavardage, compromission et désertion en rase campagne.

Que cent fleurs s’épanouissent !

par Mecchano
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Lundi 12 mai 2008

Le passeport biométrique se met le doigt dans l’oeil

Bakchich.info / lundi 12 mai par Pierre Vandeginste
www.bakchich.info


Le passeport avec empreinte digitale arrive. Mais à quoi servent ces empreintes digitales dans la puce du passeport si un enfant peut se bricoler une fausse empreinte et un faux doigt ? La recette est sur le Net. Les experts en sécurité avaient prévenu : la biométrie, c’est pratique, mais pas magique.

C’est officiel, puisque le décret d’application est paru le 4 mai au journal du même métal, les passeports délivrés en France seront biométriques. Dès octobre dans cinq départements, dans toute la France à la fin juin 2009. Concrètement, cela signifie que les empreintes digitales du titulaire seront relevées au moment de la demande de passeport, et qu’une description numérique de ces empreintes rejoindra les éléments habituels (dont la photo) dans la puce sans contact (dite RFID) déjà dans nos passeports. Pour quoi faire, ces empreintes ? Suis-je bête, tout le monde sait cela, la « biométrie », c’est-à-dire la sécurisation à l’aide de paramètres biologiques, c’est l’avenir ! Elle est toujours au rendez-vous dans les films de sciences-fiction. On a tous vu au cinéma James Bond pénétrer dans les lieux les plus secrets en présentant son pouce (ou son iris).

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Sécurité grâce au passeport biométrique
© Nardo

Tout le monde sait que la biométrie, c’est absolument imparable, infaillible et que donc notre tranquillité est à ce prix. Tout le monde « sait » cela, y compris nos politiques, qui savent surtout que nous le savons et qu’en décidant d’y avoir recours, ils donnent l’impression de faire quelque chose pour notre « sécurité ». Leur tranquillité est à ce prix. À propos de prix, ce sera 100 millions d’euros. Pour les 2 000 machines à relever les empreintes (et la photo) qui seront installées dans les mairies où le passeport dernier cri sera délivré. Cent millions pour le consortium qui emportera cette petite commande publique : Thalès-Accenture, Atos-Sagem, Cap Gemini-Sopra ou Bull-Zeltes. Comme on est dans une démocratie, il va de soi que l’on ne va pas dépenser cent millions d’euros pour une technologie qui n’aurait pas réellement les qualités annoncées. Il doit donc être amplement démontré que grâce à ces empreintes digitales, il sera désormais rigoureusement IM-POS-SI-BLE de passer une frontière avec un passeport qui ne serait pas le sien, obtenu légalement.

Il faut rappeler que la France ne fait qu’appliquer une directive européenne. Laquelle résulte d’une demande, pressante, de Washington. C’est donc d’abord à l’arrivée sur le territoire US que les citoyens européens mettront bientôt leur doigt sur un bidule qui lira leur empreinte, qui sera comparée au modèle contenu dans leur passeport tout neuf.

Bref, c’est à cause du 11 septembre. On en déduit que l’empreinte digitale doit être un formidable moyen d’empêcher les successeurs de Mohammed Atta de pénétrer sur le territoire des États-Unis.

Recette de la manoeuvre sur « you tube »

Seulement voilà, il y a des gens qui doutent. Pas seulement des agitateurs hirsutes qui ne croient en rien, mais aussi des experts en sécurité. Première raison de douter : c’est un jeu d’enfant que d’emprunter l’empreinte d’un copain, pour rire, et de la porter sur son propre doigt. Le plus dur est d’obtenir une belle empreinte du bon doigt de la victime, par exemple sur un verre. La suite est simple comme bonjour. Il faut des ingrédients aussi sophistiqués que de la colle et des outils aussi inaccessibles qu’une imprimante laser (à partir de 79 euros de nos jours). Compter 10 euros de fournitures pour une vingtaine d’empreintes.

La recette est sur Internet, et même sur YouTube. Il y a le choix. Essayez par exemple celle du célèbre Chaos Computer Club, une association allemande qui vulgarise les faux-semblants de la sécurité informatique, disponible depuis 2004 (vidéo Arte, en français ici) :

Ou bien celle proposée au public états-unien en 2006 par l’émission « MythBusters » sur Discovery Channel :

On trouve bien d’autres documents, plus académiques, sur le sujet, comme le papier historique de Jeroen Keuning présenté à un congrès IFIP en 2000 et celui de Tsutomu Matsumoto de la conférence SPIE de 2002.

Ces documents le montrent, même le petit chaperon rouge saura réaliser une fausse empreinte digitale, alors que dire du grand méchant loup ? Question : comment peut-on avoir eu l’idée de « sécuriser » nos passeports au moyen d’une telle passoire ?

Les scénarios d’exploitation de cette faille sont nombreux, mais pour fixer les idées, imaginons que X se présente à une frontière avec le passeport biométrique de Y, qui lui ressemble beaucoup, surtout la barbe : il ne sera pas inquiété s’il présente sur le capteur d’empreinte digitale celle qu’il aura emprunté à Y et collé sur son doigt.

On s’attendrait à des arguments musclés de la part des défenseurs du passeport biométrique. Comme par exemple : « Nous avons pensé à tout, et la police des frontières passera au papier de verre les doigts de tous les passagers arrivant dans nos aéroports, même aux heures de pointe. » Ben non. On parle plutôt d’une technologie miracle qui va dégonfler les files d’attente.

Des failles dans tous les dispositifs envisagés

En fait, l’argument qui revient le plus souvent, c’est que l’on a des tas d’idées pour agrémenter les lecteurs d’empreintes de dispositifs techniques additionnels capables de distinguer les fausses des vraies. Le problème, c’est qu’à chacune de ces approches on peut opposer une contre-mesure. Et qu’en conséquence, on passe de la fiction de la « technologie géniale qui apporte une sécurité absolue » à la classique guéguerre de la cuirasse toujours plus épaisse face au canon de plus en plus gros. On devine la suite de l’histoire : dès que le premier cas de passage frauduleux à la frontière grâce à une fausse empreinte passera au « vingt heures », parions que les industriels de la chose nous assurerons que la prochaine génération est prête. Pour eux, la biométrie sera toujours une technique infaillible pour assurer leur sécurité… financière.

Comme si le « faux doigt » ne suffisait pas, des experts réputés en sécurité ont des raisons plus fondamentales, théoriques, de se méfier de la biométrie en général et de l’empreinte digitale en particulier. Voir par exemple ce qu’en dit (en anglais) Bruce Schneier, un pape de la sécurité informatique.

La première va de soi : l’empreinte (comme le visage et même l’iris) est tout le contraire d’un code secret. On laisse ses empreintes sur les poignées de porte, sur le papier glacé… partout. N’est-il pas un tout petit peu étrange, voire paradoxal, d’utiliser une information quasiment publique pour démontrer qui l’on est ?

Seconde raison, énorme : l’empreinte digitale n’est pas « révocable ». En clair, si on peut changer un mot de passe éventé, bloquer et remplacer une carte à puce volée, que ferez-vous le jour où un vilain se fera passer pour vous grâce à votre empreinte digitale ? Vous changerez de doigt ?

par Mecchano
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Lundi 12 mai 2008

Esclavage: Sarkozy et les médias ont la mémoire courte

Par Sébastien Ledoux | Enseignant et chercheur | 12/05/2008  Rue89

www.rue89.com


Du Journal du Dimanche à Libération, en passant par Le Monde, Le Figaro ou le Nouvel Observateur, la plupart des médias ont repris dans leur titre "l’annonce" du président Sarkozy faite le 10 mai, à l’occasion de la Journée de commémoration de l’esclavage:

"Sarkozy: l’esclavage enseigné à l’école" (JDD)

"L’histoire de l’esclavage sera enseignée à l'école primaire" (Le Monde) 

"Abolition de l’esclavage : Sarkozy : "cette histoire doit être enseignée à l’école" (TF1)

"L’esclavage enseigné en primaire dès la rentrée" (Nouvel Obs)

"La traite des Noirs enseignée en primaire, annonce Sarkozy" (Libération)

"L’histoire de l’esclavage enseignée en primaire" (Le Figaro)

 

Et pourtant, derrière ces annonces en fanfare faites au nom de la mémoire… l’oubli.
Oubliés les dizaines de milliers d’enseignants qui enseignent l’esclavage depuis plusieurs années; niés les programmes de 2002 du primaire, qui eux ont officiellement introduit cette page de notre histoire comme jamais auparavant; nié l’effort entrepris par les éditeurs des manuels tant du primaire que du secondaire pour transmettre cet épisode à nos élèves; méprisé le travail de deux années de la commission des programmes du collège qui vient de proposer pour la première fois les traites et l’esclavage comme un thème d’histoire à part entière en classe de 4e.

De l’ « immémoire collective »

Comme le rappelait Chris Marker il y a quelques temps déjà, notre époque vit sans cesse de cette « immémoire collective » que l’actualité construit chaque jour. Le président Sarkozy participe activement à cette entreprise en se forgeant l’image du héros national ouvrant une nouvelle page de l’histoire de France…et les médias suivent en cœur cette mascarade, au mépris d’un patient et rigoureux travail mené depuis maintenant plusieurs années.

Avec la loi Taubira de 2001, puis les polémiques de 2005 autour du rôle positif de la colonisation, une véritable réflexion avait été amorcée sur la transmission pédagogique de l’esclavage à l’école. Cette réflexion s’est concrétisée et nourrie au travers de l’écriture des programmes de l’enseignement primaire et secondaire, et des manuels scolaires. De plus en plus de projets abordant cette histoire ont été réalisés dans de nombreuses académies de France, notamment à Nantes, Bordeaux, Rouen. Le monde scolaire dans son ensemble, en particulier justement dans le primaire, a donc commencé à s’emparer de l’histoire des traites, de l’esclavage et de leurs abolitions.
Il faut bien avouer que ce non-événement présidentiel a été facilité par les revendications d’associations militantes qui n’ont pas vu ou voulu voir ce travail effectué par l’école pour sortir l’histoire de l’esclavage des marges de l’enseignement. C’est ainsi que SOS Racisme vient de lancer une pétition intitulée "Appel pour l’enseignement de l’histoire de la colonisation et de l’esclavage", tendant à faire croire que l’occultation se poursuit. Or, il n’en est rien, et cette méconnaissance de la part de militants engagés pour une juste cause accrédite le geste du "prince".

A qui sert l’oubli ?

La journée du 10 mai 2008 restera une nouvelle illustration de la fabrique de l’opinion sans mémoire. Les informations du monde inondent notre vie pour s’oublier aussitôt. Les décisions ou déclarations politiques s’appuient de plus en plus sur cet oubli pour mieux s’imposer à nous, à un rythme qui s’accélère. Au terme d’un an de pouvoir, la communication présidentielle s’évertue encore à créer artificiellement des événements fondateurs. Hier avec la mémoire des enfants exterminés pendant la Shoah que devaient endosser les élèves de CM2, aujourd’hui avec l’esclavage au primaire, elle compte sur notre amnésie collective pour brouiller le réel et faire croire que tout commence avec son prestidigitateur.

par Mecchano
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Lundi 12 mai 2008

Michel-Edouard Leclerc embrouille les esprits


Par Philippe Cohen, Marianne 2, lundi 12 mai 2008  www.marianne2.fr


Le projet de loi LME provoque la montée en puissance du lobby de la grande distribution. Avec des arguments fallacieux.



Scorchamac - flickr - cc
                                                                                Scorchamac - flickr - cc


Les couteaux sont tirés. La Loi de modernisation de l'économie se prépare en vue d'une adoption avant l'été. Deux des quatre points abordés, la «liberté de négociation» et la libéralisation des autorisations d'ouverture des surfaces de moins de 1000 m2 font grincer les dents de certains députés UMP tels Christian Jacob qui connaît d'autant mieux le problème qu'il a été ministre délégué aux PME, au Commerce, à l'Artisanat, aux Professions libérales et à la Consommation sous deux gouvernements Raffarin, entre 2002 et 2005.

Mardi 12 mai, Michel-Edouard Leclerc revient à la charge dans le Figaro : «On peut diviser l'inflation par deux», assure le patron des hypermarchés éponymes. Normal : comme Leclerc n'est pas un élu, ses promesses l'engagent encore moins que celles d'un homme politique. Mais le journaliste qui l'interviewait aurait pu lui faire remarquer que, comme l'avait noté Christian Jacquiot dans ces colonnes, les prix sont plus élevés en Francealors que notre pays compte un hypermarché pour 46 000 habitants lorsqu'il y en a un pour 51 000 habitants en Allemagne et un pour 130 000 habitants en Italie !

Autre déclaration qui aurait pu être contredite, Michel Edouard Leclerc prétend que la liberté de négociation est surtout destinée à faire baisser les marges exorbitantes des trusts de l'agro-alimentaire, tels Coca Cola ou Nestlé, qui représenteraient 70% des ventes dans la grande distribution. Une statistique très discutable puisque à elles seules, les marques de distributeurs représentent près de 25% de la grande distribution (et souvent 30 à 40% des ventes dans bien des hypermarchés) !

Par ailleurs, que les PME et les coopératives agricoles représentent 10 ou 35% des ventes de la grande distribution ne change rien à l'affaire : le pouvoir de négociation d'une centrale d'achat est évidemment beaucoup plus fort vis à vis d'une petite entreprise que d'une multinationale. Ce sont donc bien les PME et les coopératives qui ont tout à craindre du projet LME, comme l'ont d'ailleurs bien compris leurs organisations qui sont en train de monter au créneau. A suivre.
par Mecchano
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Dimanche 11 mai 2008


Le ciment médiatique de « l’identité nationale »


Par Le Plan B, www.planb.org

Depuis le début des années 1980, les rôles sont assignés : vus du Figaro, les immigrés constituent un repoussoir « ethnique », vus de Libération, ils sont la source d’indignations vertueuses. Dans les deux cas, ils rassurent les lecteurs sur eux-mêmes. En éludant l’essentiel : les travailleurs français et immigrés ont tous intérêt à fesser Jacques Attali et ses amis patrons.

Rue du Bon Pasteur, à Marseille, le spectacle est devenu routine : les forces de police font irruption par les deux extrémités, verrouillent toutes les issues latérales et contrôlent un à un tous ceux qui n’ont pas une peau laiteuse. Les étrangers dépourvus de papiers en règle sont embarqués au centre de rétention aux fins de reconduite à la frontière. Les préfectures ne font pas de détail : les objectifs assignés au colonel Hortefeux, en charge de l’Identité nationale (25 000 expulsions en 2007), ne tolèrent aucun atermoiement, la notation du ministre en dépend. Ici, une grand-mère centrafricaine est arrêtée chez sa fille alors qu’elle prenait son bain, là, un avocat malien spécialisé en droit des étrangers est prié  lui-même de faire ses valises alors qu’il vit en France depuis 1962.


Couverture choisie
À Libération, on se frotte les mains. Les histoires qui émeuvent sont aussi celles qui font vendre. En 1998, Jacques Julliard bavait d’admiration devant l’habileté de Laurent Joffrin qui avait transformé le mouvement contre les lois Debré en promontoire commercial pour Libération : « Il a fait de la fameuse pétition des cinéastes une affaire personnelle – une bonne affaire – transformant pendant quelques jours son quotidien en bulletin paroissial de Saint-Germain-des-Prés. »
Avec la célébration du « pouvoir d’achat » et la déploration des frasques présidentielles, le sort du sans-papiers constitue, par son absurdité même, l’un des axes possibles de rebuffade médiatique contre le pouvoir. De plus en plus honteux de leur servilité, les journalistes « de gauche » se rachètent en pleurnichant sur les cas les plus extrêmes, mais sans entamer les présupposés sur lesquels repose la catapulte préfectorale.
« Personne ne nie qu’il faille reconduire certaines personnes à la frontière », argumente dans Charlie Hebdo l’humaniste Philippe Val, dont la compassion pour les immigrés raflés en pleine rue est étroitement indexée sur leurs états de service : « Lorsqu’on expulse des personnes qui travaillent, qui vivent et qui ont une famille en France, les gens qui aiment le droit républicain ont honte » (16.1.08). L’étranger célibataire ou au chômage prendra l’avion. Claude Imbert, éditorialiste un peu moins à gauche que Philippe Val, donne néanmoins raison à son confrère : « De même que le trop d’assistance décourage le travail, de même la pléthore et, plus encore, son anarchie ont fini par dénaturer une immigration par ailleurs fatale et nécessaire. […] Que le pouvoir après une si longue défaite s’avise enfin, par l’“immigration choisie”, de mettre de la raison dans un tel fatras, c’est un progrès » (Le Point, 11.5.06). Une immigration choisie par Jacques Attali pour faire baisser les salaires dans les secteurs où le patronat ne peut plus mettre cent candidats en concurrence pour un poste.
Opposer travailleurs français et étrangers pour vendre des journaux, la technique est vieille comme Jean Daniel. En un quart de siècle, elle a rendu les cerveaux largement disponibles à la politique des quotas et insensibles à la nécessité d’un front commun. Comme le montre l’historien Gérard Noiriel dans un livre auquel le Plan B emprunte la plupart des références qui suivent(1), les échauffourées survenues à l’été 1981 aux Minguettes, dans la banlieue lyonnaise, ont servi à affiner le gibier de potence : le jeune de banlieue arabe ou noir remplaçait le travailleur immigré dans l’imaginaire médiatique. Le Figaro donne le ton sur lequel s’accordent la plupart des gazettes : « Dans les quartiers à forte densité maghrébine, la situation devient explosive […]. Le gouvernement, en supprimant les expulsions d’individus douteux, encourage donc les dévoyés » (7.7.81). L’équivalence implicite entre « individus douteux », « Maghrébins » et « dévoyés » popularise une rhétorique jusqu’alors réservée à la presse d’extrême droite.
Quelques semaines plus tard, le quotidien tire une nouvelle salve moustachue : un article intitulé « Les Maghrébins et les autres » affirme qu’en régularisant les clandestins le gouvernement socialiste a « ouvert en grand la porte de notre pays à l’invasion et à l’aventure » (22.9.81). Les élections municipales du printemps 1983 inspirent à nouveau les poètes du Figaro (23.3.83), , qui publient une série d’articles aux titres éloquents : « Aux Minguettes, la loi des immigrés » (22.3.83), « Aux Minguettes, des policiers écœurés »« Les Minguettes au seuil de l’explosion » (25.3.83), « Les Maghrébins en France : le seuil critique » (28-31.3.83). Au cours des années 1980, le discours sur l’immigration prend un tournant ethnique : ce ne sont plus les étrangers qui posent problème, c’est leur origine.
La figure du jeune de banlieue ne suffisant pas à cristalliser les peurs autour des musulmans, les médias fabriquent un deuxième épouvantail dont les contours sont modelés par des événements de politique internationale. La révolution iranienne de 1979 abreuve les télévisions d’images spectaculaires sur le danger islamiste. L’art du commentaire journalistique consistant à relier entre eux des événements qui n’ont aucun rapport, les médias se mettent à dénoncer le caractère religieux des grèves de l’industrie automobile (1981-1984). Pendant que le magazine Minute dénonce « l’islam rouge », LeFigaro évoque les « risques d’utiliser politiquement les immigrés. Les grèves d’Aulnay, pour ne citer que ce cas, ont montré qu’habilement manipulée par la CGT et le parti communiste, la main-d’œuvre étrangère, quand elle domine un secteur industriel, peut servir des intérêts sans rapport avec l’activité syndicale traditionnelle » (1.9.83).
Paris Match publie une photo d’un ouvrier musulman, drapeau CGT au poing, avec un commentaire mentionnant la « grève sainte » (20.1.84). En juin 1936, le Parti de la presse et de l’argent (PPA) avait imputé les grèves à de prétendues directives venues de Moscou, accusation aussitôt démentie par Léon Blum, le président du Conseil. Cinquante ans plus tard, la gauche a capitulé et Pierre Mauroy reprend à son compte les arguments du camp adverse. En affirmant que les ouvriers de l’automobile sont « agités par des groupes religieux et politiques dont les mobiles ont peu à voir avec les réalités sociales françaises (2) », le Premier ministre de François Mitterrand fait preuve d’un « courage politique » que Le Figaro applaudit ardemment.

 

La république en danger
Gérard Noiriel interprète ces grèves comme une rupture : la figure du « travailleur immigré », à travers les questions du logement, du racisme et du travail à la chaîne, fit les beaux jours de la presse de gauche dans les années 1970 ; elle disparaît dans  les années 1980 au profit de la « deuxième génération » et de son « intégration ». En 1983, un journaliste du Figaro estime à 5 millions le nombre d’immigrés mais « tout laisse prévoir qu’en raison du taux de natalité dans le milieu immigré leur nombre s’élèvera à 25 % en l’an 2000 (3). La France risque alors de se trouver confrontée aux problèmes d’une société multiraciale et multiculturelle […]. Les plus optimistes comptent sur les facultés d’assimilation des populations étrangères, comme cela s’est produit dans le passé avec les colonies italienne et polonaise. Mais l’exemple n’est hélas plus valable. L’origine culturelle de la nouvelle immigration constitue un obstacle difficile à surmonter, comme le prouvent les conflits de plus en plus graves dans les banlieues concentrationnaires » (1.9.83).
Parce qu’ils ne vont pas à l’église le dimanche, les nouveaux immigrés, musulmans, constituent un péril pour la France. Ce thème, mis en circulation par la presse d’extrême droite, est abondamment repris : Minute, dans son numéro du 16 juillet 1983, publie en couverture une caricature de Marianne en tchador. Dans un dossier « Serons-nous encore français dans trente ans ? », le prophétique Figaro magazine reproduit ce fantasme (26.10.86). Tout comme Le Nouvel Observateur (5.10.89), dont Laurent Joffrin vient de prendre la direction éditoriale. Pour Le Point aussi, ce ne sont pas les immigrés eux-mêmes mais « l’origine de cette population », composée surtout de « Maghrébins » et d’« Africains », qui menace l’identité nationale. Et l’hebdomadaire d’ajouter : « Moins que leurs prédécesseurs, ces nouveaux immigrants ont le goût de s’intégrer, et davantage qu’eux la détermination de conserver leur identité culturelle » (11.7.83). Les pleureuses de « l’intégration » sont lâchées, les luttes des travailleurs immigrés enterrées. Dorénavant, le thème de l’incompatibilité intrinsèque entre immigrés musulmans et « pays d’accueil » ne …   … cessera plus d’irriguer la veine des éditorialistes. « Deux millions de musulmans en France, ce sont deux millions d’intégristes potentiels », frémit l’intellectuel « de gauche » Pierre-André Taguieff en 1997 au micro de France Inter (4).
Meilleurs alliés du journaliste qui veut imposer une « question de société », les sondeurs vont multiplier les enquêtes d’opinion sur les étrangers, avec des questions délicates : « Est-il normal que les immigrés aient accès gratuitement à l’école ? » « Accepteriez-vous un Premier ministre ou un président d’origine maghrébine ? » En 1974, un institut de sondage avait demandé à des individus de nationalité française : « Vos rapports avec les immigrés sont-ils bons ou mauvais ? » 43 % des personnes importunées avaient opté pour la réponse « ni bons ni mauvais », montrant le peu d’intérêt qu’ils accordaient à cette question. Dix ans plus tard, l’indifférence à l’égard de ce qui préoccupe les journalistes est interdite : la même question est posée, mais la case « ni bons ni mauvais » n’apparaît plus.

 

L’amour de l’exotisme
La riposte de la presse « de gauche » à l’offensive contre les Maghrébins est calamiteuse. Libération, dirigé par Serge July, choisit d’abandonner la question sociale pour se tourner vers un militantisme culturel mou (MCM) destiné à valoriser les « beurs », le « métissage », le « multiculturalisme » aux dépens des ouvriers de Talbot qui luttent pour leurs droits et ceux de leurs enfants. Les slogans publicitaires remplacent les enquêtes sociales : « Happy beur day », souhaite Libération aux manifestants de la Marche pour l’égalité et contre le racisme, indûment rebaptisée « Marche des beurs » (3-4.12.83). Dans un article intitulé « Beur is beautiful », Globe, la serpillière mensuelle mitterrandolâtre de Georges-Marc Benamou (5), livre une information qui renouvelle la sociologie de l’immigration : « Dans un Hexagone voué de plus en plus au ringardisme lepénien, ils créent : des robes, des livres, des chansons, des comédies, des entreprises. » Marie Claire se joint à la chorale en consacrant un dossier de quatre pages à
« la crème des beurs » : « C’est beau et beur à la fois. Vive le look beur », s’extasie en 1984 l’organe central des manucures.
En délaissant le social au profit du culturel, la « gauche » s’est encore pliée aux injonctions du PPA. Comme l’écrit Gérard Noiriel, « la stratégie prônée par Serge July et Libération au début des années 1980 visant à lutter contre l’image négative des immigrés en pariant sur les ‘‘beurs’’ a échoué, parce qu’elle était fondée sur l’occultation de l’appartenance sociale des personnes concernées […]. Lorsque la dimension sociale est oubliée, les stéréotypes peuvent fonctionner quasiment tout seuls car les problèmes qui sont dus à la misère, au chômage, etc., sont attribués à l’origine, à la religion, à la nationalité .(6) »
Dès lors, le discours stigmatisant peut s’afficher avec ostentation. L’affaire du foulard en 1989 et la guerre du Golfe achèveront de décomplexer les journalistes. Les images assimilant islam et fanatisme se multiplient : Le Nouvel Observateur dédie sa couverture à une femme en tchador et titre « Fanatisme : la menace religieuse » (5.10.89). Le Point s’interroge :
« Faut-il laisser entrer l’islam à l’école ? », tandis qu’un dessin de Konk, dans Le Figaro, représente une enseignante questionnant une élève voilée : « Dis-moi quelle est la date de la victoire… euh ! je veux dire de la défaite de Poitiers » (2.11.89).
En 1991, l’imminence de l’attaque en Irak fait trembler les rédactions, qui craignent, bien avant Jacques Marseille, le déclenchement d’une guerre civile en France : « En cas de guerre, de quel côté seront-ils ? […] Quoi qu’on fasse, quoi qu’on dise, le beur de Saint-Denis se sentira toujours plus proche de ses frères qui conspuent la France dans les rues d’Alger et de Tunis » (Le Figaro, 25.1.91). La même rhétorique de suspicion se répand dans les articles du Monde, qui considère que les « beurs » sont partagés « entre la fierté et la crainte » et que Saddam Hussein peut incarner, pour eux, une revanche « contre les humiliations subies depuis plusieurs années » (17.1.91). Sur TF1, Charles Villeneuve analyse : « C’est la guerre du monde civilisé contre les Arabes (7). » Quelques années plus tard, évoquant le traitement de la Guerre du Golfe par sa chaîne, un ancien rédacteur en chef de TF1 se souviendra : « Tous les courants de pensée qui traversent cette rédaction se sont retrouvés d’accord sur la façon d’agir avec Mougeotte [le directeur d’antenne], qui, lui, pourtant, parlait de “bougnoules” et de “ratons” (8). »  Preuve que le langage des élites s’est démocratisé : en 2008, les troupes du ministère de l’Identité nationale parlent le Mougeotte en pleine rue.

 

Notes :
(1) Gérard Noiriel, Immigration, antisémitisme et racisme en France (XIXe-XXe siècle). Discours publics, humiliations privées, Fayard, 2007.

(2) Pierre Mauroy, cité dans Gérard Noiriel, op. cit., 2007, p. 613.
(3) En 2004, on compte 4,9 millions d’immigrés en France, soit 8,1 % de la population totale. Insee Première, n° 1098, août 2006.
(4) Cité par Pierre Tévanian et Sylvie Tissot, Dictionnaire de la lepénisation des esprits, Dagorno, 2002.
(5) Voir Le Plan B n° 10, octobre 2007.
(6) Gérard Noiriel, op. cit., 2007, p. 656.
(7) Cité par Serge Halimi, Les Nouveaux Chiens de garde, Raisons d’agir, 1997, réed. 2005.
(8) Cité par Christophe Nick et Pierre Péan, TF1, un pouvoir, Fayard, 1997.

Le Plan B n°12 (février-mars 2008)

par Mecchano
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Samedi 3 mai 2008

Etats-Unis : comment les télévisions ont censuré les voix anti-guerre



Par COHEN Jeff, dans Le Grand Soir, 3 mai 2008
 
Au cours de l’automne 2002, semaine après semaine, j’ai vigoureusement débattu contre l’invasion de l’Irak sur la chaine de télévision MSNBC. J’ai utilisé tous les arguments possibles pour tenter de convaincre le public – absence de menace réelle, le coût, l’instabilité. Mais lorsque la guerre se fît imminente, je me suis retrouvé exclu des débats.

Dans mon livre de 2006 « Cable News Confidential » (1) j’explique comment j’ai perdu mon temps de parole :

« Je n’avais plus ma place chez MSNBC après qu’ils aient lancé « Countdown : Iraq » [Compte à rebours : Irak] une émission quotidienne d’une heure qui paraissait plus prompte à présenter la guerre sous un côté glamour qu’à en analyser les fondements ou se poser des questions. L’émission présentait des colonels et des généraux à la retraite qui ressemblaient parfois à des petits garçons avec leurs jouets lorsqu’ils présentaient des cartes, des maquettes et des graphiques pour concocter des scénarii d’invasion.

« Ils me faisaient penser à ces anciens joueurs de foot qui se lancent dans des analyses et présentent des schémas de jeu avant le match. Ce fût très pénible de se retrouver sur la touche chez MSNBC tout en observant ces non-débats où mensonges et désinformation furent servis sans la moindre contestation ».

C’est déjà assez pénible de se voir réduit au silence. Mais pire encore, c’est de voir ces ex-généraux – dont beaucoup travaillaient pour des sociétés d’armement – ne jamais être contredits, ne jamais se voir poser une question délicate par un présentateur. (Je ne pouvais être présent sur un plateau de MSNBC qu’à la condition d’avoir en face de moi au moins un contradicteur volubile de droite).

A part de découvrir l’audace et l’étendue de l’opération, je n’ai pas été réellement surpris par un article récent du New York Times (2) qui raconte comment le Pentagone avait recruté et formé des gradés militaires à la retraite pour devenir « des multiplicateurs de message » et des « substituts » à la propagande mortelle de Donald Rumsfeld.

Les grands méchants dans cette histoire ne sont ni Rumsfeld ni le Pentagone, mais les chaines de télévision. Au pays du premier Amendement (article de la constitution qui garantit, entre autres, la liberté de la presse… – ndt) elles ont sciemment choisi d’abandonner le journalisme et d’évacuer le débat.

Aucune agence gouvernementale n’a forcé MSNBC à donner constamment la parole aux généraux va-t-en guerre, sans jamais un contradicteur en face. Ou de licencier Phil Donahue. Ou de calomnier l’expert en désarmement Scott Ritter. Ou de mettre sur liste noire l’ancien Ministre de la Justice Ramsey Clark.

Ce furent les dirigeants de MSNBC, pas le FBI, qui imposèrent à l’équipe de Donahue un quota de deux partisans de la guerre en cas de présence d’un opposant – de la discrimination positive en faveur des faucons.

Je suis pour une enquête du Congrès sur cette opération de propagande du Pentagone sur l’Irak (3) – où l’on a même vu un général en exercice haranguer d’anciens militaires devenus porte-voix contre rémunération et déclarer « notre cible stratégique, c’est la population ».

Les méchants

Mais je suis aussi pour un examen de CNN, FOX, NBC, ABC, CBS et même NPR (chaine publique – NDT) (4) et qu’elles rendent des comptes pour leur participation à la mission de « contrôle de l’information » du Pentagone.

Et pour avoir une idée du degré de corruption de la télévision étatsunienne aujourd’hui, il suffit de constater le silence quasi total qui y règne sur cet article du Times qui s’appuie sur 8000 pages de documentation interne au Pentagone, obtenue après un procès engagé et gagné par le journal.

Il est important de se rappeler qu’au moment où les grandes chaines de Télévision décidèrent d’abandonner toute éthique journalistique dans leur course à la guerre contre l’Irak, les médias indépendants sur Internet connurent un boom d’audience en choisissant une ligne rédactionnelle totalement différente.

Des émissions comme « Democracy Now ! » présentaient de véritables spécialistes de l’Irak et à qui – oh surprise ! – les faits ont donné raison. Des sites et des blogs indépendants, propulsés par le scepticisme sur la guerre, on vu leur audience exploser.

Quant aux grandes chaines de télévision, elles n’ont PAS été embobinées par la propagande du Pentagone. Elles ont été volontairement complices, et le sont depuis des dizaines d’années.

Il y a des années de cela, en tant que directeur de FAIR, j’ai commencé à interroger les dirigeants des média sur la fiabilité des interventions d’anciens gradés militaires sans contradicteurs. Après la guerre du Golfe de 1991, CNN et d’autres chaines de télévision se sont rendues compte que leurs ex-généraux avaient aidé le Pentagone à tromper et désinformer le public sur la conduite de la guerre.

CNN m’a invité à débattre avec un colonel à la retraite de l’armée US sur ce sujet des ex-militaires intervenant à la télévision. Les analystes militaires n’ont pas l’habitude des débats et le notre commença à chauffer.

Moi : « Pour parler d’écologie, il ne vous viendrait pas à l’esprit d’inviter, les uns derrière les autres, des experts qui seraient à la retraite d’organisations écologistes depuis 20 ou 30 ans et qui seraient toujours loyaux à ces groupes. Pour parler de travailleurs ou de conditions de travail il ne vous viendrait pas à l’esprit d’inviter, les uns derrière les autres, des experts qui n’ont pas côtoyé le monde du travail depuis 30 ans... Mais lorsqu’il s’agit de guerre et de politique étrangère, vous ramenez tous les généraux à la retraite, tous les secrétaires d’état à la retraite ».

le Colonel (avec irritation) : « et qu’est ce que vous voudriez ? Qu’un inspecteur des impôts se ramène pour nous parler de stratégie militaire ? »

Moi : « en plein dans le mille, Colonel... A part les généraux et les amiraux qui savent nous expliquer les différentes manières d’envoyer un missile ou une bombe, nous avons aussi besoin d’autres types d’experts : des experts en droits humains, des experts en médecine, des experts en opérations humanitaires, qui savent de quoi ils parlent lorsqu’ils parlent de bombes qui tombent sur des gens. »

Avant la fin du débat, j’ai exprimé mes doutes de voir un jour les média se débarrasser de cette mauvaise habitude qu’ils ont de s’appuyer sur des sources militaires non fiables :

« Il y ce rituel, ce scénario connu, cette routine, où les journalistes des grands média, à la fin de chaque guerre ou intervention militaire, qui disent « Ah mince, on a été manipulés. On s’est fait avoir. La prochaine fois, on sera plus prudents ». Et lorsque la prochaine fois arrive, on retrouve les mêmes journalistes en train d’interviewer les mêmes spécialistes qui alimentent la désinformation en provenance du Pentagone. »

Experts, et pas Partisans ?

Quelques années plus tard, au cours du bombardement brutal US-OTAN sur la Serbie, Amy Goodman de Democracy Now ! interviewa le vice-président et présentateur de CNN, Frank Sesno :

Goodman : « Si vous défendez la pratique qui consiste à rémunérer d’anciens militaires, des généraux, pour donner leur opinion en temps de guerre, seriez-vous prêt à défendre l’idée de rémunérer des pacifistes pour donner une opinion contradictoire en temps de guerre, d’être présents avec les généraux pour expliquer pourquoi ils pensent que la guerre est une erreur ? »

Sesno : « Nous faisons appel à des généraux parce que ce sont des experts dans leur domaine. Nous les appelons en tant qu’analystes, pas en tant que partisans. »

C’est évident : les experts en guerre sont objectifs ; les experts en paix sont partiaux. Même lorsque le Pentagone aide la chaine de télévision à monter son réseau d’experts militaires.

Peu après l’invasion de l’Irak, les Chef de la rubrique information de CNN, Eason Jordan, reconnût en direct qu’il avait révisé avec le Pentagone la liste d’analystes éventuels. « Ils nous ont opiné pour tous ceux qui figuraient sur la liste. C’était important pour nous ».

De tous les moments pénibles que j’ai vécus – après avoir été viré de MSNBC avec Phil Donahue et d’autres – le pire fut de voir le Général à la retraite Barry McCaffrey, le plus important analyste militaire de NBC, appeler sans cesse à la guerre contre l’Irak.

Ce que les téléspectateurs ne savaient pas, c’est que le général était aussi un membre (avec Lieberman, McCain, Kristol et Perle) d’un comité en faveur de l’invasion de l’Irak appelé « Comité pour la libération de l’Irak ».

Une des figures les plus notoires de ce groupe de partisans du Pentagone fut McCaffrey – personne n’a raconté autant de bêtises avec autant d’autorité. Par exemple sur les plans pour sécuriser l’Irak :

« Je viens d’avoir un compte-rendu du Secrétaire Rumsfeld et de son équipe sur l’après-guerre. Et j’ai été surpris de voir à quel point ils ont pensé à tout et dans les moindres détails. »

Après de début de l’invasion, McCaffrey croassa sur MSNBC « Que Dieu bénisse les tanks Abrams et les blindés Bradley ».

Personne n’obligea NBC ou MSNBC à présenter McCaffrey seul, sans contradicteur. Personne n’empêcha non plus ces chaînes d’expliquer aux téléspectateurs que le général siégeait au Conseil d’Administration de plusieurs sociétés d’armement, dont une qui justement gagnait des millions de dollars grâce aux Abrams et Bradleys bénis par Dieu. (5)

La séparation de la presse et du gouvernement est une des raisons qui poussent de plus en plus d’étatsuniens vers les médias indépendants au détriment des médias commerciaux.

Et les médias indépendants ne diffusent pas des publicités embarrassantes comme celle que NBC diffusait avec fierté en 2003 :

« Face-à-face en Irak, et seul NBC News vous offre les experts. Le Général Norman Schwarzkopf, commandant des forces alliées durant la guerre du Golfe. Le Général Barry McCaffrey, le général 4 étoiles le plus décoré de l’armée. Le Général Wayne Downing, ancien commandant des opérations spéciales et conseiller à la Maison Blanche. L’ambassadeur Richard Butler et ancien inspecteur en désarmement de l’ONU, David Kay. Personne ne connait aussi bien l’Irak que ces gens-là. Les experts. Le meilleur de l’information par le journal télévisé le plus regardé d’Amérique, NBC News ! »

Article Original :
http://www.consortiumnews.com/2008/...

Traduction VD pour Le Grand Soir


Jeff Cohen est directeur/fondateur de Park Center for Independent Media (6) à Ithaca College.

Son dernier livre est « Cable News Confidential : My Misadventures in Corporate Media »

Fondateur de FAIR (groupe d’observation des médias) en 1986

(1) http://www.amazon.com/Cable-News-Co...

(2) http://www.nytimes.com/2008/04/20/w...

(3) http://www.freepress.net/pentagon_p...

(4) http://www.commondreams.org/archive...

(5) http://www.thenation.com/doc/200304...

par Mecchano
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